MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Le Mérot

 

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Mérots : nom algérois du mérou. Prononciation locale de mérou.
Le Pataouète, dictionnaire de la langue populaire d’Algérie et d’Afrique du Nord. Editions Jacques Gandini

Noms divers : Anfounssiou(Nice), Lucerna(Corse), Grouper(Anglais), Mero(Espagnol), Rophos(Grec), Zackenbarsch(Allemand), Cernia(Italien), Menanni ahmar(Tunisien), Cerna(Malte).
Scientifique : Epinephelus guaza ou Serranus gigas

Image recomposée par bainsromains.com

La noblesse par excellence, LE poisson, celui que l’on aimerais caresser, approcher, harponner, celui avec qui on se mesure, celui dont la capture autorise l’espoir de la reconnaissance des autres, de la gloire, même si elle est éphémère.

Le Mérot c’est le poisson qu’il faut avoir péché au moins une fois. C’est un poisson, en théorie, solitaire. Il a élu domicile dans un trou, une faille et, à la moindre alerte, il disparaît dans les cavités rocheuses. Il faut se lever de bonne heure pour le surprendre, l’apercevoir, mais qu’est-ce qu’il est beau ! C’est une bête, c’est une belle bête et une bête rare.

Il m’est arrivé une fois de voir une colonie de Mérots par 15 à 20 mètres de fonds, c’est un souvenir inoubliable mais c’est une autre histoire.

Chounet

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Mes Mérous

Ce superbe poisson vit sur les côtes rocheuses de plusieurs centaines de mètres jusqu'à la lisière des posidonies. Sa longueur maximale est de 100 cm.

Son nom d'“epinephelus”signifie avec des nuages dessus, ce qui évoque ses somptueuses taches colorées, qui constellent magnifiquement sa robe marron jaunâtre du plus bel effet à la sortie de l'eau. Malheureusement la mort rapide, hors de son élément naturel, le prive de cette livrée de gala, que j'ai admirée longuement lors de mes rencontres, j'allais dire mes rendez-vous (presque amoureux), avec ce seigneur des fonds marins.

Il faut dire que mon quartier algérois, du “Plateau”, aux Deux-Moulins, était un havre de vie pour cette espèce. Il n'était pas rare que, lors d'une seule chasse sous-marine matinale, j'en croise pratiquement une vingtaine. Nous organisions notre parcours de chasse en fonction des habitats de ces gentils carnassiers très sédentaires. Je les ai donc admirés sous toutes les coutures et je garde toujours un souvenir impérissable du spectacle d'un de ces mérous flânant au soleil d'une belle matinée d'été.
J'étais caché derrière un écueil, l'agachon ayant toujours été ma pratique de chasse favorite, et de l'autre côté du rocher un beau spécimen de 8 à 9 kilos se prélassait paresseusement “debout”, queue en bas, tête regardant la surface ? Il ondulait ainsi en présentant alternativement ses flancs à la chaleur bienfaitrice de maître Phoebus, qui la lui dispensait généreusement.
Je suis resté un bon quart d'heure à admirer ce ballet nautique et bien sûr je n'ai jamais eu ensuite le culot de tirer un esthète de cette élégance. Je l'ai donc simplement effrayé et obligé à regagner son antre pour la journée.

Et oui ! je confirme : un mérou, dérangé par un vilain Nemrod à arbalète sous-marine, a des habitudes de vie très strictes en zone civilisée. Et Dieu sait si les Deux-Moulins de l'époque avaient un caractère “urbain” en matière de chasse sous-marine. Nous étions une quantité énorme de chasseurs ou pêcheurs d'oursins du côté de la Côte Turquoise pour affirmer que nos mérous, pour survivre, étaient vite devenus de fins stratèges. Je confirme donc qu'un mérou, sédentaire chronique, dérangé dans sa sortie matinale et ayant bien identifié le danger potentiel disparaissait pour la journée dans sa grotte protectrice.
Si par contre le dérangement n'était qu'un bruit, sans qu'il ait pu reconnaître formellement l'intrus, messire mérou entrait précipitamment dans sa caverne, mais soucieux et surtout curieux de voir si par hasard le bruit ne venait pas d'une proie possible, il ressortait dans la minute suivante pour inspecter les environs. Si le chasseur imprudent était alors en pleine eau, il était vu et le carnassier entrait cette fois définitivement dans son abri rocheux. Mais si le pêcheur était averti, il s'arrangeait alors pour arriver à l'entrée de la grotte au moment de la résurgence du poisson et avait ainsi de grandes chances de réussir son coup d'arbalète.

C'est comme cela que j'ai pu tuer ma plus belle pièce azuréenne, un monstre de 22,700 kilos, strictement pesé sur une balance commerciale du marché Forville de Cannes. La photo jointe montre l'importance de la prise, sachant que le chasseur pesait alors lui-même 75 kilos.

Photo collection Marc Stagliano

Par contre, une autre de mes prises de “14 petits kilos”, réussie un premier avril (!), n'aurait pas dû finir dans ma besace. Pourquoi ? Parce que blessé du matin, mais très grièvement (foie traversé par la flèche), il aurait normalement fini sa triste vie loin de la table du meurtrier, que j'étais ce matin-là. Mais voilà cette blessure, sans doute douloureuse, réclamait des soins. Et ce Jojo avait trouvé un médicament idéal dans une exposition solaire intense. Ressorti de sa caverne inextricable, il s'était couché sur le fond de sable blanc, qui jouxtait son antre, et exposait sa blessure aux rayons du soleil vers les quatre heures de l'après-midi du même jour. Le tueur, encore tout dépité de l'avoir perdu après une lutte farouche au corps à corps le matin, s'est présenté sournoisement, très concentré et bien caché par l'angle mort offert par le paysage marin concerné. Et cette fois le coup de fusil fit définitivement mouche. Le trophée, somptueusement coloré de toutes ses taches vertes et jaunes fluorescentes, fut ainsi montré aux petits héritiers, revenus avec leur maman sur les lieux du crime pour admirer les exploits de leur papa.

Photo collection Marc Stagliano

Ce dernier n'a en fait jamais été très fier de tuer des mérous, trop amoureux qu'il était de ce somptueux prince des fonds marins. Et ils s'en comptent des dizaines à avoir bénéficié de sa mansuétude en mer Méditerranée.

Voilà ce que je crois savoir dire des mérous, mes compagnons de toujours dans cette grande bleue, que j'ai tant fréquentée.

Méditerranéennement vôtre !

Marc Stagliano

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Magnifique votre petite prose sur la relation entretenue avec le mérou !
Je revis au travers cet écrit les histoires de pêche que racontait mon père chasseur invétéré de la côte méditerranéenne Marocaine. Il avait exactement la même passion pour ce poisson et disait toujours combien il lui était douloureux mais exaltant de chasser ce seigneur de la mer.

Beau moment d'émotion
MERCI

tibtom76@aol.com

À Georges Behm

Il me semble que nous nous connaissons, nous sommes allés, je crois, dans la même école du côté de Bab el Oued, mon nom : Yves Calmus.
Nous avons même une histoire en commun du côté de l'aliose et un "petit"merot en litige et si tu es celui auquel je pense j'ai un souvenir très présent de ce que tu étais et vu de si loin Baïnem ou Bains Romains, la différence n'est pas bien grande.

Je crois que nous nous connaissions pour avoir fréquenté la place Lelievre. J’habitais Baïnem et je faisais 4 fois par jour le trajet sur la ligne 11 ou 10 et je me souviens parfaitement de toi mais je ne me rappelle plus du type de relation que nous avions (quelques vagues souvenirs autour du marché de Bab el Oued, je pense même être venu chez toi).
L’histoire que nous avons en commun est la suivante : Un jour alors que nous étions en chasse autour de l’aliose, mais plutôt sur son sommet étant donné nos capacités à plonger, je découvre un merot d’au moins 1,5 kg ; mais que faire avec un petit fusil type baby de tarzan équipé d’un trident tout juste bon pour les racaos. Je demande alors, après être remonté sur “la pastera“, à mon copain Jean-Philippe de me prêter son fusil, il possédait le junior de champion pourvu d’une flèche avec pointe. Il n’a jamais voulu me le prêter et moi je n’ai jamais voulu dire où il se trouvait.
Dans les jours qui ont suivi tu es venu avec une équipe de copain (il me semble que vous étiez 3) et vous êtes repartis avec une brochette de racaos de petits sars et ce fameux merot. Nous n’étions pas bien grand, du temps a passé et j’ai chassé encore et encore dans d’autres mers, vers d’autres rivages, des poissons biens plus grands mais celui-là reste encore bien calé au fond de mes rêves.

Yves

Yves bonjour,

Cette histoire de petit merot évoque, pour moi, quelques souvenirs sans toutefois qu’ils soient très précis. Ta mémoire est beaucoup plus vive que la mienne. Si nous étions trois ce ne peut être que Jean-Marc, Piou et moi-même et si nous ne t’avons même pas remercié de nous avoir indiqué cet endroit de rêve c’est que nous étions des mufles. Heureusement, tu sembles avoir pas mal plongé et chassé depuis.
Par contre ce que tu appelles l’aliose, n’était il pas ce récif presque à fleur d’eau qui retenait à ses pieds et par une quinzaine de mètres de fond une épave ?
Si c’est bien ça, lui, je l’ai en mémoire et ma mémoire me fait dire que c’est un des plus beau fond sous-marin entre Bains Romains et Baïnem, malheureusement nous n’avons pas de photo pour montrer ces merveilles.
J’entends partout dire que les plus beaux fonds sous-marin sont en Corse, je peux certifier que les fonds, à côté du rocher des rats aux Bains Romains, ou ce fameux récif entre Bains Romains et Baïnem, sont de toute beauté.
Mon frère connaît bien cet endroit pour avoir visité l’épave à plusieurs reprises. Par mer calme, à la surface de l’eau, on ne voit rien, le sommet du récif doit être à un mètre sous la surface, de mémoire un plateau descend en pente douce sur quelques centaines de mètres et c’est ensuite une falaise qui plonge dans les profondeurs impressionnantes car le fond est difficilement visible. Mais il y a quelques paliers par 8 à 10 mètres de fond et je me souviens d’une très belle rascasse qui me narguait du fond de son palier que je n’arrivais pas à atteindre ce jour là.
Un grand merci à toi Yves pour avoir fait émerger ces images de ma mémoire passive.
Si quelqu’un à des souvenirs plus précis de cet endroit, il est inutile de dire que nous serions très heureux de les lire.

Chounet

Il faut absolument voir cette carte Marine : Carte particulière de la côte septentrionale d’Afrique.

Aïose ou aliose ?

Message sur Es’mma (Pierre Povéda (1935) (Le Cannet 06)
19/03/2005
) :

Quelqu'un se souvient-il de Monsieur Fourment, ébéniste qui y avait son minuscule atelier, à droite en montant, à quelques pas de la rue Michelet ? J'ai bien connu les Fourment étant gosse : ils habitaient Baïnem; leur maison, en lisière de forêt, était voisine de celle de mes oncle et tante Izembart chez qui je passais mes vacances. Couple sans enfant, les Fourment accueillaient toute la marmaille du voisinage qui venait souvent chez eux à la veillée. Elle entretenait une ribambelle de chats, un ou deux chiens, sans compter poules et lapins. Lui m'emmenait parfois dans sa pastéra pêcher au large de la plage "Dignito", au delà de l'écueil qu'on appelait "l'Aïose".

Pierre

À Pierre :

Nous parlons de l’aliose et non de " l’Aïose " de Baïnem sur le commentaire d’Yves Calmus.
Nous recherchons des infos car les souvenirs son très vagues mais, de mémoire, ce récif était très beau. Si vous avez des infos, des photos ou des souvenirs ils seront les biens venus.

Chounet

Bonjour Chounet
J'ai bien lu votre message et vous en remercie. Je n'ai malheureusement pas de photo qui puisse vous intéresser sur le sujet évoqué; je n'ai que des souvenirs mais très précis. Je ne pense pas qu'il s'agisse du récif que vous évoquez car l'Aïose dont je me souviens n'était pas un très beau récif. Il était même invisible par mer calme, ce qui le rendait particulièrement dangereux: affleurant à quelques décimètres sous la surface, sa présence ne se signalait que par mer agitée, par la nappe d'écume qui le surplombait. Il se situait au droit du bar "Darmon", ou de l'établissement-dancing "le Vert Galant" (à la réputation sulfureuse...) qui bordaient la route nationale. Entre l'Aïose et la plage, il y avait un autre rocher plus petit mais bien visible celui-ci, qu'on appelait le "Saint Antoine".
Très amicalement

Pierre Povéda

 

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