MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Le Sar

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Méditer. : Sar Commun. Scientifique : Diplodus Sargus

Image recomposée par bainsromains.com

C’est le symbole de la Méditerranée, son oriflamme en quelque sorte. Mais il y a une multitude d’espèces. Le véritable Sar répond au nom scientifique de " Diplodus Sargus ". Il a une chair délicieuse, comparable à celle de la Daurade royale, à très peu de chose près.

À la cuisson, quand il est trop frais, la chair se rétracte, et pour les restaurateurs, il n’est plus présentable. C’est ce qui explique son absence quasi totale dans les menus. Il faut savoir qu’en le laissant reposer ou vieillir, il ne présente plus cet inconvénient.

Il présente un corps très comprimé, tout en hauteur. Le museau est gros et obtus avec des mâchoires garnies, en avant d’incisives humaines en lames tranchantes et, latéralement, de molaires arrondies comme chez les mammifères.
L’opercule est lisse et sans épines, caractéristique commune à tous les sparidés. La coloration est le gris argenté, plus foncé sur le dos, avec des lignes longitudinales peu marquées, d’un gris doré. L’abdomen est blanc nacré. Du dos, descendent, verticalement, des bandes brunes qui viennent mourir sur les flancs. Une bande transversale brune également mais plus marquée entoure la base de la queue.

Les sars vivent en bandes de 10 à 20 individus en moyenne sur des fonds rocheux garnis d’algues. Ils se nourrissent principalement de mollusques, de petits coquillages et d’oursins que leurs solides mâchoires leur permettent de trancher et de broyer. Ils se laissent approcher assez facilement à condition de ne pas trop faire de bruits ou de mouvements intempestifs.

Deux autres Diplodus existent :
le Diplodus Annularis que l’on appelle en Provence le Pataclet ou Sparaillon, à la robe beaucoup plus dorée. Il vit dans les prairies de posidonies (grandes algues en ruban). Il est, en général, de petite taille.
L’autre, le Diplodus Vulgaris, porte bien mal son nom car il est succulent. Les Pieds Noirs le baptisaient de son nom arabe de Bousnen ; sur la Côte d’Azur son appellation de Saint-Antoine le réhabilite. Il ne dépasse que très rarement les 800 grammes et les Provençaux l’appellent Verrade ou Veirado.
Un autre Sar est le Charax Puntazzo dont les noms communément employés sont Mouré  Pounchu, Mouté Ghetti, Subo ou Beccofino, Tchouïa pour les Pieds Noirs !
C’est le plus gros mais aussi le moins fameux sur la table. Plus herbivore sa chair rappelle davantage celle de la Saupe (la Tchelba des Pieds Noirs) que celle de ses cousins germains. Il est aussi beaucoup plus combatif, une fois harponné et se déchire souvent. Il a comme le Sar, la même forme, large et comprimée, les mêmes incisives, larges et tranchantes. Il s’en distingue par son museau, très pointu, rappelant la forme d’un nez, d’où son nom, et aussi par des bandes verticales plus larges et plus prononcées. On passe sur le Spondyliosoma Cantharus, un sar plus allongé, plus foncé presque noir que les Pieds Noirs appelaient le Charbonnier qui vit à 40 brasses au moins et que les chasseurs sous-marins ne rencontrent jamais.

La planche des schémas ci-contre montre nettement les différences anatomiques.

Gérard Stagliano

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Une histoire de sar.

Au temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme dirait notre ami Zack, plage Martin dans les éboulis rocheux qui se trouvent à quelques mètres du bout des rochers à gauche en regardant la mer, il doit y avoir 4 à 5 mètres de profondeur, l’environnement sous-marin est ou était très beau, tout à fait digne d’un lieu à protéger.
Au pied d’un des rochers que l’on aperçoit à fleur d’eau sur la photo de Robert Mari prise en 2005, à la page E comme eau, il y a une grotte qui abritait épisodiquement de très beaux poissons, mérot, sar et autre badèche qui nous faisaient complètement flipper tout en sachant qu’il était très difficile sinon quasi impossible d’envisager de les harponner et de les sortir tant cet endroit était un dédale de trous dans lesquels nous ne pouvions passer que la tête et encore ! ! !
Lorsque je, ou que nous envisagions de plonger plage Martin pour faire une petite pêche de poissons à bouillabaisse, je ou nous avions un circuit qui nous amenait d’un trou à un autre pour tirer une rascasse, un poulpe, un congre ou autre murène, il y avait les rochers à oursins, les lieus à racaos, les prairies à tchelbas et les fonds semi-sableux où l’on était certain de trouver une conque ou une oursine en balade.
Ces fameux éboulis rocheux faisaient partie intégrante de nos tournées de plongées.
Un jour, lors d’une de ces tournées, j’arrive, en nageant en surface, au détour de l’un des rochers à fleur d’eau, au-dessus de cette fameuse grotte et j’aperçois un énorme sar qui, affolé par ma présence totalement incongrue, se précipite et disparaît dans ce dédale de roches toutes hérissés d’algues, d’éponges, de gorgones, de corail et d’oursins.
Quand je dis un énorme sar c’est en toute conscience car, en règle générale, nous rencontrions, en plongée, des sars de vingt à trente cm, c’était déjà des belles bêtes, mais il était très rare de voir un sar de cinquante à soixante cm.
Sans aucun espoir, je plonge, histoire d’inspecter cette fameuse grotte, je passe la tête partout où je peux, il me semble voir une très belle queue-de-poisson s’enfoncer au plus profond de cette pénombre qui se termine par un noir d’encre de chine, mais rien de plus.
S’entêter aurait été passer beaucoup de temps en pure perte, je poursuis donc le cours habituel de ma tournée.
Les jours suivants je renouvelle l’opération, histoire de voir si mon sar était toujours là, et trois ou quatre fois de suite, je constate sa présence un peu à droite de l’entrée principale de la grotte, occupé à attaquer à belle dent quelque morceau de sa nourriture préférée.
Dans ma p’tite tête de l’époque, ce n’est pas qu’elle est plus grosse maintenant mais j’étais, à ce moment-là, au début de mon adolescence, je gamberge une stratégie qui consistait à plonger, en arrivant au niveau du rocher à fleur d’eau, du côté opposé à la présence de ce qui était devenu ma cible, de contourner cet ensemble de roches par la gauche de manière à surprendre le sar avant qu’il n’ait le temps de se précipiter dans la grotte. Par quatre à cinq mètres de fond, c’était jouable, mais je n’y croyais pas vraiment beaucoup. Voilà t’y pas que mon plan a fonctionné comme sur des roulettes, mais cette énorme bestiole a entraîné la flèche de mon fusil harpon tout au fond de son trou, impossible de la repérer sur le moment et, en tirant sur la corde qui l’a relié au fusil, elle était visiblement coincée quelque part.
J’ai bien dû plonger une bonne dizaine de fois en essayant de repérer quelque chose par les différentes issues possibles. Rien !
J’ai tout de même fini par retrouver et récupérer ma flèche, mais il n’y avait rien au bout.
Ce jour-là, en fin d’après-midi, je rencontre un adulte avec qui nous plongions quelques fois et qui me dit : " Chounet, j’ai sorti un énorme sar tout à l’heure, mais si j’ai réussi à le harponner c’est qu’il était blessé ".
À moins qu’il ne m’ait dit : " Chounet, ma parole ! Tu vas pas me croire, fils ! j’ai sorti un énorme sar … Etc … Etc … ".
J’ai su, par la suite, que toute la famille s’était régalée.

Inch'Allah !!

Chounet

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Dans mon souvenir, mon sar ressemblait un peu à celui du premier plan.

Photo extraite de : Mon album des profondeurs de Gilbert Doukan, éditions Elsevier 1954.

Chounet

Légende de la photo : Ceux-ci n'ont guère l'air de se soucier du sort de leur frère. Il est vrai qu'ils sont à l'abri dans les vastes aquariums du musée Océanographique de Monaco.

Le Sar Tambour

Image recomposée par bainsromains.com

Ne me demandez surtout pas de savoir pourquoi on appelait ce sar, un sar tambour, parce que je l’ignore, mais il avait effectivement l’apparence et la dentition du sar avec ses incisives coupantes ressemblant fort à celle du sar commun (diplodus sargus). Il avait par rapport à son cousin, deux différences essentielles, et tout d’abord sa livrée, absolument splendide, dans l’eau surtout, avec ses 5 larges bandes brunes descendant sur ses flancs et les interstices d’une jaune d’or tirant sur l’orange qui lui donnait vraiment beaucoup d’allure.
La deuxième distinction était la taille, il devenait vraiment très gros, de 45 à 55 centimètres de long, il lui arrivait de dépasser les 3 kilos. Je dois faire un aveu, je n’en ai jamais attrapé, il faut dire que sa beauté n’avait d’égale que sa rareté, mais j’en ai quand même vu évoluer sous l’eau dans toute leur splendeur.
Je suis même coupable d’avoir raté l’immanquable. En effet, un jour que je furetais sous les villas cabanons de La Vigie, entre les Deux Moulins et la Pointe Pescade, je m’avise de regarder dans une faille qui affleurait en surface, à un mètre près. Et là, que vois-je ? Un magnifique Sar Tambour, coincé et immobile au fond de la faille, je glisse mon fusil harpon dans celle-ci, je vise le poisson, totalement immobile et coincé, et je tire. Vous me croirez si vous voulez, je ne l’ai pas eu, je ne sais absolument pas où est allée ma flèche, à l’époque c’était la lourde avec la pointe, et son ardillon, qui se vissait au bout. Mais je sais que j’ai retiré la flèche vide de tout poisson, lequel avait disparu, dame. Je crois même que je ne lui ai pas enlevé la moindre écaille.
Ensuite, j’ai eu l’occasion d’en voir, un vraiment très gros. Toujours au même endroit, il avait apparemment ses habitudes, nous allions, après Bérard, dans un endroit où il y avait une source d’eau douce qui se déversait dans la Méditerranée et qui attirait curieusement les poissons. On avait repéré un trou au large, mais il était profond au moins 12 mètres, en plein sable, quelques rochers épars constituaient une planque que fréquentait ce sar tambour, vraiment très gros, mais aussi un beau denti, nettement plus gros.
Chaque dimanche que nous y venions, ils étaient là tous les deux et se réfugiaient immédiatement sous les rochers. Un jour, on décide de les choper, au besoin avec un palangre. On installe celui-ci à l’aide d’un bateau gonflable que l’on nous avait prêté pour la journée et on vaque sous l’eau, plus loin, à la chasse sous-marine, mon ami Jacky Marco, et moi-même.
Je ne me souviens plus de ce que j’avais attrapé ce jour-là, mais j’étais vert de rage au retour, de voir le Jacky en question me narguer avec le sar tambour qui pesait plus de 3 kilos. Il a tout de même eu le bon goût de m’en faire cadeau, mais pas tout de suite, le soir seulement. Quand nous sommes allés relever le palangre, à tous les hameçons ou presque il y avait un petit mérou ou une badèche et puis tout d’un coup, on voit le fil du palangre passer sous le canot pneumatique et revenir, disons qu’il était, et sérieusement secoué. C’était le denti qui avait eu le mauvais goût de mordre à l’hameçon et qui ruait, furieux de s’être fait prendre.
Il pesait plus de 5 kilos et il avait hérissé toutes ses arêtes les dorsales notamment, on avait peur qu’il nous crève le bateau prêté, on a donc préféré le harponner avant de le hisser à bord. Et Jacky Marco de le préférer au sar tambour, ne serait-ce que pour la taille.

Gérard Stagliano

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