De Saint-Eugène à Guyotville, les gamins que nous étions
tombèrent tous, à un moment ou un autre, sous le charme
dune tchiquette.
La tchiquette, cétait une sorte de Lolita, une nymphette
méditerranéenne, dont le caractère saffirmait
au fur et à mesure que son jeune corps prenait des formes.
Elle ne sortait jamais seule, mais toujours en compagnie dune
ou de plusieurs de ses semblables. Elégamment vêtues, le
port bien cambré pour faire ressortir une poitrine naissante,
elles faisaient ensemble le passéo en tortillant les fesses,
ravies de se savoir admirées. Affichant des airs détachés
et feignant lindifférence, elles observaient les garçons
du coin de lil, les jaugeant, les soupesant et de petits
rires complices scellaient sans appel le sort de tel ou tel.
Malgré ses allures aguicheuses, la tchiquette restait farouchement
imprenable. Nous avions beau faire les malins, nous pavaner, jouer les
machos, rien ny faisait. La tchiquette se réservait le
choix du mâle.
Cela a-t-il vraiment changé ?