Méditer. : Gobie. Scientifique : Gobiusjozo
Le Cabote ne fait pas partie bien évidemment
du bestiaire habituel du chasseur sous-marin, encore qu'il en existe
de belle taille. Mais disons qu'ils sont rares.
C'était pour les pêcheurs à la ligne que nous
étions dans l'adolescence, la cible privilégiée
par excellence, compte tenu de la succulence de sa chair, encore meilleure
que celle de la girelle dont
nous parlons par ailleurs, et puis aussi sans doute parce que c'était
le poisson le plus facile à choper.
Nous nous munissions, dès potron-minet, d'une petite canne
flexible en roseau, à laquelle nous fixions plutôt mal
que bien, une ligne de guth la plus fine possible, et au bout, un plomb
de notre façon qui servait de lest.
Nous descendions à la plage de l'Indépendance, une succession
de rochers : le gros, le grand, le plat, le camembert mais nous commencions
par quérir les escargots à pattes dont le seul abdomen
nous servait d'appât, d'amorce sur les rebords. Les rebords étaient
deux marches au bas de l'à-pic sous le boulevard Pitolet. En
réalité un immense mur de pierres lisse, partout ailleurs
c'étaient des arches ou, si l'on préfère des voûtes,
qui servaient de support au boulevard, mais - chez nous - non.
Ces deux marches ou rebords longeaient le mur tout du long et étaient
souvent glissants, à cause d'algues, vertes ou marrons, qui les
rendaient visqueux et sur lesquels nous marchions à pas de loup.
Après lesdits rebords, un amoncellement de blocs de pierre recouverts
de ce tapis rosé d'où nous extrayons les vers avec du
sulfate de cuivre qui s'enfonçait sous l'eau de plus en plus.
Entre ces blocs, des espaces, ou trous d'eau, merveilleux aquariums,
surtout par mer d'un calme plat comme c'était souvent le cas
tôt le matin. Et dans ces trous, évoluaient toutes sortes
de proies : girelles, vidroits,
racaos et autres vaches, mais
surtout les cabotes, bien embusqués sous les rochers. Le plus
dur était de déposer l'appât devant leur nez, pour
que, d'un seul bond, ils avalent tout, hameçon compris jusqu'au
plus profond de leur immense gueule qu'il nous fallait souvent opérer
pour récupérer hameçon et appât, intact au
demeurant.
Pourquoi était-ce difficile ? Parce tous les autres, aussi véloces
que voraces, ne nous en laissaient pas le loisir. Les vidroits notamment
qui étaient de surcroît plus difficiles à ferrer.
Mais ensuite, après avoir chopé 50 ou 60 poissons, plutôt
petits, que nous destinions le plus souvent à la soupe de poissons
maternelle, nous nous transformions en chasseurs subaquatiques, vêtus
du seul slip de bain, d'une paire de palmes et d'un masque avec tuba
pour traquer dans ces mêmes trous avec une pique à crabes
et 2 caoutchoucs bricolés en sandows, les rascasses qui dédaignaient
les appâts précités, pour leur préférer,
comme nous d'ailleurs, la chair d'un crabe à poils, les gros
crabes velus vert-marrons aux terribles pinces.
Les Cabotes s'appelaient ainsi parce que leur tête était
forte, mais, sur la Côte d'Azur, on les nomme les Gobi
pour leur gloutonnerie : ils gobent l'appât d'un seul coup.
Il existait une espèce voisine, le chady
baveux, ou bavette, un poisson aussi gluant qu'indigeste
et qui faisait comme le cabote : il avalait tout d'un coup. Mais, entre
sa chair des plus médiocres, sa viscosité qui faisait
que nous avions du mal à opérer au fond de sa gorge pour
récupérer l'hameçon et les morsures qu'il nous
infligeait à cette occasion, nous évitions de placer l'amorce
devant le nez de ce poisson. Il était laid avec les yeux fixés
au sommet du crâne et il lui arrivait de sortir de l'eau, de flâner
sur les algues, les odorantes Cistoceires (Cistoceira stricta),
un moment et de se glisser ensuite dans les mares des rochers pour déguster
les chevrettes qui s'y trouvaient
en abondance et que nous croquions aussi, vivantes. De véritables
petits « killers », on vous dit, mais seulement pour manger,
jamais pour le plaisir de tuer ces petites bêtes variées.
Gérard STAGLIANO