MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Le Brochet

 

| A | B |
| C | D |
| E | F |
| G | H |
| I | J |
| K | L |
| M | N |
| O | P |
| Q | R |
| S | T |
| U | V |
| W|X |
| Y | Z |

 

 

Retour à l'index lettre B

 

Médit. : spet . Scientifique : sphyræna sphyræna

…ou Barracuda des Américains

C’est le " mangeur d’hommes ", comme diraient les Américains qui ont affaire, il est vrai, à une espèce légèrement différente et surtout atteinte de gigantisme, le " Sphyræna Barracuda Walbaum " qui double de longueur. La nôtre, celle du " Sphyæna Sphyræna " (Linné) ne dépasse jamais les 120 cm, et encore rarement, ne manque pas d’intérêt pour autant.

D’abord c’est un très beau poisson qui nage en surface, le plus clair du temps, qui se montre d’une indifférence crasse à l’égard du chasseur sous-marin qu’il dédaigne souverainement au passage. Un véritable seigneur (et saigneur) et de grande lignée avec une gueule peu engageante mais avec un œil énorme et terriblement expressif.

Ils arrivent sur les côtes au début de l’été car ce sont généralement des poissons du large, ils sont plus nombreux à la fin de l’été et au début de l’automne quand leur proie de prédilection, l’Orphie, ou Aiguille de Mer, " Bellone Bellone " fréquente les parages. On les rencontre souvent en couple ou bien en bandes de quelques spécimens. Il faut que l’eau de mer atteigne les 20 degrés pour faciliter leur reproduction.

En Algérie, où ils étaient légion, on les pêchait à la traîne… et sans moteur, c’est-à-dire à l’aviron dans les traditionnelles pastéras (barques), tôt le matin au vif ou avec des leurres de toutes sortes. Il y avait des spécialistes en la matière, il nous souvient d’un Maltais qui portait un anneau d’or à l’oreille – signe distinctif des Maltais du Maghreb, qui tend aujourd’hui à se vulgariser – qui était reconnu comme un éminent spécialiste et qui y allait seul pour garder ses secrets. Or chacun vous le dira, la pêche à la traîne, seul, ce n’est pas si facile, mais alors sans moteur, cela tient tout simplement du prodige.

Personnellement c’est à la chasse sous-marine que nous avons fait de belles rencontres. Un soir où nous transgressions allégrement la légalité républicaine la plus élémentaire, nous nous sommes jetés à l’eau, mon jumeau et moi, une forte lampe torche étanche allumée au poignet, par une nuit sans lune. Et nous sommes tombés quasiment à cheval sur un gros spécimen qui venait à passer et qui se montrer toujours aussi souverainement dédaigneux à notre égard, chassant bon train lui-même. Avec une seule lampe et deux fusils, il valait mieux que ce soit le porteur de la torche lumineuse qui ajuste le tir, c’est donc le frangin qui se chargea de la besogne et nous n’étions pas peu fiers de ressortir immédiatement de l’eau avec une telle prise devant les copains admiratifs.

On l’appelle aussi le Spet de son nom latin Sudis qui signifie " pieu pointu " tandis que les Italiens lui préfèrent " Luccio marino ", en Provence, on l’appelle Peï Escaoumo, ou Poisson Cheville ; à Nice il répond au doux nom de Lussi et les Anglo-Saxons l’ont baptisé Barracuda. Un dernier mot pour dire qu’ils ne nous ont jamais mordu, mais la mâchoire est impressionnante, voir photo d’un spécimen de 1,10 mètres chopé récemment sur la Côte d’Azur où ils fréquentent de nouveau les parages depuis peu.
Gérard STAGLIANO

 

 

Index

Toutes nos pages :

Faune sous-marine

 

     
 
Haut de page