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réglementation
Oursinades
Ce sont les joyaux de la Méditerranée, un festival
de couleur, un goût fortement iodé complètement
inimitable, un événement, toute une histoire, du concept
à sa réalisation. Ce sont aussi des outils simples comme
bonjour ; on na jamais rien inventé de mieux pour
"ramasser" et "ouvrir" des oursins, et pourtant
nous en avons vu passer des champions du concours Lépine avec
des inventions invraisemblables, mais rien ne vaut une fourchette et
une paire de ciseaux, oui mais pas nimporte quelle fourchette
et pas nimporte quelle paire de ciseaux.
Les oursins
cest le rocher mais cest aussi lalgue. Cest
violet, cest mauve, cest vert, cest brun, cest
dessus, sur le côté ou en dessous du rocher. Cest
un champ dalgues et cest un peu comme des ceps dans les
fougères : il faut balayer les algues de la main pour apercevoir
les éclats dun feu dartifice au ras du sol.
Loursin
cest une communion entre la terre et leau, le vin blanc
ou le vin rosé, le pain croustillant avec de la mie mais pas
trop, il faut de la mie mais aussi de la croûte pour bien balayer
la concavité intérieure de loursin. Et liode
de la Méditerranée, mais pas nimporte quel iode,
il faut de liode dété, de liode de vraie
" cania ". Plus le soleil vous tape sur le crâne,
plus loursin est bon, alors quand le rosé est bien frais
et le pain croustillant, cest le petit Jésus en culotte
de velours. Vous rajoutez à ça la musique des vagues tranquilles
dune journée daoût sans vent, la transparence
de leau méditerranéenne, le sable qui vous brûle
la plante des pieds malgré la cale accumulée depuis des
semaines de marche pieds nus et cest le nirvana.
Par exemple, jai une odeur en mémoire
dans l'hémisphère le plus sensible de mon crâne,
celle des poubelles qui se trouvaient à langle
de la rue de Paris et de la route nationale, par une journée
dété et après une ventrée doursins,
le soleil de plomb qui vous tapait dessus dès que vous aviez
l'outrecuidance de franchir la frontière de lombre étroite
que réussissait à nous offrir les murs pignons des maisons
environnantes, les poubelles, à lépoque des sortes
de lessiveuses sans couvercle, doù dégueulaient
des carapaces doursins ouverts et nettoyés qui brûlaient
sous le soleil. Lensemble exhalait une odeur de " mer "
presque insoutenable tellement elle était forte, mais javoue
sans complexe, que je vendrais mon âme au diable pour revivre
ces moments-là.
Les oursins... Cest une préparation psychologique. Chacun
avait sa corbeille, une corbeille en osier dun diamètre
et dune profondeur de 60 à 80 cm, ceinturée en son
col par des pavés de liège, ou par une chambre à
air, ce qui permettait une stabilité à la surface de leau,
sa cordelette qui possédait des qualités marines particulières.
Cest la même cordelette qui composait les palangres. Elle
portait un nom que je nai plus en tête. Cette cordelette
reliait la corbeille à un bloc de liège, ce qui permettait
de retrouver facilement lensemble après une plongée.
Une fourchette, en argent, parce que plus facile pour modifier la courbure
des dents, elle aussi agrémentée dune cordelette
à passer au poignet pour éviter de la perdre au moment
où on en avait le plus besoin. Et, bien entendu, le matériel
basique de plongée. Tout étant vérifié avant
la mise à leau, il faut dire que pour remplir une corbeille
de cette capacité il fallait bien deux bonnes heures. Comme il
y a des coins à champignons nous avions nos coins à oursins.
Tout le matériel était embarqué dans la pastéra
de service pour la grande aventure.
Les oursins, cest convivial du début à la fin,
cest comme un plateau de fruits de mer que lon irait pêcher
avant de se réunir autour dune table. Il est vrai que je
porte au pinacle les Bains Romains, avec ses oursins, ses petits rougets,
ses tchelbas et tout le reste, mais je serais bien capable de faire
de même pour le plateau de fruits de mer de la côte Atlantique,
bon voilà pour mon autocritique...
La paire de ciseaux, cest une paire de ciseaux tout à
fait ordinaire, mais cest toujours la même qui est réservée
pour ouvrir les oursins, à sa première utilisation, elle
ne pourrait plus servir à autre chose, le fil étant émoussé.
À lintérieur, loursin est très coloré,
ce qui se mange est très différent de ce qui ne se mange
pas, en trempant loursin dans leau et en le secouant quelque
peut, tout ce qui ne se mange pas disparaît pour le plus grand
plaisir des poissons du quartier et il reste des bandes généralement
jaune orangées et même terre de sienne rouge, disposées
en étoile que lon ramasse avec un petit morceau de pain.
On en a ensuite plein les mains et cest bon !
Les oursins sont de couleurs différentes mais ce sont des couleurs
lumineuses et transparentes, des couleurs de vitraux de cathédrale.
Loursin sest bâti, et cest tant mieux pour
lui, une très mauvaise réputation à cause de ses
épines qui adorent les plantes de pieds, mais ceux qui le connaissent
ne lui en veulent pas, bien au contraire.
Chounet
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Papa et tonton Francis partagent le même rêve.
Ils y sont avidement happés par les noires circonvolutions d'un
dédale huileux où l'odeur âcre et le souffle pestilentiel
d'un dragon mécanique les glacent d'effroi et les projettent,
couverts de sueur froide, par-dessus les collines, à travers
le ciel étincelant, jusque dans le sein de la mer accueillante
et douce où, lavés, réconfortés et heureux,
ils cueillent en se piquant les doigts des milliers d'oursins violets,
qui, ouverts d'un coup de ciseaux expert, passent délicatement
de main en main. Chacun les hume, les yeux mi-clos, d'un air extatique,
avant d'y glisser la langue et de lécher les fins quartiers de
chair rose qui embaument le palais d'une saveur toujours surprenante
d'iode acidulée, de chair sucrée
L'ARRIERE-GOAL Un enfant dans l'été d'Alger de Jean-Marc
Costantino
Savez-vous où je pourrai trouver la
réglementation en matière de pêche à
l'oursin ?
Salutations
Samuel Mathey
smathey@tempusnote.com
Mon cher Georges,
Personnellement, en matière d'oursins, j'ai toujours fait fi
de toute réglementation et sur la Côte d'Azur, où
je vis, plus que jamais d'ailleurs.
Partant du principe que la mer, particulièrement la Méditerranée,
appartient à tout le monde, j'ai toujours cueilli mes oursins
en toute occasion. Mais j'ai quand même un principe : je ne les
vends pas, je les mange et toujours, je dis bien toujours, les pieds
dans l'eau sur la plage. Sans jamais y laisser la moindre épine
! Je remets généralement tous les déchets dans
ma corbeille de cueillette et je vais les déverser plus loin,
où l'on n'a plus pied, donc plus de danger de se blesser avec,
pour le seul plaisir de voir les girelles, vidroits et autres racaos
se jeter dessus comme des affamés.
Personne ne te fera un procès si tu agis de la sorte et, à
condition bien sûr, de ne pas en manger 36 douzaines, le strict
nécessaire pour le nombre de convives.
Ce qu'il ne faut pas faire sur la Côte d'Azur, c'est les charger
sur un véhicule et a fortiori une camionnette ou un fourgon ce
qui sous-tendra forcément que l'on va en faire un commerce, car
cette loi est seulement faite pour protéger ceux qui en font
commerce et qui paient patente.
Ceci dit, il y a peut être une loi plus précise que j'ignore
et tiens à ignorer.
Salut à toi grand-père, dans l'exercice de ses fonctions,
et bises aux petits enfants.
Gérard Stagliano
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