MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

LES FIGUIERS DE LA POINTE-PESCADE

 

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Image recomposée par bainsromains.com

extraite de Les Fruits de Jacques Brosse Bibliothèque de l'Image.

Derrière une murette et deux marches de pierre se trouvait un jardin appelé " le potager ". En fait, il n’avait de potager que le nom, car peu de légumes y poussaient à cause du soleil, des embruns et du manque d’eau. En revanche, trois figuiers y prospéraient, c’étaient des figuiers " bakores " qui donnaient deux récoltes par an. La première, à la Pentecôte, donnait des figues blanches au cœur violet ou vert tandis que perçaient déjà les petits fruits verts qui seraient mûrs en Août ou Septembre pour la seconde récolte.

C’était une joie de cueillir ces belles figues bien mûres, mais il nous fallait déloger les mantes religieuses qui y avaient élu domicile. Dressées sur leurs pattes inférieures et ouvrant leurs mandibules, elles vous " fixaient " de leurs yeux verts à facettes, aux reflets métalliques comme leurs ailes. Bien sûr, il était aisé de les jeter à terre, d’un coup de baguette, malgré leur 6 à 8 centimètres, mais c’était toujours un moment désagréable de devoir affronter ces insectes menaçants. Ces mantes étaient heureusement moins nombreuses sur le grand figuier qui abritait la longue table des repas et surtout des goûters. Ce figuier, vers le 15 Août, nous procurait des figues violettes presque noires qui avaient " la robe d’un pauvre, le cou d’un pendu et la larme à l’œil ", selon le dicton. Ses branches étaient si solides que l’une d’elles, horizontale, supportait une balançoire rustique et solide, faite d’une simple planche blanche, qui faisait la joie de Marie-Geneviève et de Solange. Au sol, les galets blancs rapportés de la plage voisine brillaient à côté des boules du cassis parfumé dont nous faisions des petits bouquets ronds qui embaumaient l’armoire à linge.

Pour atteindre les plus élevées de ces belles figues, il suffisait d’entailler l’extrémité d’un long bambou, puis d’y introduire un bouchon de liège, pour obtenir une brèche en éventail, destinée à recevoir délicatement un joli fruit. Une simple torsion du poignet suffisait ensuite à détacher le fruit de l’arbre, prêt à être dégusté. Certains fruits récalcitrants nous narguaient tout en haut de l’arbre, les deux filles alors ne résistaient pas à la tentation et grimpaient de branche en branche dans un bouillonnement de jupes en vichy rose. Parvenues au sommet, elles n’osaient plus redescendre de peur de révéler leurs jupons de broderie anglaise lorsque des invités arrivaient inopinément, comme l’Abbé Juan, venu rendre visite à leur grand-mère, " cette chère Madame Bertrand ! ". Prises au piège, elles se contentaient alors d’agiter leurs mains pour saluer les arrivants et l’abbé de se demander, interloqué : " Mais pourquoi ne descendent-elles donc pas dire bonjour ? "

D’après notre fidèle Marabout qui les soignait, les figuiers avaient un esprit. Au printemps, il allait chercher des fruits de figuiers sauvages qui poussaient dans les rochers de la plage. Il les enfilait sur une ficelle et les plaçait dans les branches, les abeilles et les insectes faisaient alors le reste. Lorsque l’oncle Paul est mort en 1928, Marabout est allé le dire à tous les arbres en leur expliquant que le reste de la famille serait toujours là pour les soigner et les arbres rassurés ont continué à vivre et à nous donner leurs beaux fruits.

D’autres arbres aussi nous apportaient ombre et beauté. C’était le cas des tamaris aux fleurs de brouillard rose qui attiraient mésanges et fauvettes friandes de petits insectes attirés sans doute par leur doux parfum. Plus loin, c’était la vigne montant en pampre de raisin muscat blanc aux gros grains. On en enlevait les pépins pour les faire en confiture enrobés de gelée, une merveille! Ils mûrissaient à temps et étaient suivis par les gros raisins rouges kabyles de septembre.

Yvonne, dite Myonne, et Solange CARAYOL

C’est un beau cadeau que vous faites, Solange et Myonne, à tous ceux qui ont la chance d’avoir dans leur jardin un ou plusieurs figuiers. Ils les considèreront désormais d’un autre œil. Personnellement, je n’en ai pas, mais, lorsque j’en croise un au bord d’un jardin de Bretagne, je ne manque pas d’en froisser une feuille et de la humer. Alors me reviennent en mémoire les effluves de mon enfance.

Dans notre jardin des Bains Romains, l’unique figuier était " stérile ", comme celui de la parabole, ou bien il était sauvage et ne donnait pas de bons fruits comestibles. Il aurait fallu le greffer. Mais quelle bonne odeur il diffusait par les chaudes journées d’été ! " Mon " figuier n’est plus mien, mais son odeur m’a accompagnée dans tous les lieux où j’ai vécu.

Savez-vous, Solange et Myonne, que l’on appelle " figue de mer " le violet commun de Méditerranée ?

Camille

Il existe des figues sauvages et des figues de culture. Les inflorescences de la figue de culture ne contiennent que des fleurs femelles à long style, celles des figues sauvages en revanche contiennent des fleurs mâles à côté des fleurs femelles à court style. Les larves de la guêpe du figuier se développent dans les fleurs des formes sauvages, les quittent couvertes de pollen et fertilisent ainsi les figues de culture. Les Romains favorisaient déjà la pollinisation en accrochant des branches de figuier sauvage dans les arbres à figues comestibles. Les figues se développent aussi sans pollinisation mais sans graines, on mange les variétés sans graines comme fruits frais et les variétés avec graines comme fruits secs. (cf. Le " Guide des Plantes Tropicales " d’Andreas Bartels chez Ulmer)

Solange

Le guide vert " Les arbres " (Editions Solar,1988) confirme ce que tu dis. Le figuier commun (Ficus Carica) dans ses variétés cultivées, ne possède que des fleurs femelles, tandis que le Figuier sauvage (Caprifiguier) porte à la fois des fleurs mâles et femelles.

Le figuier sauvage ou Caprifiguier est appelé " Figuier mâle " en Afrique du Nord où il est cultivé, selon l’Encyclopédie Larousse (1973). Au sommet, il a des fleurs mâles. Les fleurs femelles sont brévistylées (à court style). Chez le figuier domestique, les fleurs du sommet sont stériles (sans graines) et les fleurs femelles longistylées (à long style).

Quant à la guêpe spécifique qui pond ses œufs dans les fleurs de figuier, il s’agit du " Blastophage ". Et là, c’est toute une histoire…

Camille

Ce figuier, vers le 15 Août, nous procurait des figues violettes presque noires.

Ses branches étaient si solides que l’une d’elles, horizontale, supportait une balançoire rustique et solide, faite d’une simple planche blanche, qui faisait la joie de Marie-Geneviève et de Solange.

Solange sur sa balançoire.

Je l'ai bien connu ce figuier avec cette balançoire je me suis balancée sous sa grosse branche.

Camille

 

     
     
 
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