Le rocher oublié
Entre Miramar et Baïnem il y a un tas de rochers ayant chacun
un nom, une personnalité propre et des fonctions et des histoires
liées aux activités des résidents présents.
La première découverte importante de ce travail de mémoire
c'est que l'on s'est aperçu qu'en fonction des résidents
de l'époque et de l'endroit de résidence, les rochers
changeaient de nom, et quelquefois même de place.
Dans mes rêves les plus fous je n'aurai jamais imaginé
qu'un rocher puisse changer de place !
Ainsi au début du XXe siècle la bosse du chameau
s'appelait la bosse tout court et elle se trouvait, selon
mes estimations, à un bon km à l'Est de l'endroit où
elle se trouve aujourd'hui.
Le rocher des rats, lui, a gardé sa place et son appellation
jusque dans les années 60 pour tous les résidents qui
se trouvaient plutôt du côté de Baïnem; et pour
les autres, ceux qui se trouvaient plutôt côté Miramar,
il garde sa place mais prend l'appellation de Grand Rocher.
Et si j'ai bien tout compris, aujourd'hui il s'appelle Grand Rocher
pour tout le monde.
J'ouvrirais une parenthèse pour dire que les rochers ne sont
pas seuls dans ce cas, il y a aussi les plages puisque la plage des
algues se dénomme, aujourd'hui, la plage des femmes. Je ne vois,
dans cette appellation, qu'une connotation poétique en hommage
à la femme !!!
Il y a un rocher qui, pour moi, n'avait pas de nom particulier. Ce
rocher, je le situais, dans ma mémoire, entre le rocher des rats
et Miramar sans pouvoir identifier une géographie
précise. Pour être tout à fait honnête, je
dirais qu'il y a encore quelques mois j'étais bien incapable
de dessiner la géographie de la plage Campello, il aura fallu
l'arrivée de Robert pour que tout s'éclaircisse.
Mais ce rocher, s'il a plus d'une fois hanté mes nuits et haché
ma respiration, il a aussi beaucoup coloré mes rêves.
Il est percé dans sa partie immergée d'un passage longitudinal
et transversal qui nous servait d'expérimentation pour nos plongées
que nous voulions, à l'époque, très scientifiques
pour les gamins de quinze ans aux grandes prétentions que nous
étions. Il nous fallait étudier notre souffle à
la manière du Grand bleu pour être certain
de pouvoir faire le parcours complet, il nous fallait étudier
notre trajectoire pour éviter d'accrocher le tuba, ce qui aurait
eu pour conséquence de nous immobiliser au centre du passage
avec la peur au ventre.
Si j'avais perdu sa position,
j'étais certain de pouvoir dessiner, dans ses moindres détails,
ces boyaux rocheux. J'ai des images de roches qui passent du blanc au
brun avec des formes lisses ou complètement accidentées.
J'ai des couleurs dans les yeux des différentes algues ou coraux
accrochés au rocher. J'ai dans les oreilles le concert mélodieux
du ressac et sur la peau les carresses des courants qui s'affrontent
à l'intérieur de ces tuyaux sous-marins.
C'est Camille qui, en se plongeant dans son album de photos,
calme mes nuits pour ne laisser que des couleurs de fonds marins dans
mes rêves, qu'elle en soit grandement remerciée.
Et savez-vous comment les résidents locaux appelaient ce rocher
?
Le grand rocher !
Voilà encore un rocher qui risque de se déplacer à
l'Est ou à l'Ouest de son emplacement initial.
Chounet
Réponse à Chounet: l'appellation "grand rocher"
usitée dans ma famille par quatre générations et
par les voisins était sans doute une appellation tout-à-fait
locale. Ce rocher, on le voit sur la photo 11 à gauche, et sur
la photo 12 en haut à droite (collection de Robert Mari). Sous
l'eau, "mon" rocher était en effet percé de
part en part, et il m'est arrivé deux ou trois fois de passer
par ce trou, équipée de palmes et d'un masque.
Bien amicalement
Camille Delpla
Chounet l'appellation Grand Rocher est comme pour mon cas une appellation
locale. En fait, tout le monde avait son Grand Rocher nous en avons
maintenant la preuve, au même titre que pour la grotte du veau
marin. Pour ma part ce rocher, je le voyais à chaque fois sur
ma droite lorsque je descendais à la crique. Je me souviens très
bien de lui visuellement, il faisait partie de notre panorama habituel,
pour nous qui habitions du côté de la maison Demeure, mais
je ne suis jamais allé dessus. Je ne savais pas non plus qu'il
était percé. Vous me l'apprenez donc aujourd'hui.
Robert Mari

contact@bainsromains.com