Méditer. : Rason. Scientifique : Xyrichtys Novacula
À certaines époques de l'été, nous pêchions
le rasoir,
poisson de sable très coloré à la manière
des poissons des mers tropicales, mais qui a comme particularités
d'abord de se pêcher très difficilement et ensuite de ressembler
aux piranhas avec des dents excessivement ascérées qui
vous enlèveraient un morceau de doigt comme un rien.
Quelques amateurs locaux de ce poisson, dont mon père faisait
partie, avaient mis au point un système particulier qui consistait
en un plomb plat d'environ vingt centimètres de longueur, relié
en son centre à un fil de nylon qui remontait perpendiculairement
vers la surface, tandis que quatre ou cinq fils, situés à
l'opposé du premier et répartis sur la longueur du plomb,
supportaient les hameçons. Pour corser le tout, ce plomb plat
était peint aux couleurs des rasoirs et se posait sur le fond
de sable pour endormir la vigilance de ces poissons très prisés
car assez rare et dont la chaire est plus fine qu'une sole.
Quand un rasoir se laisse prendre au piège et qu'il est remonté
sur le bateau, il est nécessaire d'utiliser un chiffon pour pouvoir
retirer l'hameçon tellement son corps gluant risque de vous échapper
et votre main deviendrait, alors, la cible privilégiée
des dents du rasoir.
Chounet
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Le Rasoir ou Rason.(Xyrichtys novacula)
Qui na pas vu ce très joli poisson dun rose profond,
au corps ferme et musclé, à la morsure redoutable, même
avec la gueule enferrée dun hameçon, nest
pas le plus heureux des hommes. Personnellement jai eu ce bonheur,
initialement dans notre Algérie natale, au large des Bains-Romains,
dans le bateau de Gustave Mazzella, qui malheureusement vient tout juste
de nous quitter.
Ce très beau spécimen des fonds marins est un lutteur
acharné, qui se défend farouchement au bout de la ligne
jusquau bateau, confirmant son caractère facilement décelable
à la vue de son front buté. En effet, la tête est
très caractéristique avec un front, qui tombe quasi verticalement
vers la petite gueule, laissant lil tout en haut de la tête.
Les couleurs sont superbes avec un rose majoritaire sur les flancs,
un bleu pour les raies des joues et un vert tendre pour certains reflets.
Le Guide de la Faune Sous-Marine des Côtes Méditerranéennes
de W. Luther et K. Fielder nous dit que les petits individus sont roses,
nous lavions constaté, et quau delà de 17
cms de long, les gros deviennent gris ou verts. Mais là nous
navons pas eu la chance de vérifier, car il faut rappeler
que " la petite bête " est absolument succulente à
la dégustation. La chair est dune blancheur de neige et
sa fermeté et sa finesse de goût la mettent largement,
à mon sens, au niveau de sa majesté la Sole elle-même.
Cest dire que lidée den croquer un gris ou
un vert, peu importe, a tendance à me transporter daise.
Mais revenons à mes récentes rencontres insolites avec
ce somptueux petit poisson. Je navais fait connaissance avec lui
quà laide dune bonne et vieille palangrotte,
qui allait les chercher aux Bains-Romains à quelque 60 ou 70
mètres de fond. Ensuite pendant mes quarante ans de pêche
à la ligne et de chasse sous-marine sur la très poissonneuse
Côte dAzur, jai complètement perdu de vue cet
hôte charmant des fonds marins. Je pensais ne jamais plus le croiser.
Et voilà quau cours dun séjour idyllique au
Club Med de Beldi en Turquie en 2002, sur le fond dune plage de
sable fin, à tout juste 3 ou 4 mètres de profondeur, japerçois
un, puis deux, puis plusieurs fois des couples de " rasoirs ".
Ils farfouillaient tous consciencieusement leur petit coin de plage
et devenaient aussi très agressifs envers tout autre espèce
ou congénère voulant profiter de leurs projections sableuses.
Cette attitude agressive me confirma le " fichu " caractère,
que je leur avais jadis attribué illico à la vue de leur
combat de survie au bout dune ligne. Jai donc rendu visite
à ces jolis garnements des fonds marins turcs tout le long de
mon séjour, les photographiant même avec un appareil jetable
au résultat plutôt décevant. Voilà pour mon
expérience turque de fréquentation de maître Rason.
Mais cette année même, fin septembre, toujours sur ce
même mythique boulevard du Midi cannois, à tout juste 2
mètres de fond, je tombe nez à nez avec un très
beau spécimen de 15 cms de toute beauté, très occupé
à fouiller son sable. Je nen croyais pas mes yeux. Un peu
plus tard, je croisais un petit individu beaucoup plus petit et donc
très conforme à ses frères turcs. Comment expliquer
autrement que par le réchauffement des eaux marines ce phénomène
général de réapparition des barracudas, des rasons,
des dentis et des palomètes et à la multiplication des
limons (sérioles).
Voir Planche en couleurs : Bouillabaisse.jpg
Marc Stagliano
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Photo collection Marc Stagliano
Marc, Bravo pour ton exposé sur les RASOIRS,
nous en mangeons tous les étés !
Nous avons une petite maison en Corse à ALGAJOLA en Balagne.
Nous les attrapons à environ 50m de la côte sur fonds sablonneux
en bateau.
C'est excellent. Il n'y a que mon père, (pêcheur pied-noir
des Bains Romains) qui connaît leur planque !
Je vais lui montrer ton texte, il va certainement apprécier !
Cordialement.
Pierre BRUNO (Patos de Marseille).
J'ai croisé ce magnifique poisson cet été à
Jijel (Ex Djidjelli) au lieu dit la "Crique" juste à
côté de la plage de "Grand Phare" ; je n'ai pas
eu le temps de le photographier car il s'est enfoncé dans le
sable à la vitesse grand V.
Ce poisson, à cause de son aspect gluant, est appelé par
les Oranais "Savonnette"
À bientôt
Abdel Dria