Le Chiffon blanc
Comme je vous le disais, j'ai vu très souvent, en octobre,
novembre et plus, je crois, des pêcheurs venus du port d'Alger,
longer la Route Moutonnière (elle était looooongue !)
pêchant les seiches ou sépias (ou peut-être les calmars)
en traînant derrière leurs barques (à rames) un
chiffon blanc à fleur d'eau tenu par un filin assez court.
Le but de la manoeuvre, à ce que me disait mon père,
était d'attirer avec ce leurre les mâles - puisque ces
mois-là doivent être la période de reproduction
de ces céphalopodes.
Un des deux pêcheurs était debout à l'arrière
du bateau armé d'un "ganche" qu'il utilisait pour crocher
les mâles quand ils se collaient au leurre.
Pierre Curot
Salut Chounet, bonjour Pierre,
... Je lis depuis quelques jours vos interrogations sur poisson, chiffon
blanc et bruit de bateau. Je donne mes versions.
Pour les céphalopodes et le chiffon blanc de la route Moutonnière,
étant donné la période citée, il ne peut
s'agir que de l'encornet
(« Loligo vulgaris », Lamarck) ou "calamar"
chez nous, qui était pêché à l'aide du chiffon
blanc.
En réalité la "calamarette" devait être
dissimulée dans le chiffon qui était le leurre, car c'est
elle surtout, qui assurait la prise. Le "ganche" ou le "salabre"
n'étaient là que pour assurer la récupération
vraisemblablement des gros spécimens. En fait il s'agit bien
de la saison des amours de l'encornet, qui s'étale de fin novembre
à mi ou fin janvier. Le mâle se jette sur la femelle avec
une fougue très flatteuse pour celle-ci et ne lâche plus
sa proie. Surtout s'il s'agit de la calamarette, espèce de plomb
garni d'une dizaine voire d'une quinzaine d'épingles recourbées
dans le sens opposé à la marche du leurre.
Le même stratagème fonctionne pour la "sépia"
des pieds noirs, la seiche
de son vrai nom (« Sepia officinalis », Linné),
mais au printemps vers mai et juin.
Il reste à citer, outre le poulpe
ou pieuvre (« Octopus vulgaris », Linné)
pêché avec un chiffon rouge, le vrai calmar (« Ommastrephes
sagittatus », Lamarck) très grosse bête d'une
couleur vineuse prononcée à odeur forte que nous, pieds
noirs, ne regardons même pas sur les étals cannois ou niçois.
Nous ne mangeons que l'encornet.
Marc et Aline Stagliano