La demoiselle de la mer
...
Elle a une allure des plus gracieuses même pour venir se faire
attraper à l'hameçon, et constitue l'une des proies
les plus faciles à choper. Son nom scientifique est Coris
Julis.
Ses couleurs, une véritable
harmonie de bruns et de jaunes, avec un orangé encore plus
beau pour rehausser le tout, un oeil vif et une chair absolument succulente.
Nous avions toujours quelques scrupules à la voir disparaître
dans la soupe de poissons, c'est-à-dire bouillie et passée
au moulin à légumes alors que nous nous régalions
à la manger frite et enfarinée.
Il y en avait plein. Elles
étaient plus nombreuses que les vidroits et heureusement, pour
le pêcheur comme pour le gourmet d'ailleurs. Nous en attrapions
beaucoup à la canne autour des rochers de la plage dite de
l'Indépendance (elle s'appelait comme cela bien avant celle
de l'Algérie qui nous coûte tant). Mais il va sans dire
que leur taille était plus conséquente quand nous allions
pêcher en barque, au large, avec une canne ou à la palangrotte.
Le mâle, bien plus
gros et naturellement plus beau, que nous appelions la Girelle Royale,
avait la particularité d'avoir des lignes brisées en
zig zag de séparation des couleurs encore plus belles que chez
la femelle.
Mais pour elles, on avait
créé un piège très particulier, le girellier,
mais nous prononcions "girolier" :
un panier circulaire qui
épousait la forme d'un oursin, avec une espèce d'entonnoir
par lequel entraient les poissons et pas seulement les girelles d'ailleurs
mais tous les autres avec une majorité de girelles quand même
parce que l'entrée étroite de ce piège les favorisait
en quelque sorte. De l'autre côté de l'entonnoir en question,
une plaque de plomb circulaire, qui servait d'ouverture et de lest,
mais fermée le temps que le girellier officiait au fond de
l'eau, et par lequel nous sortions ensuite la pêche. Tout
le monde connaît.
Il suffisait de remplir
ledit piège d'oursins concassés ou de cette algue rosée
qui recouvrait tous nos rochers et qui abritait les vers qui nous
servaient aussi à pêcher, le rouget notamment, qui ne
mordait pas aux escargots à pattes ... sauf à Bou-Haroun,
ce qui nous surprit à un point que vous ne pouvez imaginer.
Ahuris et cois nous auraient mieux définis.
La girelle c'est aussi
un peu, pour beaucoup, l'un des symboles de la Méditerranée :
le premier poisson que l'on apercevra une fois la tête sous
l'eau.
Gérard Stagliano
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Photo collection http://www.top-fishing.fr/_php4/categorie.php?idcategorie=15
Chounet tu devrais t'en servir pour illustrer mon
papier car il est trop beau ce girolier.
Gérard