(Anguilla anguilla, Linné)
Le corps
est allongé, cylindrique et recouvert d'une peau épaisse
dans laquelle s'imbriquent de minuscules écailles ovales. Les
nageoires pelviennes sont absentes, les nageoires caudale, anale et
dorsale sont soudées.
L'anguille jaune (forme sédentaire en eau douce) a le dos brun
olive et le ventre jaune, tandis que l'anguille argentée (forme
migratrice) est vert gris sur le dos avec des reflets argentés
sur les flancs et le ventre.
Taille : de 40 cm à 150 cm. Poids : jusqu'à 4 k.
Cest un poisson que lon verra rarement à la chasse
sous-marine. Personnellement jai eu cette insigne chance à
deux reprises au moins. La première en eau de mer, cétait
à Théoule, un charmant petit port à lest
de Cannes, très fréquenté à la belle saison.
Cétait la fin de lété, dans les années
1960, et aussi la première et seule fois où jai
réussi à convaincre celle qui allait devenir et qui est
toujours mon épouse de chausser un masque sous-marin et aller
voir le fond. Native de Cannes elle ne supporte pas de voir autre chose
sous ses pieds quun sol sablonneux et blond quand elle se met
dans leau.
À Théoule, côté Ouest du port, il y a une
plage avec quantité de posidonies devant et sur le fond des rochers
vers le Port de la Rague. Je lui montrais les saupes et les spardaillons
qui défilaient au-dessus des touffes de posidonies et allaient
ou venaient au gré du courant. Et tout dun coup, japerçois
au fond une bonne tête ronde, une bestiole que je navais
encore jamais vue dans leau de mer, ni en Algérie, ni ailleurs,
une anguille !
Las, pour moi, je navais que les mains nues. Quà
cela ne tienne, je demande à ma dame de surveiller la tête
de cette bestiole et au besoin de la suivre où quelle aille.
Je pique un crawl, retourne vers la bagnole récupérer
le fusil harpon et je reviens dare dare sur les lieux du crime. Ma future
femme morte de trouille était toujours à
la verticale de la bestiole, je nai eu quà diriger
la tahitienne sur la tête immobile en pensant que dans
un concours de chasse sous-marine cela vaudrait toujours zéro
et, jappuie sur la détente. Elle pesait près
de deux kilos.
Quelques années plus tard, on campe à Ostricone, en Corse,
une des plus belle plage au monde, à quelque 8 kilomètres
à lest dÎle-Rousse, en bordure du désert
des Agriates, grâce à lhospitalité de M. Santucci,
propriétaire des lieux. Au bord de la lagune saumâtre qui
narrive plus à la mer en été et où
jai aussi eu loccasion dattraper un magnifique loup
de mer prisonnier occasionnel de ses eaux les trois mois chauds.
Un soir que nous dînions chez lhôte, il nous dit :
" Vous aimez les anguilles ? " On avait ce privilège
de tout aimé, mais, personnellement, je nen avais jamais
goûtées. Il nous dit dans la lagune, il y en a plein, vous
les attrapez avec vos masques et le fusil harpon et je les ferai cuire.
Aussitôt dit, aussitôt fait. On a passé un brave
moment à écumer la lagune dans une eau maronnâte
à mourir dennui pour les apercevoir sous des branchages,
des feuilles mortes, mais elles étaient de petite taille donc
pas faciles à tirer avec une tahitienne, il aurait mieux valu
un trident que nous navions pas. Néanmoins, on en a fait
une palanquée. Elles étaient bonnes, dune chair
très fine mais le Méditerranéen que je reste viscéralement,
leur reprocha ce petit arrière-goût de vase caractéristique
de tous les poissons deau douce.