Salut Chounet,
Pour pêcher, il fallait des amorces !
À l'exception des crevettes roses destinées à
la "grande pêche", nous utilisions quelquefois
d'autres amorces... par exemple lorsque les chalutiers de Bou-Haroun
n'avaient pu sortir et ramener les fameuses crevettes roses. Il était
alors beaucoup plus économique et rapide à se procurer
:
- Les "boyaux de sardines", en réalité,
les colonnes vertébrales des sardines obtenues en leur détachant
délicatement la tête du corps. Excellente amorce pour faire
tous les trous d'eau autour des mates à l'aide d'un masque ou
d'un carreau et d'une toute petite palangrotte, d'un mètre de
long, enroulée autour de l'index.
- Les petits escargots que nous ramassions à pleine poignée
sur les touffes de longues herbes des dunes. Ces petits escargots blancs,
appelés aussi " scaragoulins" par les naturels du coin
(!), tenaient très bien aux hameçons... Suffisamment pour
ne pas se laisser manger par les
bogues qui nettoyaient toutes nos amorces avant que les palangrottes
arrivent au fond... parfois à plus de 70 mètres à
hauteur de la pointe de Sidi Ferruch.
- Rayon "écologique", il nous arrivait aussi,
sans trop abuser (enfin...!), de récolter les vers des rochers.
Nous demandions pour cela à un de nos amis "tomateros"
de nous donner quelques grammes de sulfate de cuivre utilisé
pour le sulfatage des pieds de tomates. Il suffisait de mettre ce sulfate
dans une petite poche de tissu et de passer cette poche sur la mousse
située à la surface des rochers. L'effet de la diffusion
dans l'eau du sulfate était foudroyant. Le petit nuage bleu avait
très vite fait de faire sortir de leurs trous de très
beaux vers qui faisaient d'excellentes amorces. Un seul inconvénient
parfois pour le néophyte... celui de se brûler un peu les
yeux quand il plongeait la tête sous l'eau, sans précaution,
pour être sûr de ne pas rater un seul ver.
Amitiés et à bientôt.
Pierre Curot
pacot01@free.fr
Bonjour, Pierre
Voilà encore quelques lignes qui nous font remonter le taux d'adrénaline
et, en ce qui me concerne, pour deux raisons.
La première : je me souviens très bien de ces petits
cailloux d'un bleu qui ferait pâlir de jalousie le bleu de Chartres,
qui pourtant jouit d'une renommée internationale dans le domaine
du vitrail, que nous mettions dans un carré de toile de jute,
bien marron, pour en faire un petit sac bien rond et que l'on entendait
crisser dès que l'on tapotait le rocher avec ce sac humide. J'ai
de très grands souvenirs de sulfatage à la bosse
du chameau, un rocher mythique des Bains Romains dont toutes les
générations se souviendront car c'était un plongeoir
renommé qui avait tendance à nous tordre les boyaux.
Marc nous a déjà parlé du sulfatage,
mais il faudra que nous parlions de la bosse du chameau que nous ne
pouvons pas passer sous silence pour ses rochers, ses fonds marins et
son plongeoir.
La seconde c'est que mon père, qui adorait choquer son public,
prenait un malin plaisir à manger les boyaux de sardines crus,
dont il se servait également pour l'amorçage. Ce qui me
valut de choquer une brave voisine, très grande pêcheuse
de mulets à la ligne et sur le rocher, qui m'avait autorisée à l'accompagner
un jour prometteur de grande pêche, et à qui j'avais fait
l'affront de manger une crevette crue destinée à l'amorçage.
Voilà de grands souvenirs, aussi lointains que vifs et qui
nous rappellent tous ces petits riens qui ont fait de grands moments.
Bien amicalement, merci pour ces quelques lignes et à très
bientôt.
Chounet.