ou Raie Pastenague
Encore une fois cest le nom que donnaient les Arabes à
la raie pastenague, celle qui porte à la naissance de sa queue
un dard venimeux particulièrement douloureux pour celui qui sy
frotte, et que nous, Pieds-Noirs, avions adopté, comme toujours.
C'est un animal à la chair si peu délectable que les
pêcheurs le rejetaient sitôt attrapé car ils étaient
sûrs de ne pas le vendre. Personnellement nous nen avons
pratiquement jamais aperçu sous leau ou peut-être
une fois.
Un poisson à la réputation peu ragoûtante et qui
faisait surtout repoussoir, à ne pas approcher.
Les seuls poissons plats que nous ayons vus et attrapés sont
les raies torpilles, histoire de nous faire ressentir la décharge
électrique quelles dispensaient sans retenue et qui nétait
pas, mais alors pas du tout, agréable à ressentir dans
sa chair.
Il me souvient cependant dune anecdote parue
alors dans la presse. Les trois stars algéroises de la chasse
sous-marine de lépoque : Caïa, Diaz et Di Pasquale
étaient tombés sur un spécimen dépassant
allégrement les 200 kilos, 225 pour être précis,
quils avaient eu loutrecuidance de tirer, dans la tête,
avec une flèche à tête explosive
pour assurer.
Ne voilà ty pas que la bête se plaque au sol et fait
ventouse. Il fallut faire venir un bateau muni dun puissant treuil
pour décoller le bestiau et lexposer aux regards dune
foule damateurs de curiosités en tout genre.
Cest tout ce que je peux en dire car le tchoutch et sa réputation
nétaient pas enclins à nous faire fantasmer, nous
qui ne tuions que pour manger et pas pour le plaisir. Cest ainsi
que nous avons épargné nombre de poulpes, pourtant bons
sur la table, mais quen tant quanimal intelligent, nous
ne voulions pas tuer - une certaine retenue pudique.
Un dernier mot pour dire que Caïa, le plus fort des trois, Diaz
et Di Pasquale étaient devenus champions du Monde de chasse sous-marine
en époustouflant la communauté subaquatique par leurs
exploits, dont celui de sortir 23 sars du même trou, sans jamais
laisser ledit trou non obturé par lun des trois chasseurs.
Du grand art et à quelque 30 mètres de profondeur.
On en parle encore dans les chaumières
Gérard STAGLIANO