MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

L'Oublade

 

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Méditer. : Oblade. Scientifique : Oblada Menulera

 

Image recomposée par bainsromains.com

L’oublade est un poisson que l’on peut situer entre la dorade grise et le sar, moins fuselée que la tchelba, moins ronde que le sar mais plus trapue que la dorade. Elle se reconnaît par un anneau noir à la queue. Il y a de très belles oublades à l’aquarium de la Cité des Sciences à Paris. C’est un poisson de mi-eau qui monte en surface et saute presque aussi bien qu’un dauphin pourvu qu’il y ait quelques morceaux de pain à grignoter.

L’oublade se pêche au bouchon Marseillais préalablement appâté avec du bromitch.

J'ai un souvenir ému d'une partie de pêche aux oublades avec Jean-Marc verdu.

Nous arrivons dans la zone à oublades, la mer était calme et angoissante comme un lac dans le Jura. Je lance quelques poignées de bromitch, j'éparpille quelques morceaux de pain en surface, rien ne bouge. Après quelques minutes d'attente, nous nous déplaçons d'une centaine de mètres et recommençons l'opération.
Toujours rien !
Nous trouvons tout ceci bien bizare, quand Jean-Marc, par réflexe, se penche pour scruter l'immensité liquide dans l'espoir de découvrir la clé du mystère.
Il se relève brusquement et m'apostrophe !

"Chounet il y a un monstre sous le bateau !"

"Ho, ho ! du calme, nous ne sommes pas en train de tourner le remaeck de Vingt Mille Lieux Sous Les Mers !"

"Si, si ! penche-toi, tu vas voir !"

Je me penche pendant que Jean-Marc enfile ses palmes et ajuste son masque et son tuba. De mon côté, je ne voyais rien, lui était déjà dans l'eau et moi je n'en menais pas large. Dans le fond je dois être un peu Mazo, bien souvent des situations en mer m'ont angoissé, que ce soit dessus ou dessous, et pourtant je suis terriblement attiré par cette immensité liquide et par la majesté des fonds marins. Je constate une chose aujourd'hui, c'est que ma relaxation préférée d'adulte est de regarder les films de Cousteau qui pourtant ne sont pas toujours de grande qualité cinématographique.

Jean-Marc plonge, une fois, deux fois, trois fois, puis il se rapproche du bateau et très calmement me demande de jeter le grapin et de venir avec lui. Je m'exécute, non sans une certaine appréhension mais aussi avec une certaine excitation, car je me doutais bien qu'il y avait quelque chose à voir de pas ordinaire.

Le fond devait se situer à 18 ou 20 mètres en dessous de nous, à cette époque je plongeais sans difficulté à 8 ou 10 mètres, j'arrivais à atteindre les 12 ou 15 mètres en faisant de gros efforts, je n'ai donc pas pu atteindre le fond, mais je suis décendu assez bas pour en prendre plein les mirettes. Le fond était constitué de plusieurs dales rocheuses recouvertes d'algues qui se terminaient sur un fond de sable, quelques mètres plus bas. Sous ces dales, on devinait des trous, des grottes, des excavations que nous ne pouvions visiter sans les bouteilles de Cousteau. Sur le fond de sable, proche de ces trous, nous pouvions voir évoluer, très calmement, comme si nous n'étions pas là, une colonie de mérots. Impossible de les compter mais c'était de l'ordre d'une trentaine et pas que des petits puisqu'ils devaient peser entre 2 et 20 kg.

Il faut dire que le mérot, pour un pêcheur méditerranéen, c'est un peu comme le lion pour le chasseur d'Afrique. Le mérot, en règle générale, vit seul et toujours au même endroit. Le mérot est rare, il est beau, il est noble. Nous pouvions recenser, en tout et pour tout, sur le territoire connu proche de la plage Martin, cinq à six mérots que nous appercevions furtivement quand nous plongions dans le secteur, il était très difficile de les approcher.

Quand un chasseur au harpon, adulte et expérimenté, revenait avec un mérot, il acquérait le statut de héros local, il était fêté, considéré, adulé, jalousé, courtisé.

J'ai dû plonger une bonne dizaine d'années aux Bains Romains, j'ai le souvenir d'avoir ramené pas mal de poissons au nombre desquels il y avait un mérot qui devait peser trois kg, un tout petit mérot, cette prise a été immortalisée sur pélicule sensible et se trouve dans le seul album photos que j'ai eu la patience de réaliser dans ma jeunesse.

C'est pour toutes ces raisons que ce moment est resté gravé dans ma mémoire. Je les vois encore évoluer à quelques mètres, décontractés et sereins, nous sentant complètement inoffensif, incapable que nous étions de les approcher, car Jean-Marc, plus grand, plus costaud que moi et avec plus de coffre, avait beaucoup de mal à atteindre le fond.

Nous avons tout fait pour tenter de les pêcher, nous avons laissé un repère et nous sommes revenus une fois avec des bouteilles, une autre fois avec un palangre, une troisième fois avec un filet, rien n'y fit et c'est tant mieux. C'était féerique et c'est resté féerique.

Chounet

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