MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

La Murène

 

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Méditer. : Murène. Scientifique : Muraena Helena

Elle est belle, elle est longue, elle est luisante et marbrée. La murène est dans son trou, prête à se défendre, mais il est très rare qu’elle attaque la première. La murène adore les rougets, surtout quand ils sont pris dans un filet.

Tout près des côtes, elle est aussi rare que le Mérot.

Chounet.

La Murene

Un joli monstre à la robe chatoyante de couleurs, au museau hérissé de deux excroissances de chair qui la rendent hideuse et infernale.

L'autre mangeur d'hommes avec le barracuda des Anglo-Américains que nous prenons soin de mettre entre parenthèses pour bien marquer notre scepticisme. La murène est absolument inoffensive pour l'homme, à moins, bien sûr, d'être attaqué par lui, avec un hameçon, une flèche, une pique à crabes, que sais-je ?

C'est encore de la faute de nos ancêtres les Romains qui prenaient un cruel plaisir à jeter aux murènes leurs esclaves devenus inutiles ou impotents. Mais ils avaient pris soin d'affamer lesdites murènes auxquelles ils destinaient ce festin.

La murène fascine, paralyse, épouvante au premier regard, la tête, ce qu'elle a de plus horrible, dépassant de son antre avec un regard infernal.

Mais c'est une proie facile, qui ne compte d'ailleurs que pour zéro point en concours de chasse sous-marine ; il n'y a qu'à lui mettre la pointe de la flèche dans la gueule pour qu'elle la morde et tirer, au seul risque d'abîmer votre belle flèche tahitienne car elles sont rarement dans des trous de sable.

Deux anecdotes pour nous :

la première pour dire qu'elle est increvable. Une murène remontée d'un palangre et qui avait réussi à s'en détacher dans le bateau, et qui se dressait telle un serpent, toute mâchoire déployée, avait contraint deux pêcheurs pieds-noirs à lui préférer le bain de mer, et de beaucoup. Véridique.

Un jour, en compagnie de notre ami Jacques Lina, nous en avions chopé une de belle taille, et pas question de la garder suspendue à un accroche poisson, pas même dans un panier, nous l'avions donc remontée à la villa de la grand-mère de Jacques. En bonne Napolitaine, amateur de poissons, la mamie coupe ipso facto, avec un hachoir, la tête de la bestiole et la place dans un verre d'eau pour nettoyer le corps et le préparer à la cuisson.  En fin de parcours, elle se dit que la tête ne dépareillerait pas dans la soupe de poissons qu'elle concoctait avec le corps et veut se saisir, une heure plus tard, de la tête de la bestiole. Morsure d'une douleur intolérable ! Increvable, on vous dit.

Autre anecdote, nous concernant. Un jour, nous visitions consciencieusement le pourtour des célébrissimes deux ilôts de la Pointe-Pescade, trous par trous, avec pour seul équipement : un slip de bain, un masque avec tuba et une pique à crabe. J'étais dans l'eau, Marc et Jacques, me suivaient à la rame dans la pastera de service. Je tombe sur un de ces doux monstres,  enfoui, sauf la tête dans son trou, au ras de la surface. Je décide follement d'essayer de la harponner avec ma pique à crabes, mais auparavant je le signale aux deux autres qui se mettent en position de souquer ferme et me donnent une ficelle ou une corde pour attacher la pique avant d'embrocher ladite murène. Sitôt dit, sitôt fait, je lui donne la pique à croquer et j'enfonce, puis je pique un crawl pour m'éloigner au plus vite, pendant que les deux autres rament comme des damnés pour la tirer du trou.

Me croirez-vous si je vous dis, qu'on n'a seulement retiré de l'eau que la pique à crabe, sans rien au bout, et que je ne suis plus retourné voir le trou. Avouez qu'il fallait être inconscient.

La murène, pour conclure, a la fâcheuse manie de faire un noeud à son corps et de le transmettre à la ligne qui l'a prise d'où une succession de petits noeuds au-dessus de l'hameçon. Elle le fait également pour se libérer de la flèche, pour la repousser de toutes ses forces car, capturée, elle se débat jusqu'à la dernière énergie.

Indispensable dans la bouillabaisse pour rendre la sauce onctueuse, bien meilleure en tout cas que le congre. Bon appétit.

Gérard STAGLIANO

 

 

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