Charmant port de pêche situé juste après Castiglione
à quelque 50 km dAlger vers lOuest et, à lépoque
révolue de la colonisation, investi par les Siciliens et ou Napolitains
de tout acabit mais très croyants qui prenaient soin de baptiser
leurs embarcations de noms de saints.
Pour moi qui ai connu ce charmant village dans la tourmente des années
40, en pleine guerre où nous étions réfugiés
pour échapper aux bombardements qui sévissaient alors
sur Alger la Blanche, cela reste un mélange dodeurs subtiles
: de sable chaud, de sardines ou danchois (il y avait de nombreuses
salaisons), de posidonies décomposées sur la plage et
de marée, diode, de sel. Je suis sûr que si je retournais
demain, les yeux bandés, je saurai aux premiers effluves que
je suis arrivé.
Plus on approchait du port, plus cela sentait fort, ce mélange
explosif dodeurs agressait le visiteur, le poursuivait constamment.
En fait de port, les chalutiers étaient tirés sur le sable
et équilibrés par des étais, le plus souvent de
simples madriers, et entre eux les dépôts de posidonies
mortes rejetées sur la plage nétaient pas régulièrement
enlevés et lévolution de leur décomposition
renforçait les odeurs ambiantes.
Mais ce nétait pas désagréable du tout,
au contraire même, simplement une odeur sui generis inhérente
au lieu et qui me rendait presque " accro " comme lon
dit aujourdhui.
Ajoutez à cela, que lendroit était poissonneux
comme nulle part ailleurs. Avec une simple canne à pêche,
un dénommé Pastor, habitant de Bab-el-oued, attrapait
la nuit tombée à la pointe du rocher, devant la villa
où nous logions tous, une foule de petits mérous, quil
appelait comme tout pied-noir bien né des mérots
ou méros cest selon, tous plus savoureux les uns que les
autres. Et nous, gamins âgés de 7 à 8 printemps
tout juste, nous attrapions de jolis petits rougets avec de simples
escargots à pattes, une amorce pourtant souverainement dédaignée
par les rougets " algérois " auxquels nous étions
plus accoutumés. À croire quil ne sagissait
pas de la même espèce, et pourtant, cest fou ce quils
se ressemblaient. On attrapait bien dautres poissons aussi, mais
des rougets, et à lescargot à pattes, cela avait
de quoi nous abasourdir.
Bou-Haroun, dans cet été flamboyant des années
40, avait été assailli par des nuages de criquets jaunes,
que nous appelions des sauterelles, et qui sabattaient sur les
champs pour en dévorer la moindre feuille mais qui confondaient
aussi avec des substances consommables, les grillages peints en vert
de ladite villa et qui sagglutinaient donc sur leurs croisillons
en grappes compactes. Un véritable spectacle pour nos jeunes
têtes blondes indifférentes au malheur des agriculteurs
qui subissaient ce véritable fléau, car cen était
un, ajouté à celui encore plus terrible de la guerre.
Bou-Haroun, cétait aussi pour moi, des mouches et des
rats ou souris, comme je nen avais jamais vus.
Bou-Haroun, un souvenir diffus qui tend à sestomper au
fil du temps mais qui reste surtout
olfactif, terriblement olfactif.
Gérard STAGLIANO
Bonjour,
Je recherche l'histoire de ma famille FERRER, ils étaient donc
pêcheurs, mon grand-père était François,
fils de Jérôme FERRER et de MONTANER Jeanne.
Je vous remercie.
P.S. : c'est bien de découvrir quelque chose de nouveau sur Bou-Haroun,
autre que les quelques histoires.
Michel Georges.
michelgeorges@eircom.net
Monsieur,
Je suis l'auteur de l'article Bou-Haroun. J'ai lu non seulement les
phrases précitées sur le courrier envoyé au site
bainsromains.com, mais aussi parce que notre webmaster, M. Georges Behm,
m'a fait parvenir la teneur de votre missive. Si ces phrases s'adressent
à moi, j'ai bien peur de ne pouvoir vous satisfaire, bien que
j'ai essayé puisque j'habite Grasse, dans les Alpes maritimes,
de rencontrer hier à Cannes la Bocca, un dénommé
M. Molina qui était également pêcheur à Bou-Haroun
à l'époque, il y possédait avec son frère
un bateau et il aurait éventuellement pu me renseigner sur les
familles Ferrer et ou Mantaner.
Malheureusement pour vous, je ne l'y ai pas vu et comme j'ignore son
adresse exacte, je ne peux pas même le questionner par lettre.
J'attendrai des jours meilleurs pour lui poser la question à
ce sujet, car nous discutons souvent du pays au marché aux légumes
de Cannes-La Bocca où ils nous arrivent très souvent de
nous rencontrer.
Nostalgériquement vôtre.
Gérard STAGLIANO