Loublade est un poisson que lon peut
situer entre la dorade grise et le sar, moins fuselée que la
tchelba, moins ronde que le sar mais plus trapue que la dorade. Elle
se reconnaît par un anneau noir à la queue. Il y a de très
belles oublades à laquarium de la Cité des Sciences
à Paris. Cest un poisson de mi-eau qui monte en surface
et saute presque aussi bien quun dauphin pourvu quil y ait
quelques morceaux de pain à grignoter.
Loublade se pêche au bouchon
Marseillais préalablement appâté avec du bromitch.
J'ai un souvenir ému d'une partie de pêche
aux oublades avec Jean-Marc verdu.
Nous arrivons dans la zone à oublades,
la mer était calme et angoissante comme un lac dans le Jura.
Je lance quelques poignées de bromitch, j'éparpille quelques
morceaux de pain en surface, rien ne bouge. Après quelques minutes
d'attente, nous nous déplaçons d'une centaine de mètres
et recommençons l'opération.
Toujours rien !
Nous trouvons tout ceci bien bizare, quand Jean-Marc, par réflexe,
se penche pour scruter l'immensité liquide dans l'espoir de découvrir
la clé du mystère.
Il se relève brusquement et m'apostrophe
!
"Chounet il y a un monstre sous le bateau
!"
"Ho, ho ! du calme, nous ne sommes pas en
train de tourner le remaeck de Vingt Mille Lieux Sous Les Mers !"
"Si, si ! penche-toi, tu vas voir !"
Je me penche pendant que Jean-Marc enfile ses
palmes et ajuste son masque et son tuba. De mon côté, je
ne voyais rien, lui était déjà dans l'eau et moi
je n'en menais pas large. Dans le fond je dois être un peu Mazo,
bien souvent des situations en mer m'ont angoissé, que ce soit
dessus ou dessous, et pourtant je suis terriblement attiré par
cette immensité liquide et par la majesté des fonds marins.
Je constate une chose aujourd'hui, c'est que ma relaxation préférée
d'adulte est de regarder les films de Cousteau qui pourtant ne sont
pas toujours de grande qualité cinématographique.
Jean-Marc plonge, une fois, deux fois, trois fois,
puis il se rapproche du bateau et très calmement me demande de
jeter le grapin et de venir avec lui. Je m'exécute, non sans
une certaine appréhension mais aussi avec une certaine excitation,
car je me doutais bien qu'il y avait quelque chose à voir de
pas ordinaire.
Le fond devait se situer à 18 ou 20 mètres
en dessous de nous, à cette époque je plongeais sans difficulté
à 8 ou 10 mètres, j'arrivais à atteindre les 12
ou 15 mètres en faisant de gros efforts, je n'ai donc pas pu
atteindre le fond, mais je suis décendu assez bas pour en prendre
plein les mirettes. Le fond était constitué de plusieurs
dales rocheuses recouvertes d'algues qui se terminaient sur un fond
de sable, quelques mètres plus bas. Sous ces dales, on devinait
des trous, des grottes, des excavations que nous ne pouvions visiter
sans les bouteilles de Cousteau. Sur le fond de sable, proche de ces
trous, nous pouvions voir évoluer, très calmement, comme
si nous n'étions pas là, une colonie de mérots.
Impossible de les compter mais c'était de l'ordre d'une trentaine
et pas que des petits puisqu'ils devaient peser entre 2 et 20 kg.
Il faut dire que le mérot, pour un pêcheur
méditerranéen, c'est un peu comme le lion pour le chasseur
d'Afrique. Le mérot, en règle générale,
vit seul et toujours au même endroit. Le mérot est rare,
il est beau, il est noble. Nous pouvions recenser, en tout et pour tout,
sur le territoire connu proche de la plage Martin, cinq à six
mérots que nous appercevions furtivement quand nous plongions
dans le secteur, il était très difficile de les approcher.
Quand un chasseur au harpon, adulte et expérimenté,
revenait avec un mérot, il acquérait le statut de héros
local, il était fêté, considéré, adulé,
jalousé, courtisé.
J'ai dû plonger une bonne dizaine d'années
aux Bains Romains, j'ai le souvenir d'avoir ramené pas mal de
poissons au nombre desquels il y avait un mérot qui devait peser
trois kg, un tout petit mérot, cette prise a été
immortalisée sur pélicule sensible et se trouve dans le
seul album photos que j'ai eu la patience de réaliser dans ma
jeunesse.
C'est pour toutes ces raisons que ce moment est
resté gravé dans ma mémoire. Je les vois encore
évoluer à quelques mètres, décontractés
et sereins, nous sentant complètement inoffensif, incapable que
nous étions de les approcher, car Jean-Marc, plus grand, plus
costaud que moi et avec plus de coffre, avait beaucoup de mal à
atteindre le fond.
Nous avons tout fait pour tenter de les pêcher,
nous avons laissé un repère et nous sommes revenus une
fois avec des bouteilles, une autre fois avec un palangre, une troisième
fois avec un filet, rien n'y fit et c'est tant mieux. C'était
féerique et c'est resté féerique.
Chounet
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