La noblesse par excellence, LE poisson, celui que lon aimerais
caresser, approcher, harponner, celui avec qui on se mesure, celui dont
la capture autorise lespoir de la reconnaissance des autres, de
la gloire, même si elle est éphémère.
Le Mérot cest le poisson quil faut avoir péché
au moins une fois. Cest un poisson, en théorie, solitaire.
Il a élu domicile dans un trou, une faille et, à la moindre
alerte, il disparaît dans les cavités rocheuses. Il faut
se lever de bonne heure pour le surprendre, lapercevoir, mais
quest-ce quil est beau ! Cest une bête,
cest une belle bête et une bête rare.
Il mest arrivé une fois de voir une colonie de Mérots
par 15 à 20 mètres de fonds, cest un souvenir inoubliable
mais cest une autre histoire.
Chounet
Index Mails
Mes Mérous
Ce
superbe poisson vit sur les côtes rocheuses de plusieurs centaines
de mètres jusqu'à la lisière des posidonies. Sa
longueur maximale est de 100 cm.
Son
nom d'epinephelussignifie avec des nuages dessus,
ce qui évoque ses somptueuses taches colorées, qui constellent
magnifiquement sa robe marron jaunâtre du plus bel effet à
la sortie de l'eau. Malheureusement la mort rapide, hors de son élément
naturel, le prive de cette livrée de gala, que j'ai admirée
longuement lors de mes rencontres, j'allais dire mes rendez-vous (presque
amoureux), avec ce seigneur des fonds marins.
Il
faut dire que mon quartier algérois, du Plateau,
aux Deux-Moulins, était un havre de vie pour cette espèce.
Il n'était pas rare que, lors d'une seule chasse sous-marine
matinale, j'en croise pratiquement une vingtaine. Nous organisions notre
parcours de chasse en fonction des habitats de ces gentils carnassiers
très sédentaires. Je les ai donc admirés sous toutes
les coutures et je garde toujours un souvenir impérissable du
spectacle d'un de ces mérous flânant au soleil d'une belle
matinée d'été.
J'étais caché derrière un écueil, l'agachon
ayant toujours été ma pratique de chasse favorite, et
de l'autre côté du rocher un beau spécimen de 8
à 9 kilos se prélassait paresseusement debout,
queue en bas, tête regardant la surface ? Il ondulait ainsi en
présentant alternativement ses flancs à la chaleur bienfaitrice
de maître Phoebus, qui la lui dispensait généreusement.
Je
suis resté un bon quart d'heure à admirer ce ballet nautique
et bien sûr je n'ai jamais eu ensuite le culot de tirer un esthète
de cette élégance. Je l'ai donc simplement effrayé
et obligé à regagner son antre pour la journée.
Et
oui ! je confirme : un mérou, dérangé par
un vilain Nemrod à arbalète sous-marine, a des habitudes
de vie très strictes en zone civilisée. Et Dieu sait si
les Deux-Moulins de l'époque avaient un caractère urbain
en matière de chasse sous-marine. Nous étions une quantité
énorme de chasseurs ou pêcheurs d'oursins du côté
de la Côte Turquoise pour affirmer que nos mérous, pour
survivre, étaient vite devenus de fins stratèges. Je confirme
donc qu'un mérou, sédentaire chronique, dérangé
dans sa sortie matinale et ayant bien identifié le danger potentiel
disparaissait pour la journée dans sa grotte protectrice.
Si par contre le dérangement n'était qu'un bruit, sans
qu'il ait pu reconnaître formellement l'intrus, messire mérou
entrait précipitamment dans sa caverne, mais soucieux et surtout
curieux de voir si par hasard le bruit ne venait pas d'une proie possible,
il ressortait dans la minute suivante pour inspecter les environs. Si
le chasseur imprudent était alors en pleine eau, il était
vu et le carnassier entrait cette fois définitivement dans son
abri rocheux. Mais si le pêcheur était averti, il s'arrangeait
alors pour arriver à l'entrée de la grotte au moment de
la résurgence du poisson et avait ainsi de grandes chances de
réussir son coup d'arbalète.
C'est comme cela que j'ai pu tuer ma plus belle pièce azuréenne,
un monstre de 22,700 kilos, strictement pesé sur une balance
commerciale du marché Forville de Cannes. La photo jointe montre
l'importance de la prise, sachant que le chasseur pesait alors lui-même
75 kilos.

Photo collection Marc Stagliano
Par
contre, une autre de mes prises de 14 petits kilos, réussie
un premier avril (!), n'aurait pas dû finir dans ma besace. Pourquoi
? Parce que blessé du matin, mais très grièvement
(foie traversé par la flèche), il aurait normalement fini
sa triste vie loin de la table du meurtrier, que j'étais ce matin-là.
Mais voilà cette blessure, sans doute douloureuse, réclamait
des soins. Et ce Jojo avait trouvé un médicament idéal
dans une exposition solaire intense. Ressorti de sa caverne inextricable,
il s'était couché sur le fond de sable blanc, qui jouxtait
son antre, et exposait sa blessure aux rayons du soleil vers les quatre
heures de l'après-midi du même jour. Le tueur, encore tout
dépité de l'avoir perdu après une lutte farouche
au corps à corps le matin, s'est présenté sournoisement,
très concentré et bien caché par l'angle mort offert
par le paysage marin concerné. Et cette fois le coup de fusil
fit définitivement mouche. Le trophée, somptueusement
coloré de toutes ses taches vertes et jaunes fluorescentes, fut
ainsi montré aux petits héritiers, revenus avec leur maman
sur les lieux du crime pour admirer les exploits de leur papa.

Photo collection Marc Stagliano
Ce dernier n'a en fait jamais été très fier de
tuer des mérous, trop amoureux qu'il était de ce somptueux
prince des fonds marins. Et ils s'en comptent des dizaines à
avoir bénéficié de sa mansuétude en mer
Méditerranée.
Voilà
ce que je crois savoir dire des mérous, mes compagnons de toujours
dans cette grande bleue, que j'ai tant fréquentée.
Méditerranéennement
vôtre !
Marc Stagliano
Index Mails
Magnifique votre petite prose sur la relation entretenue avec le mérou
!
Je revis au travers cet écrit les histoires de pêche que
racontait mon père chasseur invétéré de
la côte méditerranéenne Marocaine. Il avait exactement
la même passion pour ce poisson et disait toujours combien il
lui était douloureux mais exaltant de chasser ce seigneur de
la mer.
Beau moment d'émotion
MERCI
tibtom76@aol.com
À Georges Behm
Il me semble que nous nous connaissons, nous sommes allés,
je crois, dans la même école du côté de Bab
el Oued, mon nom : Yves Calmus.
Nous avons même une histoire en commun du côté de
l'aliose et un "petit"merot en litige et si tu es celui auquel
je pense j'ai un souvenir très présent de ce que tu étais
et vu de si loin Baïnem ou Bains Romains, la différence
n'est pas bien grande.
Je crois que nous nous connaissions pour avoir fréquenté
la place Lelievre. Jhabitais Baïnem et je faisais 4 fois
par jour le trajet sur la ligne 11 ou 10 et je me souviens parfaitement
de toi mais je ne me rappelle plus du type de relation que nous avions
(quelques vagues souvenirs autour du marché de Bab el Oued, je
pense même être venu chez toi).
Lhistoire que nous avons en commun est la suivante : Un jour alors
que nous étions en chasse autour de laliose, mais plutôt
sur son sommet étant donné nos capacités à
plonger, je découvre un merot dau moins 1,5 kg ; mais que
faire avec un petit fusil type baby de tarzan équipé dun
trident tout juste bon pour les racaos. Je demande alors, après
être remonté sur la pastera, à mon copain
Jean-Philippe de me prêter son fusil, il possédait le junior
de champion pourvu dune flèche avec pointe. Il na
jamais voulu me le prêter et moi je nai jamais voulu dire
où il se trouvait.
Dans les jours qui ont suivi tu es venu avec une équipe de copain
(il me semble que vous étiez 3) et vous êtes repartis avec
une brochette de racaos de petits sars et ce fameux merot. Nous nétions
pas bien grand, du temps a passé et jai chassé encore
et encore dans dautres mers, vers dautres rivages, des poissons
biens plus grands mais celui-là reste encore bien calé
au fond de mes rêves.
Yves
Yves bonjour,
Cette histoire de petit merot évoque, pour moi, quelques souvenirs
sans toutefois quils soient très précis. Ta mémoire
est beaucoup plus vive que la mienne. Si nous étions trois ce
ne peut être que Jean-Marc, Piou et moi-même et si nous
ne tavons même pas remercié de nous avoir indiqué
cet endroit de rêve cest que nous étions des mufles.
Heureusement, tu sembles avoir pas mal plongé et chassé
depuis.
Par contre ce que tu appelles laliose, nétait il
pas ce récif presque à fleur deau qui retenait à
ses pieds et par une quinzaine de mètres de fond une épave
?
Si cest bien ça, lui, je lai en mémoire et
ma mémoire me fait dire que cest un des plus beau fond
sous-marin entre Bains Romains et Baïnem, malheureusement nous
navons pas de photo pour montrer ces merveilles.
Jentends partout dire que les plus beaux fonds sous-marin sont
en Corse, je peux certifier que les fonds, à côté
du rocher des rats aux Bains Romains, ou ce fameux récif entre
Bains Romains et Baïnem, sont de toute beauté.
Mon frère connaît bien cet endroit pour avoir visité
lépave à plusieurs reprises. Par mer calme, à
la surface de leau, on ne voit rien, le sommet du récif
doit être à un mètre sous la surface, de mémoire
un plateau descend en pente douce sur quelques centaines de mètres
et cest ensuite une falaise qui plonge dans les profondeurs impressionnantes
car le fond est difficilement visible. Mais il y a quelques paliers
par 8 à 10 mètres de fond et je me souviens dune
très belle rascasse qui me narguait du fond de son palier que
je narrivais pas à atteindre ce jour là.
Un grand merci à toi Yves pour avoir fait émerger ces
images de ma mémoire passive.
Si quelquun à des souvenirs plus précis de cet endroit,
il est inutile de dire que nous serions très heureux de les lire.
Chounet
Il faut absolument voir cette carte Marine :
Carte particulière de la côte septentrionale dAfrique.
Aïose ou aliose ?
Message sur Esmma (Pierre Povéda (1935) (Le Cannet
06)
19/03/2005) :
Quelqu'un se souvient-il de Monsieur Fourment, ébéniste
qui y avait son minuscule atelier, à droite en montant, à
quelques pas de la rue Michelet ? J'ai bien connu les Fourment étant
gosse : ils habitaient Baïnem; leur maison, en lisière de
forêt, était voisine de celle de mes oncle et tante Izembart
chez qui je passais mes vacances. Couple sans enfant, les Fourment accueillaient
toute la marmaille du voisinage qui venait souvent chez eux à
la veillée. Elle entretenait une ribambelle de chats, un ou deux
chiens, sans compter poules et lapins. Lui m'emmenait parfois dans sa
pastéra pêcher au large de la plage "Dignito",
au delà de l'écueil qu'on appelait "l'Aïose".
Pierre
À Pierre :
Nous parlons de laliose et non de " lAïose "
de Baïnem sur le commentaire dYves Calmus.
Nous recherchons des infos car les souvenirs son très vagues
mais, de mémoire, ce récif était très beau.
Si vous avez des infos, des photos ou des souvenirs ils seront les biens
venus.
Chounet
Bonjour Chounet
J'ai bien lu votre message et vous en remercie. Je n'ai malheureusement
pas de photo qui puisse vous intéresser sur le sujet évoqué;
je n'ai que des souvenirs mais très précis. Je ne pense
pas qu'il s'agisse du récif que vous évoquez car l'Aïose
dont je me souviens n'était pas un très beau récif.
Il était même invisible par mer calme, ce qui le rendait
particulièrement dangereux: affleurant à quelques décimètres
sous la surface, sa présence ne se signalait que par mer agitée,
par la nappe d'écume qui le surplombait. Il se situait au droit
du bar "Darmon", ou de l'établissement-dancing "le
Vert Galant" (à la réputation sulfureuse...) qui
bordaient la route nationale. Entre l'Aïose et la plage, il y avait
un autre rocher plus petit mais bien visible celui-ci, qu'on appelait
le "Saint Antoine".
Très amicalement
Pierre Povéda