MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

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Boulogne le Mardi 17 novembre 1981

Ma chère Denise,

J’ai eu le grand plaisir de recevoir vendredi tes deux envois soigneusement confectionnés et me trouver en possession de l’ensemble de ces photos des Bains Romains que je dois à tes travaux longs, patients, minutieux, que tu as bien voulu entreprendre pour me valoir des images magnifiques que je contemple, détaille, admire, et dont je voudrais savoir t’exprimer entièrement combien j’en suis heureux, et te presenter des remerciements dignes de ton effort, de ta réussite et du plaisir que tu me causes.

L’agrandissement de la photo d’ensemble, tu l’as transmis en ocre et je t’en félicite. Les fonds ressortent plus et font mieux apparaître la clarté de l’eau, sa douceur le long des roches dechiquetées faisant oublier ses fureurs de l’hiver.

L’agrandissement n° 2 nous rapproche de tous les détails de notre vie là-bas durant l’été : tout y est , même les grosses fleurs aux couleurs violentes s’ouvrant dans les plantes grasses sur les pentes exposées à la mer, les chemins de promenade, et leurs bastingages de bois blanc, les descentes à la mer par les rochers et la grande terrasse, la plaque de béton sur le rocher avancé, où, le temps permettant, je mettais mon kayak à la mer, et où nous venions nous allonger après nager. Je revois les tamaris couchés par le vent, les rangées de myoporum dont les feuilles vertes disparaissaient sous les embruns de l’hiver, le jardin sauvage entre les deux murs de cloture où j’avais remplacé les chardons et les ronces par des grands roseaux que balançait la brise. J’y venais m’allonger dans un fauteuil de toile, lisant, révant, sommeillant. Et ce Pavillon de l’Archêveque, avec sa terrasse de marbre recouvrant la voute antique faite de briques séchées. bien plates, posées de champ pour former un arc parfaitement régulier, le Pavillon respectant les dimensions de cette voûte. Il avait dû remplacer un autre édifice utilisé sans doute comme "moulin à huile", rubrique sous laquelle l’endroit figure dans l’atlas archéologique de l’Algérie. Les navigateurs puniques furent les initiateurs du lieu, puis une lente succession pendant plus de deux millénaires de gens trouvant là du repos, de l’eau fraîche et des moments heureux sous le soleil et parmi le chant de la mer et des roseaux. Je crois que bien peu ont quitté la cour du bas ouvrant sur la mer, abritée des vents de l’été, sans en garder le souvenir d’un havre de paix ou régnait la simple beauté de murs rustiques pleins de lumière.

Un jour d’hiver, j’ai trouvé dans la petite cour menant à la vieille écurie une caille nichée dans les herbes sèches. Elle était venue mourir là, épuisée d’un voyage trop pénible, mais avait conservé l’attitude de son repos : bien droite elle reposait sur ses ailes ramassées. Le petit corps saillant, desséché, sous ses plumes, m’a ému, ce me fut une grande satisfaction que les vieux murs et leurs herbes desséchées aient permis à l’oiseau de mourir paisiblement sous leur abri.

Avant les mutilations du lotissement, l’endroit était idyllique, une petite route empierrée descendait vers le Pavillon en s’accrochant aux flancs du plateau au-dessus de la crique Est. D’innombrables roseaux protégeant les cultures du vent de la mer c’était une chanson avec la moindre brise… Une petite place devant le Pavillon où s’arrêtaient les visiteurs, puis la voiture descendait vers la cour où on dételait. Il ne restait qu’à se répandre dans la nature, à la recherche de figues mures…

Mais je me laisserais aller à évoquer encore tant de souvenirs restés vivants et charmants dans leur ancienneté que cette lettre risquerait de rester ce soir sur mon bureau…

Charles Perret

Souvenirs de l’Archevêché aux temps anciens…

Cher Chounet
J’ai retrouvé une lettre de mon oncle Charles datée du 17 novembre 1981… Il me l’avait envoyée en remerciement de reproductions de photos que j’avais élaborées pour lui être agréable, tant il avait aimé cet Archêveché. Sa lettre le démontre éloquemment !!! J’ai pensé qu’elle pouvait intéresser votre action…

Denise

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L’Archevêché évoqué de San Diego, California,

Cher Chounet et amis Bainsrominois inconnus et cependant si proches !

Imaginez ce que je viens de recevoir de Nice, France !
Des papiers, des papiers, encore des papiers !
Ces dossiers qui sont nos racines, partie de nos généalogies, ces actes notariés si précieux, souvent détruits, brûlés, déchirés, envolés au vent de l’Histoire…
Sous une couverture noire d’Archives, un recueil de trésors nommé : " Bataille pour l’Indemnisation " pieusement conservés par mon père…
J’extrais celui qui pourrait retenir votre attention :
Bains Romains.
2 terrains…
Et la je m’efforce de simplifier le langage de la procédure, rébarbatif pour des non initiés, pour simplement apporter cette contribution a l’Histoire de ces lieux que nous aimons tant…
La propriété était située au lieudit Baïnem, commune de Saint Eugène, canton nord et arrondissement d’Alger, sur la route d’Alger à Cherchell, et formée de la réunion des parcelles portant les numéros suivants :
1) Numéros 40,43,44, du plan cadastral,
2) Partie des numéros 20, 21, 21 bis, du plan du service topographique.

Origine de la propriété
Elle provenait originairement de deux acquisitions faites de l’État par
Monseigneur Dusserre, Prosper, Auguste,
Archevêque d’Alger,
Demeurant a Saint Eugène, au Petit Séminaire.
La première, suivant Procès Verbal dresse en la forme administrative à la Préfecture d’Alger, le treize avril mille huit cent quatre-vingt trois (13 avril 1883),
Et la deuxième suivant acte administratif en date à Alger du vingt-quatre avril mille huit cent quatre-vingt quatre (24 avril 1884).
Monseigneur Dusserre voulut faire de ces falaises et de ces plages des lieux de méditation.
Tels ces prélats romains fondateurs de l’admirable Villa d’Este…
À l’Archevêché des Bains Romains, les célèbres jets d’eau italiens n’existaient pas ! Ils étaient remplacés par la vision de la mer toujours recommencée et celle des grands espaces …
Nous en reparlerons mes Amis si vous le voulez bien.

Denise Boulet-Dunn

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