Razza Grata.
Je ne suis pas sûr de l'orthographe de cet endroit situé
légèrement à l'est de La Madrague, mais
surtout sur l'itinéraire que nous nous plaisions à emprunter
pour atteindre cette plage mythique à l'époque de notre
jeunesse, dorée sur tranches, en Algérie.
Le dimanche matin, notamment,
nous allions, longeant la Côte dite Turquoise de notre beau
pays, nous retrouver bien évidemment du côté de
Sidi Ferruch. Ce n'était pas pour honorer un des hauts lieux
du débarquement allié du 8 mai 1942, mais plus
prosaïquement pour nous retrouver, sur la terrasse ensoleillée
du Parc aux Huîtres, chez Capomaccio, debout autour
des tables en ciment, et déguster les huîtres, fraîchement
sorties de l'eau selon notre choix, les ouvrir nous-mêmes et
chacun pour soi. Il valait mieux savoir les ouvrir, de peur de manger
moins que les copains. C'est fou ce qu'on apprend vite sous la pression. C'était surtout
un lieu de pèlerinage pour tout visiteur français de
l'Algérie d'aller à Sidi-Ferruch pour y admirer, accessoirement
aussi, la stèle de l'autre débarquement, celui des Français
en 1830, mais surtout leur faire apprécier ce lieu de dégustation
non seulement des huîtres mais de tous fruits de mer, langoustes
y compris. Dans la lumière éclatante de l'été,
dans l'air vibrant de chaleur que décrit si bien notre célébrissime
écrivain pied noir, Albert Camus, dans "Noces".
Et à ce propos justement
me revient une anecdote. Nous étions allés chercher,
nous tous, les joueurs de l'O.D.M, Olympique des Deux Moulins en clair,
un joueur prestigieux au port d'Alger. Il venait remplir ses obligations
militaires et se rendait directement à l'École des Officiers
de Réserve d'Infanterie de Cherchell - que je devais
fréquenter à mon tour quelques mois plus tard. Nous
étions chargés du transfert, sous réserve qu'il
signe une licence à l'O.D.M. Il signa en définitive
au G.S Alger-Hydra, mais passons.
Il débarquait de
son Paris natal, grisâtre et tristounet à souhait, pour
se retrouver dans la lumière et la chaleur de notre bel été
des années 1957 ou 1958. Arrivés à
une petite encablure des Deux-Moulins, au lieu dit, la Poudrière,
en bord de mer, soudain il nous fit taire. : " Laissez-moi
regarder les couleurs ! ".
Le ciel d'un bleu immaculé,
l'autre bleu, celui plus violacé de la Méditerranée,
et celles, rouge et blanche, du Poste d'essence Mobil qui se trouvait
là, sous nos yeux. J'en fus tellement surpris que j'en suis
resté coi et que j'en garde encore le souvenir vivace. Moi
qui avais ce spectacle sous les yeux tous les jours sans le voir,
ou du moins sans l'apprécier à sa juste valeur, comme
ce Parisien, tout frais débarqué.
Ah ! j'oubliais. Il
s'appelait Philippe Courtin. Et il figure encore dans toutes les salles
de sport U.N.S.S pour la pureté de son geste d'attaque et à
différents stades de son mouvement de bras et jambes. Une référence.
Quant à la lumière,
elle l'aura marqué à vie car il possède un duplex
aujourd'hui au plus haut d'un immeuble qui domine le port et la citadelle
de Calvi. Et à vous tous qui lisaient ce récit je dis,
non je hurle, ce qui me paraît l'évidence : " Ne
pas mourir idiot, si vous ne connaissez pas la Corse, précipitez
vous y. Chaque fois que je la quitte, j'en ai la chair de poule. Sous
l'eau, comme au-dessus, c'est comme là-bas, on est chez nous,
les senteurs du maquis, les fonds sous-marins, tout est à l'identique.
Frissons assurés. "