Méditer. : Jambonneau de mer. Scientifique : Pinna squamosa
On se demande pourquoi on a appelé ce mollusque de ce vocable
auquel il ne ressemble en rien. C'est un bivalve, comme tous les mollusques,
de forme plus triangulaire avec un angle aigu, et c'est précisément
la pointe de cet angle qui lui sert de fixation au fond de l'eau.
Vous dire que, sous l'eau, on en rencontre souvent, serait affabulé
quelque peu.
Mais à l'époque où, en Algérie, nous écumions
gaîment les fonds marins de la plage de l'Indépendance,
j'avais eu la chance émerveillée de tomber sur un gros
spécimen. Il devait faire quarante centimètres de longueur
et était fiché verticalement à même le rocher
et bayait aux corneilles, comme tous les bivalves que vous rencontrerez
sous l'eau, seulement tant que vous ne les touchez pas.
Dès que vous mettez la main sur eux, ils se ferment hermétiquement
et sans une lame de bonne facture, il est impossible de séparer
les deux parties de la coquille.
Or donc, ce jour-là, j'aperçois ce gros éventail
naturel, au fond de l'eau et je descends lui tâter la croupe,
il se ferme et je le saisis à pleines mains pour le remonter
en surface. Rien à faire, il est quasiment soudé au rocher.
Je remonte donc prendre mon souffle et redescends pour m'accroupir
avec mes deux pieds palmés de chaque côté, je le
saisis à pleines mains et je pousse sur le fond en dépliant
violemment les genoux. C'est à ce prix et encore en y mettant
toute ma force juvénile de l'époque que j'ai pu desceller
la bestiole de son port d'attache.
Une fois hors de l'eau, nous avons pu admirer la bête. Les coquilles
sont légèrement striées, de couleur orangée
quand on arrive à leur ôter tout le calcaire qui les recouvre
et, à l'opposé de la pointe sur la partie la plus large
de la coquille, il existe des aspérités, en forme de tubes,
légèrement espacés, d'où sans doute son
nom de peigne.
Vous dire que la chair de ce mollusque est un régal serait
également un tantinet exagéré. Je lui préfère
et de beaucoup celle des huîtres, d'où qu'elles viennent
Bouzigues ou Oléron.
Mais c'est assurément ailleurs que l'on trouve un attrait à
cette bestiole. La mienne, mais elle ne le sont pas toutes, avait l'intérieur
des coquilles nacrées et irisées à souhait, offrant
un miroitement de couleurs merveilleuses. Disposées sur une cheminée
de chaque côté de celle-ci, elles accueillent lumière
artificielle et la réfléchissent merveilleusement.
Gérard STAGLIANO