MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Les Norias de Baïnem

 

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Image recomposée par bainsromains.com

J'évoquerai ici une particularité de la petite agriculture à Guyotville d'une zone bien, délimitée, l'étroite bande côtière de 5 à 6 kilomètres sous la forêt de Baïnem, s'inclinant vers la mer, depuis les Bains-Romains jusqu'au Cap Caxine.
pnha n°73, novembre 1996.
http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis/

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Nous avions deux propriétés attenantes, à cheval sur les communes de Guyotville et de Saint-Eugène, séparées par l'oued Mellah ou rivière salée, ravin ne drainant de l'eau qu'aux forts orages. Sur une surface de 6 hectares 1 /2, nous avions cinq puits équipés de norias à godets de zinc, longue chaîne métallique à engrenages, le système comportant un clapet de retenue bloquant le retour des godets pleins en cas d'arrêt du cheval ou de panne du moteur.

Ce clapet métallique tintinnabulait, annonçant la mise en route des norias de tout le voisinage, début du " ding, ding, ding... ", ce chant des norias gravé à jamais dans nos mémoires.

Entre les Bains-Romains et le Cap Caxine, dans les nombreuses exploitations de tous ces pionniers du jardinage qui avaient nom Bernardo Joseph, Thomas, Ponce, Jean, ou François, Sintès Barthélémy et Cyprien, Aracil, Scotta, Casano, Lopinto, Pascuito, Traniello, Anglade, Errera, Buonanno, d'Ovidio, Varie, Rando, Zagamé, Albano, Lousteau, Such, Camélio, Perou, Volto... des dizaines de norias tournaient de concert, se renvoyant de l'une à l'autre le bruit métallique que la forêt de Baïnem renvoyait en écho. Lorsque la pluie arrivait, elles s'arrêtaient toutes et c'était le moment des réparations des chaînes et des godets fabriqués à la main chez Cruanes à Guyotville ou Serra à Staouëli.

Ces agriculteurs étaient de vrais spécialistes, formés sur le tas, de père en fils, aussi forts que n' importe quel ingénieur agricole sorti de Maison-Carrée : temps d'arrosage, fertilisation, sulfatages, soufrages, tailles...

Cette région était aussi connue pour son raisin muscat, très apprécié comme raisin de table au goût incomparable, muscats de Baïnem ou de Cherchell, ceux d'autres régions étant surtout destinés à la vinification, tels ceux de la Trappe de Staouëli, chez Borgeaud. Toutes les récoltes de muscat de Baïnem se vendaient " sur pied ", la majorité des acheteurs étant des commerçants algériens jouissant d'une confiance totale de la part des viticulteurs. Vente sur parole, sans contrats écrits, règlement au gré des acheteurs, pendant ou souvent après la cueillette.

Beaucoup de ces petits colons étaient venus d'Italie après l'immigration espagnole vers les années 1880, tels mes grands-parents, ayant d'abord travaillé comme ouvriers agricoles chez des attributaires de lots de colonisation, puis s'étant peu à peu installés à leur compte. Leur vie était saine et simple et malgré un labeur pénible ils ont été certainement heureux. Ils sont pour la plupart morts là-bas, reposant dans les cimetières de Guyotville ou de Saint-Eugène. Ils n'ont pas connu la pollution, les tracasseries de la ville, ayant pour eux l'espace, le soleil, la forêt et ses champignons, la mer, ses oursins et ses arapèdes, les nuits étoilées. Et ignorant les prévisions météorologiques, ils attendaient la pluie du Bon Dieu, sous le chant des norias.

Jean-Pierre Pascuito

Ce texte est très évocateur, les norias ont beaucoup compté dans notre enfance d'abord par cette musique caractéristique, répétitive et lancinante un peu à la manière d'une vielle qui aurait une sonorité de casserole. Je m'en souviens d'autant plus que nous en avions une au-dessus des Belombras, sur la colline à 300 mètres après la route nationale et pendant les journées d'été où nous n'étions pas dérangés par les voitures, comme nous le sommes à notre époque, quand elle commençait à tourner, elle s'entendait, elle s'entendait même sous l'eau au large de la plage Martin en pleine plongée aux oursins.

Et le soir, quand elle ne tournait plus, c'était le concert de grenouilles que l'on trouvait en masse dans ce bassin rectangulaire bordé d'un muret.

Notre noria à nous et les norias en général c'est un peu comme une carte postale des temps anciens que l'on qualifierait volontiers de « bon temps ».

Merci Bernard d'avoir sélectionné ce texte :
http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis/
et merci à Jean-Pierre Pascuito de l'avoir écrit.

Chounet

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