MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Les nèfles

 

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Il y a quelques mois nous sommes invités à dîner par des copains que nous fréquentons souvent et qui sont en périphérie de Chartres dans un petit village de Beauce. Tout ça pour dire qu’à la fin de repas Jacques, pour ne pas le nommer, nous apporte, en plus dessert, un plateau de fruits sur lequel il y avait des espèces de minuscules grenades. "Tiens, Chounet, tu devrais goûter à ces nèfles" me dit-il en me désignant ce que je qualifiais de minuscules grenades.
J’étais au comble du désarroi et je ne savais plus très bien quoi dire, perdu dans mes souvenirs et ne sachant plus m’y retrouver dans ce que j’avais retenu de la culture acquise dans mes plus jeunes années. Pour moi des nèfles ce sont des fruits de la taille d’une belle prune avec une peau très fine et tendue autour d’un fruit jaune particulièrement goûteux et juteux, avec un ou plusieurs noyaux de belle taille, marron foncé et très lisse au cœur du fruit.
Je bredouillais un "non merci" car je n’avais plus très faim et complétais ma réponse par un "c’est ça que tu appelles des nèfles ?" Oui, oui, me dit-il et le voilà qui part dans une explication très scientifique de là où on les trouve, du néflier, du moment où il faut les cueillir, comment il faut les manger etc, etc … "Ha ! bon !" fais-je, complètement déboussolé. Et en moi-même de me dire "suis-je con ou complètement à côté de la plaque ?".
Puis la conversation passe à un autre sujet et je me promets de regarder ça de plus près dès que possible.

En arrivant à la maison, je saute sur un livre qui s’appelle les Fruits de Jacques Brosse à la Bibliothèque de l’Image et, page 56, je ne puis que constater que ce que m’avait raconté Jacques qui n’est pas Jacques Brosse était tout à fait exact.
"Bon, me disais-je, nos nèfles à nous doivent vraisemblablement porter un autre nom, ce doit être une querelle de spécialiste, ou alors c’est moi qui me trompe".
Et le temps passa jusqu’à hier où, en allant faire un ravitaille au carrefour du coin, je passe devant le rayon des fruits exotiques. Et que vois-je ? Nos nèfles en quantité non négligeable qui trônaient dans un panier. Première réaction, c’est d’en prendre de manière à goûter ces fruits pour être sûr de mes souvenirs. Deuxième réaction essayer de trouver une étiquète pour en savoir plus concernant le nom de ce fruit, je trouve une étiquette et je lis "nèfles". En arrivant à la maison, je goûte et ne peux que constater que je retrouve le goût de mon enfance, ce n’est pas un goût qui me fait particulièrement flipper, rien à voir avec les oursins, mais quand même, très heureux de savoir que je n’étais pas devenu complètement idiot.
Sur ces entrefaites Daphne rentre à la maison, jette un œil sur le compotier, lieu privilégier où sont stockés les fruits et me déclare un "tiens du as pris des koun kat !" en regardant mes nèfles. "Allons bon, voilà autre chose" pensais-je très fort. "Comment tu appelles ça, toi ?". Et de lui faire préciser son appellation et l’orthographe qui va avec, mais impossible de savoir d’où vient ce nom et dans le feu de la discussion elle me dit que je dois avoir raison, qu’elle ne se souvient plus très bien et que c’est peut-être bien des nèfles.
Voilà où j’en suis, c’est-à-dire, complètement pommé. Je ne sais plus très bien que, qui, quoi, où ?, mais je suis sûr d’une chose, c’est d’avoir retrouver les nèfles de mon enfance.

Chounet

Mon très cher Chounet !!
Ces affreux fruits que l'on appelle en France Nèfles !!! des nèfles ! Figa ! C'est des affreux fruits que l'on mange quasi pourris je me demande ce qu'ils ont de pareils avec nos nèfles.. Je me le demande vraiment. Nos nèfles sont les seules vraies.

Photo collection Françoise Bernard Briès

D'ailleurs tu en verras à la fin de ce message, je suis partie en photographier dans le jardin où j'ai planté un néflier qui me donne quand il le veut bien de vraies nèfles, toutes petites, mais délicieuses et avec un seul noyau au lieu des quatre ou cinq qui nous permettaient de cracher le dernier très loin… En faisant attention parce que les nèfles : "fais attention ça tache !!!" Il y avait aussi quelque chose avec la peau. Si on la mangeait, ça coinçait à la sortie. Si on ne la mangeait pas c'était le contraire (ou vice-versa). Mais c'était de bons bons fruits. Rien à voir avec ces espèces de petites choses noirâtres, des avortons de grenades !

Le Bon Jardinier
Néflier : Mespilus germanica (Rosacées)
Originaire des confins de l'Europe, ce petit arbre fait l'objet de cultures réduites en France (pas étonnant tu le comprends facilement). Ses fruits étaient utilisés au début de notre ère (quaternaire je suppose ?), en Grèce et Rome antique (on a sauté un bon bout de temps).
On le consomme à l'état blet (pouah !) ou en compote et peut servir à faire de l'alcool (???) (à brûler ???)
Il y en a une page entière qui ne vaut vraiment pas la peine que je continue.
Néflier du Japon : Eriobotrya japonica (Rosacées) [Ils ont cette
famille en commun] encore peu connu en France, bien qu'on puisse le cultiver sur tout le littoral méditerranéen… Mais il est très cultivé au Japon évidemment. Il fleurit en hiver ce qui rend cette espèce fruitière particulièrement sensible au froid. Fruits de la grosseur d'une bonne prune, couleur orangée jaune, pépins ('!!!) 4 ou cinq de couleur marron brun noir, fruits murs d'avril à Juin.
Ils parlent de greffe mais je peux te dire qu'il est souvent franc de pied, c'est à dire que tu plantes un noyau et que ça fait un néflier qui donne des nèfles.
Je peux te dire que l'odeur des fleurs de néflier est absolument subtile. C'est (Marc ou Gérard ?) qui doivent en savoir un peu plus là-dessus. C'est un enchantement lorsque l'on passe dessous en Janvier Février !!!

Françoise Bernard Briès

J'ai lu ton article sur les nèfles de là-bas. Je suis de ton avis, elles sont jaunes avec un ou + noyaux marron. Sur la côte, nous en avons pas mal, surtout que tu jettes un noyau, il faut qu'il soit unique dans la nèfle, pour que cela pousse.

Jean Louis

Mon bon Chounet,
Ton histoire de nèfles m'a bien amusé. Dis - toi que j'ai eu la même déception en 1948, lorsque nous étions au château de sainte Marie dans la Nièvre. Les autres galapiats du coin m'ayant certifié qu'il y avait des nèfles dans le verger de la comtesse, nous nous sommes rendus sur place pour découvrir ... Je te le donne en mille, les fameuses " grenades " objet de ton commentaire. Inutile de te dire qu'il y avait de la déception dans l'air. Fort de ma certitude, j'ai fait savoir aux autochtones du cru, que des nèfles c'était pas fait comme ça. Chacun soutenant " sa " vérité, il fallut admettre qu’il y avait deux sortes de nèfles ; les nôtres étant, et de très loin, les plus goûteuses. Par la suite, à différentes reprises, j'ai eu l'occasion de retrouver de ces fruits, que j’apprécie beaucoup.
Rien à voir avec les nèfles de France, qui, de mémoire, ne sont comestibles qu'en fin d'automne ou au début de l'hiver.
Un jour, m'extasiant devant des noyaux de nèfles particulièrement gros, j'eus l'idée d'en collectionner tout un cornet de baptême afin de faire gober, au figuré, comme au réel, aux filles du bureau, ces chocolats d'un nouveau genre. Tu dois voir d'ici, la tête qu'elles ont fait, et la joie maligne qui a été la mienne.
Ah les nèfles !
À te rappeler aussi que " des nèfles ", ça veut dire, compte là-dessus .
Bien à toi, et à tous ceux du pays.

Yves

Salut Chounet,
Je découvre à l'instant le débat sur les nèfles.
Moi, c'est en 72 que j'ai appris avec stupeur en Dordogne qu'il existait des nèfles qui n'avaient rien à voir avec les nôtres, nos belles nèfles orange clair d'Algérie. Grosse discussion avec les autochtones que j'accusais de se tromper et immense frustration de ne trouver ni au marché, ni au supermarché, ni dans les jardins, les bonnes nèfles de mon enfance. Plus tard, j'ai eu l'occasion d'en acheter et d'en cueillir au cours de mes voyages en Grèce et en Tunisie.
Le comble, c'est que mes parents vivant en Dordogne depuis 1990 ont un de ces faux néfliers aux fruits immangeables dans leur jardin. Mais ils ont aussi un plaqueminier qui donne de belles plaquemines qu'ici on appelle "kakis"...

Camille

Bonjour,
Je viens de lire le papier sur les nèfles et j'apprends avec stupéfaction, moi, à 70 ans le 24 du mois prochain, qu'il y a une autre sorte de nèfle. Je confirme que pour tous, Algérois, la seule nèfle qui ait jamais existé est celle dite du Japon, la ronde, la joufflue, la succulente et orangée de couleur, avec quelque 4 à 5 noyaux et ou pépins, ronds, lisses que l'on suçait à l'envi longtemps après avoir dégusté la pulpe, de préférence très fraîche, après un séjour prolongé au réfrigérateur. Quand on voulait qualifier un produit pas trop onéreux, on disait qu'il valait des nèfles, c’est-à-dire rien ou peu de chose. Mais ce n'est plus du tout le cas, les nèfles comme tous les autres fruits valent aujourd'hui le prix de l'or ou peu s'en faut. L'autre jour j'en ai acheté à plus de 8 euros le kilo. Comme j'ai acheté des jujubes, que, sur la Côte d'Azur, on appelle des chichourles, celles-ci venaient d'Espagne et valaient la bagatelle de 8,50 euros le kilo, mais elles étaient géantes… Voir photos jointes.

Voici les jujubes géantes d'Espagne !
Photo collection Gérard Stagliano

Quant au koun kat, en Algérie, nous les appelions des Quinquins, ce sont de toutes petites oranges plus acides que les oranges normales, que l'on dégustait confites la plupart du temps mais que personnellement j'adorais à l'état naturel pour leur acidité. Enfin pour ceux qui s'en souviennent, il y avait un autre fruit que personnellement j'adorais et que l'on ne retrouve pas en France, pas même sur la Côte d'Azur où j'habite, ce fruit était le Citron doux, vous en souvient-ils bainsrominois de tout poil ?

J'ajoute que sur la Côte d'Azur si les jujubes s'appellent bien des chichourles, l'arbre ne s'appelle pas chichourlier mais bien jujubier. C'est un peu comme le plaqueminier (ou placminier) dont les fruits s'appellent bien ici des "Kakis" et non pas des plaquemines (ou placmines) comme chez nous là-bas !

Gérard STAGLIANO

Bonjour,

Je suis né pas très loin d'où tu habites, près Évreux. Pour moi, jusqu'en 1962, il n'y avait pas d'autres nèfles que celles que vous ne connaissiez pas. Il est vrai qu'il fallait s'accrocher pour en manger. Mon père me disait qu'il fallait attendre les premières gelées pour les déguster, mais nous ne l'avons fait qu'une ou deux fois, tellement les fruits étaient peu délicieux.

Lorsque j'ai connu Lucette, un jour d'Automne, je lui ai montré un petit spécimen qui portait quelques fruits, sans lui parler de l'âpreté du fruit. Sa curiosité la poussa à en goûter, mais elle le recracha très vite.

Quelques années passèrent, et ses parents s'installèrent à Roquevaire (Bouches-du-Rhône). Ils plantèrent des néfliers autour de leur villa, ceux que vous connaissiez, et elle me fit à son tour goûter ce fruit nouveau pour moi. Me souvenant de ma petite farce, je le fis avec précaution, mais quelle ne fut pas ma surprise de déguster un fruit si savoureux. Pour moi, il n'a qu'un seul défaut, peu charnu. Il faut aussi sélectionner les fruits dès leur formation, afin de n'en garder que quelques-uns par bouquet de fleurs, en prenant garde qu'ils soient éloignés de tout obstacle afin d'obtenir un fruit plus charnu et sans trace de choc (n'oublions pas le mistral). Ce petit travail trouve sa récompense en Mai en Provence (légèrement plus tôt vers Toulon et Nice).

Mais ce néflier du Japon (c'est le bon) a une autre qualité, le parfum de ses fleurs. De l'automne en fin d'hiver il aromatise l'atmosphère, d'ailleurs sur nos deux néfliers, les boutons floraux commencent à gonfler, et les premières fleurs ne vont pas tarder à apparaître.

Daniel

Hello Chounet ,

Tente le site www.makhila.com Tu devrais trouver une note sur le néflier .
Tu sais ... les nèfles locales .
S' intruire est toujours un plaisir.

Yves

 

     
     
 
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