L'araignée de Mer, ou
Crabe Maïa
En Algérie, nous avions la faiblesse de l'appeler la «
Vieille » ou plus prosaïquement, comme toujours,
de son nom arabe : « la
Djouza ». Mais ses appellations scientifiques
sont, la plus célèbre « Maïa squinado
», ou bien « Libinia dubia », ou encore «
Libinia emerginata ».
C'est un crabe épineux qui vit dans les fonds marins sablonneux
et que les pêcheurs vont chercher jusqu'à cinquante mètres
en profondeur. Ses pattes longues et fines sont disposées comme
celles de l'araignée, d'où son nom.
Sa carapace très bombée est ronde, presque en forme de
coeur, de 10 à 20 cm de large, avec deux petites pointes vers
l'avant. Il peut atteindre 30-35 cm de long. De couleur jaune rosé
à beige, il prend les teintes du sable avec parfois des reflets
châtain rouge. Outre sa couleur dans les tons de sable, il se
camoufle en se plaçant de petites touffes d'algue à l'arrière.
On le retrouve sur la côte Atlantique, notamment au Portugal.
En Amérique, c'est l'espèce la plus abondante qui fréquente
les eaux de la côte de la Floride en hiver, au grand détriment
des pêcheurs de crabes de roche et de crabes bleus car il arrive
à se faufiler dans les cages, gobent l'appât et s'en retourne
tranquillement.
Très sensible à la salinité des eaux, il fuit l'embouchure
des fleuves. Il se nourrit surtout d'anémones de mer. C'est un
balayeur de fonds consciencieux qui joue un rôle vital dans l'écosystème
sous-marin.
Un jour nous étions en goguette du côté de l'Île
du Levant avec le « Day-Cruiser » du beau-frère.
Fatigués que nous étions de voir d'énormes et de
nombreuses daurades royales se balader dans les pieds des nudistes par
un mètre de fond sans que nous puissions les tirer : la chasse
sous-marine est strictement interdite chez les nudistes.
À croire que lesdites daurades avaient l'information comme les
congres de Port-Cros (voir à congre) qu'elles ne risquaient rien
dans les parages. Or donc, nous décidons, le beauf et moi, de
partir chasser vers la côte et, à quelques encablures du
Lavandou, je me mets à l'eau sur le coup des dix heures d'une
matinée très ensoleillée. Pas vraiment une heure
pour réaliser des exploits par 6 mètres de fond.
Je peste comme un beau diable car je suis sur une prairie de posidonies
à en perdre la mémoire et j'entreprends donc de palmer
fort, en jurant les morts comme disent les Bônois, pour retrouver
des fonds plus hospitaliers - plus rocheux en clair.
Mais, ô divine surprise, je tombe sur deux énormes djouzas
dont une d'un bon mètre d'envergure et l'autre à peine
moins grosse, apparemment le couple, qui galopait sur les posidonies.
Je n'hésite pas une seconde. J'appelle le beauf. Je lui donne
mon fusil, pour avoir les mains libres et je descends en basculant pour,
à pleines mains, attraper la plus grosses des deux et la remonter,
sans perdre la deuxième des yeux. Je remets ma prise à
mon beauf et ipso facto je redescends prendre la deuxième qui
n'offre pas davantage de résistance à mes paluches.
En arrivant, le soir, à la villa de Cannes-La Bocca, je propulse
la grosse sur le plancher de la cuisine, où mon fils - âgé
de ses 6 à 7 printemps - voyant cet énorme crabe déambuler,
comme s'il était sous l'eau en déployant ses longues pâtes
d'un bon mètre d'envergure, courrait encore si ne nous l'avions
pas arrêté.
Un souvenir aussi inoubliable qu'unique dans mes annales de chasse
sous-marine. Dire qu'ensuite nous nous sommes régalés,
serait un grand mot. Je préfère de beaucoup le tourteau,
ne serait-ce que pour les pinces et une constitution plus charnue.
Gérard STAGLIANO