MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

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Photos et documents collection Denise Boulet-Dunn

WEB (lectures sur le ...)

ONCLE CHARLES

" LE VEAU MARIN "

Je n'ai pas à fermer les yeux pour revoir, il y a longtemps, bien longtemps, de l'autre côté de la Méditerranée, la petite fille sans impatience qui durant des heures, sur le sommet d'une falaise, face à la mer, attendait de l'horizon sans fin un impossible message.

La mer de mon enfance était bordée de falaises à pic et de plages étroites que les vagues de l'hiver encombraient d'algues brunes longtemps humides, jusqu'à l'été qui les desséchait.
Je n'avais pas appris à observer et me laissais couler dans le temps, rêvassant dans mon creux de rocher abrité du soleil, imaginant la vie au lieu de la vivre…
Ou bien offerte à la mer !

Sans mes parents, gens des Hauts Plateaux sétifiens, amateurs de troupeaux de moutons et de champs de blés, je retrouvais ma tante Jeanne et surtout son époux, l'oncle Charles, celui qui m'a donné mon Élément !
À trois ans à peine, avant la naissance de ma cousine Minou, je n'ignorais pas l'aventure de la nage de fond, la main simplement posée sur l'épaule de l'oncle Charles qui partait vers le large avec son léger chargement, à la vitesse de ses battements de pied infatigables.
Les pêcheurs à la palangrotte dans leur barque, lorsqu'ils apercevaient à l'horizon le moulinet de son crawl travaillant l'eau vive, le confondaient souvent avec le " veau marin ".

Aujourd'hui cette espèce, nommée par les spécialistes " Monachus monachus ", ou " phoque moine ", est en voie de disparition hélas, mais autrefois, " notre veau marin " logeait encore dans une grotte à double issue de notre paradis de vacances.

L'oncle Charles le rencontrait souvent à la mer, mais " jamais sur les rochers " disait-il.
Comment aurais-je pu le contredire en lui relatant ma rencontre avec le phoque sur un petit rocher ?
J'ai dans la bouche encore le goût de l'eau salée, dans les yeux sa brûlure et celle du soleil ; le rocher hostile et griffu égratigne encore la paume de mes mains, je me hisse, avec peine, après ma baignade. Et, levant la tête, je vois, face à moi, me regardant et soufflant sur ses moustaches le veau marin épouvanté lui aussi et qui s'enfuit en plongeant sans attendre.

Cette petite aventure, je ne pouvais la conter à mon oncle. Il n'aurait pas voulu me croire, aurait dénoncé le mensonge, et selon une tradition bien établie, pour ma punition aurait proposé : - " que préfères-tu ? Une fessée chaude ou une fessée froide ? ? ? "
Je préférais garder le silence et m'enfuir dans quelque refuge de " l'Archevêché ". J'étais seule, ma cousine " Minou ", seule aussi capturait des crevettes dans un trou d'eau ou domestiquait des lézards verts au soleil… Pas de petites amies ! Mon oncle méprisait " l'instinct grégaire " ! l'homme fort savait rester seul ! ! !

L'Archevêché, c'était la propriété où je passais mes vacances.

Au début du siècle, vers 1904, 1905, un prélat amoureux de la mer, avait acheté à l'administration des domaines toute une suite d'hectares de rochers et de plages à une dizaine de kilomètres d'Alger, aux " Bains Romains ". Là, cet esthète venait méditer, reprendre contact avec la nature.
Dans une grotte où la mer entrait, il avait fait aménager une " baignoire ", longuement rectangulaire en mosaïques de couleur qui se remplissait d'eau à l'aurore estivale.
Mon oncle m'en avait expliqué le fonctionnement naturel : - " Tout au long du rivage algérien, la côte est trop accore et trop rectiligne pour que la marée s'y manifeste. En été par temps calme l'eau marque un peu plus bas sur les rochers, le matin, avant que la brise de Nord-Est se lève, et, par son clapotis, fasse rapidement remonter le niveau de l'eau ".
La baignoire de l'Archevêque était intacte aux temps de ma jeunesse mais la petite chapelle voisine, pillée de ses ornements et de ses vitraux, était ouverte aux quatre vents.
Toute proche, une source d'eau douce et fraîche s'égrenait le long d'une pente, comme un long chapelet, butant de pierre en pierre, jusqu'à la valve de coquillage bénitier, où elle faisait halte, avant de retomber, une dernière fois, en cascade, dans la nappe souterraine, vibrante de moustiques.
Mon père avait acquis la parcelle de terrain parée de ces trésors et de la plage privée aussi qui, un niveau plus bas s'étalait, couverte d'algues brunes refoulées, et riche de fonds pavés d'oursins délectables. Mon oncle les détectait, à l'aide d'un carreau, et, soit il les " plongeait ", soit il les détachait à l'aide d'un " ganch ". Il fallait nager quelques brasses pour atteindre le petit rocher secret où je rencontrai " mon " veau marin !

A l'époque, ces privilèges me paraissaient sans grand intérêt, j'attendais du ciel je ne sais quoi de prodigieux ! Aujourd'hui, face à mon coin de campagne dans le centre de Nice, entre la terrasse aux poissons rouges et celle aux bougainvillées, devant l'ordinateur, devenue quasi virtuelle, je revois les merveilles d'autrefois et surtout les êtres que j'aimais, qui passèrent par là et ne sont plus, n'existent plus, se sont envolés à jamais, comme ne sont plus pour moi les lieux de mon enfance dans mon pays perdu et la vie me semble un rêve…

Denise

http://denisevb.free.fr

Aujourd’hui samedi 26 février 2005, sur la terrasse face à l’océan Pacifique, nous avons pris de bonne heure notre petit-déjeuner
Situation : Île de MAUI Lieu : KAANAPALI (Île de MOLOKAI à droite).

Je surveille les allées venues des baleines, reconnaissables à leur explosif jet d’eau …
Tout à coup, sortant de l’eau, s’ébrouant, se contorsionnant, un long animal brun …
Il s’affale sur le sable. Ne bouge plus. Peut-être épuisé par une longue course.
Trop lointain pour que je puisse préciser l’espèce. J’appelle Bill. Il ne parvient pas à le voir.
Très excitée j’explique : " Regardez entre deux cocotiers ! Près de petites roches brunes, sur le sable. Voyez ! ! Des promeneurs ont arrêté leur marche ! Ils regardent l’animal "
Bill ne voit pas. " Mettons vite nos maillots, allons voir de plus près ! "
Nous courons … Un groupe nous arrête : " N’approchez pas ! Il pourrait vous mordre ! nous précise un habitué des lieux … C’est un MONK SEAL … Il est sorti de l’eau pour trouver un coin tranquille où se reposer, chaque année à la même époque il arrive qu’un " MONK SEAL " vienne s’échouer volontairement sur la plage.
Quel ÉVÉNEMENT pour moi ! ! !
Un " MONK SEAL " est un " Phoque pèlerin ", notre cher " VEAU MARIN " des Bains Romains ! ! !
Là je m’étais trouvé, un jour de mon enfance, nez à nez avec l’un d’entre eux, sur un petit rocher de l’archevêché.
L’espèce est rare. En voie de disparition. Et toute mon enfance remonte à ma mémoire. Cependant qu’un immense arc-en-ciel enjambe l’océan ici à MAUI, Île magique d’Hawaï où l’un des arrières petits-enfants de mon inoubliable veau marin des Bains Romains est venue me souhaiter la bienvenue ! !

Denise

Arrière petit-fils de mon veau marin des Bains Romains venu me souhaiter la bienvenue à MAUI (Hawaï).

Denise

 

" Le veau marin " de MAUI (Hawaï), épuisé par un long voyage, prend un repos de quelques heures sur la plage … Bien sûr il était venu souhaiter la bienvenue à Denise, fin février 2005.

Denise

 

 

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