MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

La Torpille

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Méditer. : Torpille. Scientifique : Torpedo Torpedo

Drôle de nom pour un poisson, d’autant qu’il n’en épouse absolument pas la forme. C’est un poisson plat, du genre raie, mais avec des formes arrondies pour ce qui concerne les ailerons. « Poisson sélacien, voisin des raies, au corps presque circulaire et plat, à la queue courte, caractérisé par son aptitude à produire des décharges électriques. » C’est la définition qu’en donne le Petit Robert, dont nous dirons au passage que ledit Robert, auteur de ce dictionnaire très couru, est un illustrissime de nos compatriotes.
Ledit poisson n’offre aucun attrait du point de vue culinaire, mais alors aucun. Le seul que nous ayons attrapé, c’était d’ailleurs Marc qui s’en était chargé, l’avait été du côté de Bérard. Dans ces merveilleuses criques propres à ce village entre Bou-Haroun et Tipasa, des rochers très pointus et accidentés qui se terminaient au contact de notre chère Méditerranée en plateau très plat à moitié immergé et recouvert d’un tapis d’une herbe très douce qui reposait les pieds, qui avaient commencé par s’écorcher sur les rochers.
Ces criques, pour la plupart sablonneuses, ne l’étaient pas entièrement et de vastes champs de posidonies les garnissaient à l’envi.
C’est au détour de ces clairières sablonneuses, entre les posidonies, que le frangin avait harponné cette unique torpille au corps d’un brun marqué mais garni de quatre points bleus sur le dos, qui disparaissent après la mort. C’est aussi Marc qui avait expérimenté la décharge électrique en question, laquelle l’avait forcé à lâcher la flèche de notre fabuleux Hurricane à levier pour recharger les sandows. Il voulut ensuite me convaincre de reprendre ladite flèche pour « expérimenter », à mon tour ce qui caractérise ce poisson, mais j’ai préféré le croire sur parole et m’en suis tenu à celle-ci.
Nous étions toute la famille en pique-nique et je ne garde pas le souvenir d’avoir mangé, ne serait-ce qu’un seul petit aileron de cette raie qui n’en était pas une. Car nous adorions la raie, la vraie, que la maternelle nous préparait au beurre noir et nous aimions en croquer les cartilages frits de la ramure.
Alors surtout, si vous rencontrer ce sympathique poisson, quelle que soit sa taille - il peut atteindre un mètre de longueur et un poids respectable - passez votre chemin sans sourciller, car nous-mêmes n’avons jamais plus renouvelé l’expérience d’émousser la pointe de la flèche pour si peu de chose.

Gérard STAGLIANO

 

 

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