MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Le Racaô

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Méditer. : Labre, Roucaou. Scientifique : Crenilabrus Tinca

Ou plutôt, les Racaos... On ne saurait parler de ce poisson au singulier tant il existe de sorte de racaos. J'espère - pour la bonne compréhension de l'énumération que je vais en faire - que notre ami Chounet finira bien par éditer la planche de dessins terriblement explicite que je lui ai fait parvenir. Cela seulement pour le lecteur potentiel, parce que personnellement, tous les Racaos me sont familiers.

En France, les Racaos sont appelés les Rouquiers et cela est d'une justesse remarquable tant il y a de roux dans la robe de certains de ces Labres ou Crénilabres (de " lèvres " en latin qu'ils ont très charnues).

Il y a donc (voir planche) :
-
      le Crenilabrus Ocellatus, qui présente la particularité d'avoir des points rouges tout au long de sa ligne de vie (ocelles) ;
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      le Crenilabrus Scina, très rayé longitudinalement et d'un brun très foncé avec le museau relevé ;
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      le Crenilabrus Méditerraneus avec la tache carrée noire sur la base de la queue ;
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      le Crenilabrus Turdus quasiment bicolore dans le sens transversal ;
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      et enfin, le plus beau et surtout le plus gros, le Crenilabrus Tinca, avec tous les merveilleux tons de vert et les gros points rouges de sa robe.

C'est une palette de couleurs incroyable, que la planche en question ne rend malheureusement pas. Ceci dit, c'est le seul attrait du Racao. À ne destiner qu'à la bouillabaisse et à la soupe de poissons, car frit c'est une véritable calamité avec des arêtes en veux-tu en voilà . Du choix que nous faisions des poissons frits parfois, on risquait de le manger froid, car c'était le dernier choisi. Encore que sa chair développe sur les papilles une forte odeur de mer, d'iode et de senteurs qu'il est sans doute le seul à posséder. Les odeurs de notre Mare Nostrum, de notre chère, très chère Méditerranée.

Brillat Savarin, le grand cuisinier disait péremptoire : " Il n'est d'huile que d'olive ! " et en bon méditerranéen que je suis, je suis bien d'accord.
Je vais plus loin : " Il n'est de mer, que Méditerranée ! ". " Il n'est d'Île que Corse ! ".

Deux anecdotes personnelles pour conclure sur ce propos. Je suis allé passer, une année, cinq semaines en Martinique ; je croyais que les fonds allaient me chavirer de beauté comme la clarté des eaux. Ce fut la plus grande déception de ma vie. À côté de la Corse et de ma Méditerranée, quel désastre. J'ai eu l'outrecuidance de le dire, haut et ferme, et j'étais dans le lieu dit la baignoire de Joséphine, un lieu quelque peu magique pourtant. Ceux qui connaissent ne me contrediront pas. J'ai dit : " Si vous voulez voir des eaux translucides, une seule adresse, la Corse, et pour être plus précis, le désert des Agriates, pour mourir de plaisir. "
Parmi ceux qui étaient là avec moi, il y avait un Corse. Il est venu m'embrasser. Et moi, quand je quitte la Corse, j'ai la chair de poule. Surtout Île Rousse que l'on voit tête bêche depuis le bateau par mer calme, à l'endroit au-dessus de la surface, à l'envers au-dessous. C'est un peu comme si je quittais derechef l'Algérie. Une nouvelle déchirure ...

Autre anecdote personnelle. J'avais confié à l'une de mes tendres amies d'enfance, native de Belfort (elle se reconnaîtra si elle me lit), de mes amours juvéniles, les plus belles, que : " Jamais, au grand jamais, je ne me séparerai de la Méditerranée ". Et j'ai tenu parole, puisque je n'ai fait que passer d'un bord à l'autre. Grasse, où je vis depuis 40 ans plombés, n'est qu'à 17 kilomètres du premier clapotis. Cette phrase avait dû la marquer au fer rouge. Car l'année suivante, j'avais pu feuilleter son journal intime, un cahier d'écolier très bien tenu. Eh bien il y avait une carte postale collée, avec une magnifique vague en rouleau d'un bleu immaculé. Et dessous, ma phrase ... É-MOU-VANT !

Gérard STAGLIANO

 

 

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Chounet éditera tout, dès qu'il aura cinq minutes de disponibles. Je ne voudrais pas dire, mais nous nous sommes lancés là dans un boulot de Titan et nous n'avons même plus le temps de souffler. Nos différentes messageries sont saturées et nous ne savons plus où donner de la tête.
Chounet remercie les lecteurs et l'auteur pour leur patiente et assure que tout finira par être édité ... un jour ... !
Chounet.

 
 
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