Pêches au Chenoua
Pêches à Baïnem
Pêche aux bufs
Pêches au Chenoua
Courrier du 24 avril 2004
Avé Chounet !
Les souvenirs de mes pêches sont nombreux et variés et
à part "l'unique" des Bains Romains que j'ai décris
dans un courrier précédent (voir :les
souvenirs d'un Bainrominois de passage), les autres, tu le penses
bien, se situent au Chenoua
... Je vais essayer de t'en relater quelques-unes mais pas toutes à
la foi.
Il faut qu'avant je "contexte" la chose !
Mon parrain (de communion solennelle) monsieur Alcantara
Henri avait un cabanon au Chenoua, plage des Caroubiers,
où il entreposait sa barque "Chinette"
avec moteur "Goyo" de 9 cv. L'été, celui-ci
étant vide, nous campions, mes parents et moi, pendant le mois
de vacances dont mon père avait droit. Tous les jours, mon parrain
et mon père (parfois avec ma tante) allaient pêcher (quand
la Mer le permettait) et je te jure qu'ils ne revenaient jamais bredouille.
Cétait avec de ces "puré" de mérous
qu'ils revenaient !!! De ces pièces que je voyais, de mes yeux
d'enfant, comme monstrueuses ! Bien souvent ils dépassaient les
25 kg ... Et quand ils n'allaient pas au "poste" (c'était
un endroit bien souvent décrit lors de soirées où
il faisait trop chaud pour dormir, et, où il y avait un immense
trou profond, presque circulaire, dans un plateau corallien et de ce
fait le paradis des "Jojo"), ils faisaient les petits : badèches,
dentis, murènes ou congres, daurades, sparaillons, sars ... Comme
tu vois, cela ne pouvait réveiller en moi que des envies !!!
J'avais entre 7 et 8 ans et le souvenir de ce mois d'août est
toujours présent ! Mon père m'avait montré comment
pêcher les blaouettes. Avec un roseau, du guth assez fin, un bouchon
de bouteille de vin taillé en boule et noirci sous la flamme
d'une bougie, une allumette (de marque Caussemille s'il vous plait)
pour le bloquer à bonne distance de l'hameçon, quelques
mini-plombs et vinga... vas-y que, à la tombée du soir,
(sur la gauche en regardant la mer, près des quelques
rochers alignés en face du cabanon de Monsieur Past) il remontait
la friture !!!! À ma grande joie bien sûr, et au désarroi
de ma mère qui, habituée aux gros poissons sans trop d'arêtes,
pensait au travail supplémentaire à les vider, les écailler
... toutes "ces sortes de choses" !!!!! Car, lorsqu'ils arrivaient
de la pêche, leur premier travail, après avoir vidé
le bateau et l'avoir remonté au sec, (mon travail était
de prendre les "rondins de bois" de derrière pour les
mettre devant le bateau et de ranger les sacs de lignes au cabanon)
était de préparer le poisson afin de, soit le manger,
(j'ai, en écrivant ces lignes, le goût des mérous
au "court-bouillon/aïoli" dans la bouche !!!), soit de
le vendre à l'hôtel Abdelli ou à celui d'Alcaraz,
à Chenoua
plage. Cela leur permettait d'aller chercher les amorces (sardines
et crevettes) à Chifalo après Tipasa en allant vers Alger,
de prendre le carburant pour le bateau, et aussi leur propre carburant,
à savoir : une (ou plusieurs) petite anisette bien fraîche
avec la Kémia du jour !!!
Et moi, après quelques essais infructueux pour faire comme papa,
je passais mon temps à l'eau, sous les yeux affolés de
ma mère ... qui, elle, ne sachant pas nager, avait une sainte
frousse de me voir me noyer. Il est vrai que je "barbotais"
comme un chien ou un indien selon le cas ... L'année suivante
mon père m'avait inscrit à l'A.S.M.,
club de water-polo 2 ou 3 fois vice championne de France. À ce
sujet, j' étais d'ailleurs sélectionné en 1962,
à participer à ces mêmes championnats avec l'équipe
première, moi, cadet 2ème année !!! Championnat
que j'ai disputé seul, comme un grand et sans l'équipe
!!!!
Donc, je suis certain que leurs aventures halieutiques m'ont sacrement
influencé. Ils gardent précieusement avec eux et pour
toujours leurs astuces. Moi, je ne garde maintenant plus que leur souvenir
!!!
Bon, allez, une autre fois, je te parlerais un peu plus de mes pêches
....
Jacques
Courrier du 25 Avril 2004
Salut Chounet.
J'aime parler de cette enfance, ça fait quelque part plaisir
de renouer avec le passé, surtout celui-là !
Donc, l'année suivante, rebelote ! Me voici à Chenoua
plage, mais en tant que vrai campeur ... sur le jardin de la villa
qu'avait loué mon parrain juste en face d'un terrain qui devait
accueillir plus tard le centre de repos de la Légion Étrangère.
Comme d'habitude, ils partaient de bonne heure en mer, et à mon
réveil, direction la plage des Galets... Enfin à droite,
sur la première pointe. Le soleil était déjà
haut dans le ciel et la mer d'encre : pas une ride sinon quelques vaguelettes
s'écrasant sur les rochers provoquées par les bateaux
de pêcheurs qui croisaient au large. Après avoir joué
les "alpinistes", car le plateau d'arrivée était
abrupt et il fallait "crapahuter", j'arrivais sur un plat
à fleur d'eau ... Parfois humide, parfois presque sec ! Je ne
savais pas encore que la Méditerranée avait elle aussi
ses marées ! Peu m'importait cela, à sec ou pas, j'amorçais
avec des bouts de crevettes et hop, à l'eau. Et ça commençait
à mordre ! Ho, ce n'était pas de grosses pièces,
mais cela me suffisait... J'en étais très fier ! L'alimentation
de la famille, je m'en chargeais et je connaissais le menu à
l'avance... À midi, généralement c'était
les poissons que les "grands" attrapaient (en friture, en
cours bouillon, en escabèche, à l'encre, à la tomate...
à toutes les sauces quoi !!! Et le soir la soupe de "mes
poissons". (pas tous les jours bien évidemment, il ne faudrait
pas croire que pendant mes soixante jours de vacances nous ne mangions
que du poisson !!! J'en serais peut-être dégoûté
à jamais... Sauf pour les mérous ... Surtout les joues
!!!)
Tiens, je me souviens qu'un jour, j'avais attrapé un gros poisson
tout rouge marron avec quelques taches blanches et roses sur le ventre,
et, je ne sais trop pourquoi, je l'avais désamorcé et
mis au fond de mon panier, bien en dessous des autres plus petits :
Chelbines, Racaos, Bousnens, Girelles et autres poissons de roche. Peut-être
pour qu'il garde ses couleurs magnifiques avec la fraîcheur et
l'humidité des autres. Je quitte le poste, "mon
poste" car personne, je dis bien personne n'a pêché
à cet endroit ! (De toutes les années que j'ai pêché
là ou me suis promené "pour voir", je n'ai vu
qu'un seul pêcheur : mon ombre !). Je remonte donc l'escarpement
et je tombe nez à nez avec ma mère et ma tante qui venait
me voir. Fier, je pose mon petit panier en osier (qui avait contenu
des figues que venaient nous vendre les "Yaouleds") et je
plonge la main dans le tas de poissons pour prendre à pleines
mains comme je l'avais désamorcé, le fameux gros poisson
rouge ! Ma tante voyant ça pousse un cri : "lache ça,
vite !". Ne comprenant toujours pas, je dépose délicatement
la pièce : C'était une Rascasse !!! Il y a un bon Dieu
pour les enfants de 10 ans !
Mon matériel à l'époque était le même
que celui que m'avait confectionné mon père l'"année
d'avant" : roseau et le reste ... Avec lénorme différence
que je savais maintenant monter mes hameçons, mes bas de lignes,
confectionner les bouchons (mes plus beaux étaient faits avec
les bouchons de champagne... pas très efficaces mais beaux !)
... grâce à la patience de mon parrain. Tout ce matériel
était "récupéré" dans les paniers
des grands ou achetés par mon père. Bien entendu, après
les "Ho, puré !" exprimés sur la pêche
des grands, j'avais droit moi aussi aux félicitations de ces
mêmes grands !!! Que de bonheur !!! Et au repas du soir, vas-y
que je te raconte comment j'ai attendu que le cabote, qui avait mordu
et filé sous les rochers, veuille bien capituler.... Et cette
chelbine qui avait mordu et entraînait tranquillement le bouchon
dans son sillage sans que je maperçoive de quoi que ce
soit ... Et le petit sparaillon qui, une foi ferré, s'était
décroché et, par chance, était tombé sur
le plat, mais dans un trou d'eau : Il m'avait fallu vider le trou à
l'aide de la boîte de conserve qui servait de "frigo"
à mes amorces, pour que je puisse le prendre enfin ... Et ..."patin
" et "couffin" ....
Mon père et mon parrain allaient souvent poser les palangres.
Je les revois encore, sous la lampe qui éclairait le palier,
"engancher" les sardines et les laisser pendre au bord du
panier. Quelle harmonie de couleurs entre l'argent des sardines et la
ligne mère de couleur rouge/marron !!! Mon père m'avait
fait "l'honneur" de monter l'une delles sur les gros
hameçons ... Et pas peu fier le petit d'annoncer à sa
mère et sa tante que "ce serait le plus gros poissons qui
se prendrait à celui-ci" ! Ils prenaient un Caoua et partaient
avec la "Matis" aux Caroubiers ... Et là mon imagination
entrait en jeu ... J'avais des difficultés à m'endormir
ces soirs-là ... et j'attendais leur retour... en m'endormant
!!! Ce n'était que le lendemain, sur le coup de midi, qu'ils
revenaient avec les paniers pleins. Après avoir pris le nécessaire
pour nous, ils partaient vendre le reste !
C'est cette année-là que j'ai eu le désir de faire
de la pêche sous marine, car au point de vue natation tout allait
bien pour moi, (comme un poisson dans leau) et j'ai commencé
à casser les pieds de mes parents pour l'obtention du matériel
de plongée car, de mon poste, je voyais passer des bancs de poisson
et j'avais bien envie d'en prendre de cette manière !!!
Mais oui, qu'ils répondaient ... Si tu travailles bien en classe
!!! La carotte était devant, il ne me restait qu'à lattraper
...
Jacques
Courrier du 26 avril 2004
Bijor, Chounet.
Espérant que tu as bien reçu "les aventures mirobolantes
d'un Algérois
au Chenoua", je me permets donc d'écrire la suite de
mes quelques souvenirs qui me passent par la tête ! Au paravent,
je voulais te dire que je n'ai pas reconnu une seule personne de l'album
photo Bainrominois. Désolé pour eux et moi !!
C'est avec une certaine appréhension que j'utilisais la première
fois mon matériel de plongée : Palmes, masque, tuba ...
Et mon mini-fusil harpon avec pointe trident. Et comme, en plus, étant
d'une timidité sans égal à cette époque,
j'inaugurais cette épreuve loin des "regards indiscrets"
(et surtout pour ne pas passer pour un crétin au cas où
!!!) Je trouvais donc un coin tranquille à ma mesure : mon
poste de pêche ! Plouf ! À l'eau !
Quelle sensation j'ai éprouvé à ce moment précis
? De la peur tout d'abord, car je devais gérer le côté
physique et le côté visuel !!! L'adaptation a été
assez longue. Je me souviens m'être accroché d'une main
au plat du poste (ce plat était en fait "excavé"
en dessous et formait comme un plongeoir mais au niveau de l'eau) pour
contrôler mon souffle, le fusil était encore au bord, mes
palmes frottaient sur le fond, je sortais la tête de l'eau pour
me repérer, je m'énervais car il y avait ce jour la un
peu de "ressac" ; j'avalais un peu d'eau par le tuba, (ce
ne serait pas la première fois !) je me libérais de celui-ci
rapidement ... Et toujours accroché au rocher en recrachant "le
trop plein", j'essayais en vain de me calmer... mais lorsque je
replongeais la tête sous l'eau, le spectacle qui s'offrait à
ma vue meffrayait avec en prime la crainte d'être dévoré
par un monstre marin !!!
Le calvaire, je te dis ... J'ai cru que j'allais tout abandonner (je
me souviens d'avoir eu ce geste de vouloir remonter au sec et je crois
bien que sans le retour d'une vague "salvatrice" me "scotchant"
sur place je me serais remis à pêcher bien sagement du
bord !!!)
Et puis, petit à petit, je me suis détendu et j'ai commencé
à respirer plus calmement les 2 mains sur le "plongeoir",
la tête sous l'eau, battant de temps à autre des palmes
pour me maintenir vers le haut, je prenais enfin conscience du milieu
dans lequel j'étais entré. La profondeur n'excédait
pas 2 mètres. Ce fût le déclic ... Quelle merveille
! Et je n'étais qu'au début de mes découvertes
! Je prenais le fusil et je mis le sandow en place, au premier cran
de la flèche ... C'était dur au début : il fallait
coincer la poignée sur le ventre, prendre sa respiration et tirer
"sur lélastique"... Quel travail pour un novice
!!!
Prenant mon courage à 2 "palmes", je m'éloignais
du bord (2 à 3 mètres) pour visiter l'arène de
"mes poissons" !! Le fond, bien que cela bougeait un peu,
était d'une clarté sans nom, le soleil apportait divers
contrastes sur le fond de galets, et de sable sous cette mini caverne
sous marine, tapissée d'anémones multicolores, de quelques
oursins et d'algues fines d'un vert sombre ... Quelques poissons de
roche "venaient aux nouvelles" en sortant la tête de
leur trou ... Et moi j'étais toujours en surface !!! Je les voyais
énormes et lorsque je les visais, c'est-à-dire que je
déplaçais mon harpon vers eux, ils se trouvaient petits
par rapport à la taille du trident (j'appris sur l'instant que
le verre du masque grossissait "énormément"
!) ... Et puis je n'étais pas là pour attraper des petits
!! Non, mais !!! En me déplaçant plus au large, après
la dépression claire devant le plat, je nageais sur un tapis
d' algues immenses qui cachait, dans les trous, des oursins ... Une
féerie de couleurs ... Elles sont présentes dans ma tête,
mais je saurais les décrire !!! Imagine le fond rouge, les algues
d'un vert "pré foncé" et "jaune clair",
presque blanc, les oursins passants du noir (ils sont pas bons ceux
la !) au blanc crémeux vanille caramel (c'était des "oursines"
avec des pointes beaucoup plus petites) et au violet /marron/grenat
des oursins mâles à moins que ce soit l'inverse ?!). Et
les algues qui s'ondulaient au gré des courants, avec près
de leurs racines des petits poissons de roche, genre racaos, girelles
et cabotes !!! Du Cinémascope : vingt mille lieux sous les mers,
je voyais !!! (Sauf que là, c'était 2 mètres à
la surface et en "direct live" !). Je taquinais quelques oursins
avec la pointe, et évoquais la promesse de revenir les voir plus
tard ! (promesse tenue bien plus tard lors d'un commando organisé
avec les copains de la bande !!)... Puis le fond commençait à
"descendre" "(3 à 4 mètres peut-être
?) et j'ai alors essayé ma première plongée !!!
Les abysses pour moi !!! Elle aurait pu être catastrophique car
il ne faut jamais plonger seul ... Mais tout s'est bien passé
: merci petit Jésus... Et après une autre, une autre et
encore une autre... Bref je ne faisais que ça ... Pour voir,
histoire de m'habituer !!! Et ce jour la seulement, je suis rentré
bredouille à la maison
!!! Tout ça à 11 ans ! . Je me souviens encore du coup
de soleil que j'ai attrapé lors cette "inauguration"
et du mal à la mâchoire d'avoir trop serré l'embout
de caoutchouc ... Mes parents m'avaient passé un "léger
savon" ce jour-là et m'avaient interdit de recommencer ...
Interdiction qui était oubliée 2 jours après car
j'avais rattrapé le coup de soleil du dos et l'avais mis "devant".
C'est tout bronzé des 2 côtés que j'allais enfin
attraper mon premier poisson !!!!
Jacques
Courrier du 27 avril 2004
Salut Chounet !
En fait mon premier poisson n'en était pas un !!! Non, c'était
.....
J'étais parti cette fois de la plage des Galets, ma mère
et ma tante avaient décidé ce jour là de se baigner
... Et ainsi pouvoir me surveiller. Après un "molard pro"
sur le carreau de mon masque, ajusté celui ci avec le tuba, mes
palmes aux pieds, ma ceinture à la taille (sans plombs mais avec
un fil de fer pour accrocher les poissons... Déjà sûr
de ma pêche!!!), mon fusil à la main, je m'élances
vers le large, en prenant à droite, vers "mon poste".
Je longeais donc le gros rocher que tu vois sur la photo, près
de la côte et vas-y que je regarde à droite, à gauche,
devant... Rien ! Mais alors rien du tout... Sinon les fonds habituels
avec la smala d'oursins, d'algues et de galets qui tapissaient le fond...
Quel contraste entre la roche du bloc à dominante rouge et le
fond de galets blancs-gris !!! J'en oubliais même à un
moment le but de cette sortie. Après avoir dépassé
les derniers petits "îlots", je reviens à nouveau
vers la côte et me rapproche de mon poste. Tout ce trajet s'était
déroulé lentement donc ma nage était tout ce qu'il
y a de silencieuse... Lorsque, soudain, entre 2 rochers du fond, un
mouvement furtif attire mon attention !!! J'ouvre bien mes yeux et perplexe,
je stoppe mon avancée. J'attends en essayant de distinguer ce
qui m'avait surpris. Et voilà que, au fond, sur un gros galet,
une masse de couleur presque différente se déplace "comme
un crabe"... Maman... Un poulpe!!! Encore une fois, j'ai la "trouille",
mais je plonge... Le poulpe m'a vu... Il file un peu plus loin... Je
ne le lache pas des yeux... Lui non plus car il s'arrête un instant
et attends... Je remonte pour respirer... La trouille toujours présente
car j'ai pris les "mesures de la bête" avec la pointe
et les galets.... Je replonge à nouveau... Même scénario...
Mais là, j'ai peur maintenant de le perdre ! Le manège
dure l'espace de 3 ou 4 plongées... J'en ai mare!!! Cette fois
c'est la dernière... Je plonge et j'arrive assez près
de lui... Il s'enfuit en lâchant son volumineux jet d'encre !
Je regarde toujours où il va, je le suis, il s'arrête entre
2 gros blocs formant une sorte de petite grotte. Je m'approche, je le
pique et j'appuie sur la détente ! Bien que ce soit le monde
du silence, le trident le traverse et cogne contre le fond, j'entends
le bruit qu'il fait à son impact, j'ai le recul qui me fait mal
au poignet et qui me fait remonter à la surface !!! Voilà,
il ne me reste plus qu'à le tirer... Mais il reste agrippé
au fond... Je tire comme je peux; n'ayant aucun appui pour cela. Mes
palmes me sont d'aucun secours ou tout au moins pas suffisamment...
Je replonge, prends la flèche et applique un mouvement de rotation...
Miracle... Cela doit lui faire mal car je sens qu'il lâche prise.
Un coup de rein, je remonte à toute vitesse en tirant cette fois
sur le cordon de la flèche. Il est là, tout flasque, ses
tentacules se balancent en pleine eau ! Whaouuu ! Je l'ai eu! Tu ne
va pas me croire, mais j'ai parcouru tout le trajet retour avec la seule
propulsion de mes battements de palmes. Le fusil dans une main et loin
de moi, la flèche de l'autre : j'ai une sainte frousse de ces
bêtes (peur qui m'a passé lors d'une pêche en Espagne
il n'y a pas si longtemps que ça!). Imagine maintenant l'arrivée
! Ma mère dans tous ses états : elle me voyait noyé,
mort, englouti dans la bouche d'un monstre (genre mérot de 2oo
kilos!).Ma tante, qui en avait vu d'autre, essayant de la rassurer...
Et lorsque que j'apparut enfin à sa vue, elle s'est calmée
et moi, pas peu fier, de leur montrer la prise... Et comme cela se passait
couramment en Algérie : "Mon fils,qu'est-ce que t'y a pris...
C'est pas vrai..." enfin toutes les litanies "pied-noir"
quoi... Et le soir, le roi de la soirée n'était pas mon
cousin !!!
Nous l'avons mangé si mes souvenirs sont bons en kémia...
Je n'avais pas droit à l'anisette à cette époque...
Mais ils n'en ont pas mangé beaucoup de "mon poulpe"!!!
Voilà, Chounet... Désolé pour le terme "poisson"...
Mais cela fait partie de mes premiers souvenirs de "plongeur".
Les autres sont de la "broutille" mais pas inintéressant
dans l'ensemble... Bien que je n'ai jamais pris des "bouchons Marseillais"
ou "oblades" en plongée.
Allez, à une autre fois, n'est ce pas !!!
Jacques
28 avril 2004
Bijor Chounet,
Il faut battre le fer quand il est chaud.... Alors j'y va !!!
Une journée type ...
Le matin, bien avant le lever du soleil, je me lève, m'ébroue,
et j'ouvre le frigo, où, installé sur une assiette, je
prends une dizaine de crevettes décortiquées de la veille,
que mon père et mon oncle m'avaient rapporté de Chifalo.
Le panier de ligne, avec tout le nécessaire de réparation
(plombs, hameçons, bas de lignes amoureusement montés
sur un liège...) dans une main, et l'"en-cas" de l'autre,
je descends les escaliers de la villa qui mènent à la
plage. L'air est frais au petit matin... Mais la "cagnas"
ne va pas tarder à venir. La journée s'annonce belle.
Mon chien Émir (un berger allemand) me suit et me devance même...
Je vais sur la gauche, près des rochers, presqu'en face de l'Hôtel
Abdelli... Je sors ma ligne "palangrote" que je déroule
en faisant bien attention de ne pas la mêler, pour la redérouler
dans l'autre sens. J'amorce sur les 3 hameçons, et en faisant
un mouvement circulaire, je jette la ligne vers le large... Une vingtaine
de mètres... À peine le plomb touche le sable du fond...
ça mord ! Je ramène au bord 3 "cra-cra": ce
sont des poissons qui lorsqu'ils sont hors de l'eau émettent
ce son . Je ne connais pas leur vrai nom... Peut-être
que quelqu'un me le dira un jour ! Bref, la pêche se poursuit
de cette même manière: parfois 1 ou 2 sont remontés
jusqu'à ce que le soleil montre ses rayons... Plus une touche
!!! Pourquoi ??? je n'en sais toujours rien car il m'est arrivé
d'en attraper d'autres en pleine journée... Mon chien pendant
tout ce temps là est sagement couché derrière moi,
dos à la mer, face à la route... L'instinct de protection
du maître fonctionne ! Je range mon matériel et remonte
à la maison où tout le monde est debout ; mon père
lui est déjà parti rejoindre mon oncle pour sa pêche.
Maman m'a préparé un petit "Banania" (y a bon)
avec des tartines beurrées que je ne laisse pas le temps de moisir
! J'enfourche mon vélo pour faire un tour au village rejoindre
mes copains Jojo, Claude, Bernard et d'autres dont j'ai, hélas,
oublié le nom, pour planifier la suite... Soit c'était
la grosse "déconnade" à la mer, soit c'était
la pêche en plongée, à la plage des Galets. Nous
prenions alors une barque abandonnée et nous partions vers la
gauche du gros rocher qui nous servait de plongeoir ou pour faire les
beaux aux yeux des filles de notre bande, nous essayons tous les plongeons
qui nous passaient par la tête !!! (Mon plus merveilleux plongeon
fût dans la grotte au dessous de la corniche... Dans des eaux
claires où l'on voyait le fond de galets... Un enchantement !!!)
. Nous revenions bien souvent avec de belles pièces genre Racao,
Chelbines, poulpes ou Rascasses (un copain restait à bord pour
récupérer la "viande" marine ou humaine. Nous
rentrions alors sur le coup de 11 heures non sans avoir nagé
et plongé avant... Je rentrais alors à la maison, je prenais
cette fois ma canne pour aller faire encore du poisson! Le repas fini,
et ne devant rejoindre mes copains dans l'après midi, je repartais
à la mer et rebelote !!! La canne à l'eau... Ho, ce n'était
pas des gros que je montais mais la tradition se perpétrait :
je faisait "ma soupe de poissons"! Dire que je faisais ça
tous les jours serait un énorme "mensonge de pêcheur":
l'état de la mer oblige ! ... Mais cela arrivait souvent, très
souvent même !!! Une fois, la mer cognait et il y avait de fortes
vagues... J'étais parti sur les rochers, balancé ma palangrote
et j'avais attrapé un très beau Sar (1 kilo 800 : poids
évalué sur la balance de l'épicier Monsieur Abdalha!).
Et j'en passe de ces belles journées marquées au fond
de ma mémoire et que je garderais jusqu'au jour dernier !
Jacques
Le "Cra cra" est le nom donné
par les Algérois au Grondeur métis (Pomadasys incisus)
de la famille des Haemulidae qui comprend sur les côtes algériennes
- le Diagramme gris (Plectorinchus mediterraneus)
- le Diagramme à huit bandes (Parapristipoma octolineatum)
Cette espèce, assez fréquente dans les eaux algériennes,
se caractérise par une coloration gris jaunâtre sur le
dos et les flancs et des nageoires jaune vif et surtout il a la particularité
lorsqu'il est pêché d'émettre des sons de grondements
analogues à une scie et c'est pourquoi en Oranie il est appelé
"Ghaz ghaz" (prononcez raz raz) et ceci m'avait surpris la
1° fois quand je l'ai harponné quand je débutai la
chasse sous marine au début des années 80 pendant les
vacances scolaires d'été.
Pour avoir plus de renseignements cliquez sur Fishbase@org et recherchez
par espèce ou consultez louvrage de M Dieuzeide Catalogue
des poissons des côtes algériennes, III, p14-15
J'espère que vous passerez le renseignement à M Auricchio
À bientôt
Abdel Dria
Index Mails
29 avril 2004
T'y en a pas marre ???
Mais ça, il faut que je te raconte !!!
Sur toutes les photos prises du Chenoua, et notamment celle de la plage
des Galets, il manque toujours quelque chose... Soit le rocher, soit
la pointe du Four à Chaux... Il est vrai que les objectifs "grand
angle" n'étaient pas courants....
Alors : je ne sais pas si tu as connu les appareils photo des années
1956/58 . Il existait sur le marché des appareils "Ulta
Fex" qui employaient une pellicule 6/8 petits trous de 12 poses
(hélas en noir et blanc!) . On devait tirer le devant du boîtier
pour pouvoir prendre la photo. Mon cousin Raymond, toujours à
l'affût d'une invention (Il avait à l'époque créé
le "tahouel" avec poche à petits plombs pour remplacer
l'unique caillou rond !!!) a eu l'idée de transformer l'arrière
de l'appareil pour pouvoir prendre en "CinémaScope"
(c'était la grande mode de ces films à l'époque!).
Mais comme il ne s'y connaissait pas du tout en Optique... Les côtés
de la photo sont flous ! On peut aisément lui pardonner n'est-ce
pas, car sans le savoir, cette idée à fait son chemin
puisqu'il existe sur le marché, de nos jours des appareils "Panoramiques"
24 x 36 !!!!! Il est donc incontestablement le premier inventeur de
ce genre de photo.... Encore un Pied Noir !!!
Si tu agrandis ces photos, il te faudra faire un montage... Comme je
l'ai fait moi même le jour ou j'ai l'ai tiré sur papier
! (d'où les coupures).
Sur la 2ème, à la jonction des feuilles tu peut apercevoir
"La Grotte" que je t'ai parlé sur le courrier précédent!
Tchao Chounet !!!!
Jacques
Index Mails
Chapeau, Chounet !!!
Je ne trouve rien à redire ... Mais absolument rien !!! À
part mes quelques "photes d'ortographe" ou de style (cela
fait rédaction d'écolier !!! et pour cause, je me suis
reporté 40 années en arrière !!!)... Mais je m'en
f... Le principal pour moi est que tu as exaucé mon vu
le plus cher... Parler du Chenoua et surtout le faire connaître
!
Tu dois bien te souvenir que, dans nos toutes premières relations,
je t'en avais parlé : "dommage qu'il n'y ait pas le même
site que le vôtre sur le Chenoua je te l'avais écrit !
Et bien voilà, j'en avais rêvé, Chounet l'a fait
!!!!
Alors, du fond du cur et, pourquoi pas au nom de tous les miens
encore dans notre monde ou ailleurs : MERCI, MERCI, MILLE FOIS MERCI
!!!!!
J'espère néanmoins que ceux qui lirons où verrons
cet "extra" sur ton site pourront apporter de "l'eau
au moulin" comme on dit !!!
Sincères amitiés
Jacques
Pêches au Chenoua
Pêches à Baïnem
Pêche aux bufs
Pêches à Baïnem
Mes grands-parents avaient une villa à Baïnem, à
10 km à louest dAlger. Cest là que je
passais toutes mes vacances dété, de fin juin à
début octobre et pour les gamins de mon âge, la pêche
et le foot étaient les principales distractions.
En premier lieu, la pêche au roseau, " à la touche
", dans les creux de rochers, avec des hameçons-mouche et
des escargots à pattes ou (le fin du fin) des boyaux de sardines,
que je récupérai quand ma mère faisait des "
scabèches ". Nous attrapions girelles, vidroits, racaos,
vaches, sans oublier les cabotes et les baveuses. Notre rêve était
de sortir "le roi des racaos " : il habitait toujours le même
trou, mais nous ny sommes jamais parvenus. Il nous " cassait
" avant, car nous étions montés trop fin. Il devait
avoir ses lèvres fichées dhameçons. Du percing,
avant la mode.
On vidait nos poissons dans leau, au bord des rochers et lon
voyait arriver les crabes et les poulpes. Nous attrapions les petits
poulpes (les gros nous faisait peur) qui senroulaient autour de
nos avant-bras tant quon ne leur avait pas " retourner la
calotte ".
Nous étions jugés trop jeunes pour pêcher au harpon.
Alors, nous " faisions " des oursins : un masque, un tube,
une fourchette réformée, un vieux couffin coincé
au centre dune petite bouée et une longue ficelle qui le
reliait au maillot de bain, pour ne pas quil séloigne
trop pendant que nous plongions (le couffin, pas le maillot). Nous ramassions
les gros oursins violet et les " oursines ", mais aussi les
autres qui, une fois écrasés, garnissaient les girelliers
que nous allions caler pour compléter la bouillabaisse.
Et puis, il y avait la pêche aux " blaouèttes ".
Du bout du rocher le plus avancé, nous balancions quelques morceaux
de pain. Très vite les bans arrivaient et se livraient bataille
autour des quignons. Alors, avec un hameçon-voleur, nous ramenions
la friture de petits mulets, de palomettes et de tchelbines.
Lorsque la mer était très plate, en fin daprès-midi,
nous mettions à leau les périssoires et nous allions
aux oublades avec nos " bouchons marseillais " et leurs hameçons
" gantches ". Parfois, les adultes me proposaient de memmener
dans leur pastéra pêcher les sarans à la palangrotte,
mais il fallait que la mer soit très calme, sinon jétais
malade.
Et quand la mer était agitée, nous allions au bout de
notre rocher pêcher les sars et les oublades. On " bromitchait
" avec une bouillie de pain et de sable et lon appâtait
avec une pâte faite de mie de pain et dun peu de fromage.
Nous restions des heures, les yeux fixés sur le bouchon, noirci
à la flamme pour mieux le distinguer sur lécume
blanche.
Les images se bousculent, lointaines et étonnement présentes.
Bon, je vais rincer mon maillot et prendre une douche pour enlever le
sel qui a séché sur ma peau. Après, avec une aiguille
flambée, je retirerai de mes pieds quelques épines doursin
malveillantes.
Jean
Index Mails
Pêches au Chenoua
Pêches à Baïnem
Pêche aux bufs
Pêche aux bufs
La pêche et les pêcheurs en Algérie,
mémoire, Edgar Scotti et Joseph Palomba.
Avec laccord et la complicité bienveillante
deBernard Venis
Un grand merci à tous les trois pour ces lignes qui sentent autant
le sel que liode.
Pêche aux bufs
Il est incontestable que le métier de la pêche
le plus répandu à Alger était celui de chalutier.
Pratiqué jusquen 1914 par des balancelles à voiles
sous le nom de " pêche aux bufs " cest à
dire deux bateaux attelés au même filet pour tracter sur
le fond. Il faudra attendre laprès guerre en 1920/1922
pour voir apparaître les chalutiers à vapeur, qui exploiteront
encore ce mode de pêche jusquà lavènement
du panneau de pêche vers 1930, qui permit le chalutage individuel
et labandon du filet bufs en Méditerranée.
Cette pêche au filet bufs était très difficile
à pratiquer. Elle alliait deux bateaux dégale puissance,
montés par des équipages expérimentés dont
la réussite était liée à la capacité
du maître de pêche. Cest lui qui décidait de
la route à suivre, du choix des lieux de pêche et des manuvres
à exécuter.
Responsable du travail, il avait sous ses ordres un patron dirigeant
le second bateau.
Chaque bateau avait un équipage de sept hommes dont un mécanicien
et deux hommes de chauffe.
Arrivé sur le lieu de pêche, le filet était mis
à leau, relié à chaque bateau par une fune
en corde mixte fixée sur les deux ailes latérales du chalut.
Le temps pour celui-ci datteindre le fond, débutait alors
la partie la plus délicate de lopération ; la traîne.
Les deux bateaux devaient avancer du même pas peut on dire et
dune façon constante et parallèle pour éviter
que le filet grattant le fond de la mer ne se déchire.
Cest dans ce contexte difficile, bien avant lapparition
du chalutage individuel et des moyens de détections modernes
qui suivront, que des maîtres de pêche, peut être
illettrés mais de grande notoriété dans la profession,
réussirent à élargir le champ dexploitation
du plateau continental au large du village de Bou-Haroun allant bien
au delà de 200 mètres de fond, fonds qui par la suite
savérèrent bien riches des grosses crevettes rouges
tant appréciées des algérois.
A cette époque, ils étaient environ dix paires de chalutiers
à exploiter ce genre de pêche à Alger. Pour avoir
un aperçu du résultat de ce labeur, sachez quune
statistique de 1926 fait état de 1 547 000 kg de poissons pêchés
par ces bateaux entre le 1er octobre 1923 et le 31 mars 1924, commercialisés
à la pêcherie dAlger, soit une moyenne de plus dune
tonne de produit journalier par paire de bateaux. (A. Gruvel : "
Les pêches maritimes en Algérie ").
Entre 1930 et 1935, lextension du chalutage individuel, dû
à lusage nouveau des panneaux de pêche qui supprimeront
la nécessité davoir deux bateaux pour draguer un
seul filet, libérera une dizaine de chalutiers, ce qui portera
le nombre de la flottille du port dAlger, à plus de vingt
unités.
Par la suite, le développement de ce métier et laugmentation
du volume des pêches, imposeront la construction dun môle
de pêche et lédification dune halle aux poissons
munie des derniers perfectionnements frigorifiques, dont lancienne
pêcherie était dépourvue.
Edgar Scotti et Joseph Palomba.