MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Les Xancles

 

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Faute de ne vouloir retourner au Pays, j’effectue régulièrement un pèlerinage sur l’une des îles Baléares : Mallorca que j’affectionne particulièrement.
C’est là que je débarquais, le 7 Juin 1962, au petit matin, portant à bout de bras quelques effets personnels, mon " Teppaz " et des incertitudes.
Partie du port d’Alger, via Port-Vendres avec mon oncle et ma grand-mère maternelle, je rejoignais des amis d’enfance qui nous renvoyaient l’ascenseur ; la similitude de nos parcours étant indéniable.

Mon oncle, Jean Mari, vivait à Baïnem avec une partie de ma famille et travaillait rue Vasco de Gama à Bal-el-Oued. Il avait repris l’ébénisterie familiale " Vivès " et employait quelques ouvriers espagnols et arabes, tous, affables, dévoués et sérieux. Kader entre autres dont je me souviens.
Il rencontra, un jour dans la rue, un couple et deux fillettes s’exprimant uniquement en espagnol. Venus clandestinement de Palma sur un bateau de pêche, ils fuyaient le régime franquiste.
L’écoute et la générosité étant l’une des bases fondamentales de notre éducation, ma grand-mère les hébergea, dans une toute petite maison délabrée au fond de son jardin, rue Richelieu à Baïnem.
Le père, Francisco, maçon de son métier, réaménagea fonctionnellement ce mouchoir de poche où ils vécurent quatorze années dans la simplicité et la joie de partager la vie de notre grande famille. La mère, Maria, animait avec grâce nos dimanches, de folklore ibérique. Ma grand-mère, à l’accent espagnol prononcé, mit un point d’honneur à leur apprendre le français ! Certains écoliers de l’école communale ont partagé l’amitié de Marietta et de Tonita.
En 1961, ils referont le chemin inverse, sur un paquebot cette fois, emportant avec eux les souvenirs de leur longue étape en Algérie. Depuis ce couple âgé aujourd’hui de 90 ans coule des jours heureux, entouré de leur famille. J’aime les retrouver, simples, sincères et affectueux, comme par le passé.

Le 6 septembre 2006, nous remontions de la plage de Puerto-Soller, par la rue piétonne " Jaume Torrens " et là une exclamation : " Tu lis comme moi ?... " " Oui, j’ai lu comme toi : Xancles " - prononcer tchanklesse - Alors là mon étonnement est à son comble ! Un béarnais m’interrogeant de la sorte ! Je n’avais plus entendu cette expression qualifiant ces chaussures que nous appellerons aujourd’hui " tongs " et n’avais jamais lu ce mot, étrangement majorquin d’étymologie. Comme quoi Palma et Alger ont des airs de famille.
Ces chaussures légères, faciles à enfiler, à retirer d’un coup de cheville, à éjecter du bout du pied ont des appellations différentes. Je pense, qu’en Algérie, nous avions le " chic " pour en inventer selon le bruit qu’elles émettaient ou l’imagination qu’elles suscitaient. J’en citerai quelques unes : les mévas, les claquettes, les tatanes, je dirais même les babouches et je finirai par la savate que l’on devait traîner, d’où l’expression " traîne-savates ", laissant à qui veut prendre le relais d’expliquer ce jeu qui se pratiquait sur la plage, et pour cause : il valait mieux avoir le dos de la main sur le sable !

Michèle Mari.Pastor

 

     
     
 
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