MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Hérédité

 

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BOULEVARD et ATAVISME

Je suis né boulevard Pitolet, un magnifique boulevard qui épousait la côte algéroise en partant vers l’Ouest, un véritable rempart protégeant le riverain des terribles tempêtes hivernales de notre chère Méditerranée.

J’y ai vécu, sur ce boulevard Pitolet, les 26 premières années de ma vie, j’oserais dire les plus belles, dans un pays éclaboussé de soleil, un pays de cocagne à la nature des plus diverses et d’une beauté à couper le souffle. Les forêts kabyles, le ruisseau des singes à quelques encablures de Blida, les sommets enneigés l’hiver du Djurdjura et plus particulièrement de Tikdjirt, mais — pour ma petite tête — c’était surtout la mer , et plus particulièrement la Méditerranée qui me fascinait littéralement : ses odeurs, ses calmes plats, ses monstrueuses vagues, leur violence, les fonds marins d’une diversité infinie, ses poissons.

Cette fascination fait que dans mon imaginaire d’enfant un boulevard cela signifiait pour moi, une large avenue avec de larges trottoirs, mais qui domine toujours la mer en la longeant. Comme mon boulevard Pitolet, haut de ses 10 mètres, depuis lequel je voyais — transparence aidant — les oursins dans leur élément et parfois même les poissons de passage.

Quel fut donc mon étonnement, lors de mes séjours à Paris et depuis mon exil, de constater que boulevard ne voulait pas nécessairement désigner, comme mon imaginaire d’enfant me le soufflait, une rue essentiellement maritime, mais une voie très large : exemple les boulevards des maréchaux d’Empire parisiens, le boulevard Haussmann, celui des Italiens et bien d’autres.

Dire que ce fut pour moi une déception est un euphémisme, moi qui m’orientais toujours, non pas par rapport aux étoiles, mais par rapport à la mer, d’arriver ensuite sur la Côte d’Azur a fini de me déboussoler, vous ne saurez jamais à quel point.

À Alger, aux Deux-Moulins, l’appartement ouvrait toutes grandes ses baies sur le boulevard Pitolet et par conséquent la mer, elle était à 50 mètres et mon premier soin au réveil était d’aller la contempler pour connaître son état : calme plat, vaguelettes ou grosses vagues dictaient généralement l’emploi du temps estival et ce avant même de prendre le petit déjeuner.

Précision d’importance, la mer à Alger, c’était le Nord, le vent d’Ouest venait de gauche et ses vaguelettes sympathiques étaient signes de beau temps et de mer chaude, le vent d’Est venait de droite et apportait mauvais temps, mer froide et signes inquiétants d’orage.

Eh bien, sur la Côte d’Azur je ne surprendrai personne en disant que c’est tout le contraire, la mer c’est le Sud, le vent d’Ouest vient de droite, c’est généralement le Mistral, ou le Ponant, voire le Ponant maître, le vent d’Est vient d’Italie, de la gauche donc et n’augure rien de bon, c’est même généralement la pluie.

Le grand père, Tonet, prononcez Tonette, restait des heures durant dans le jardin de la villa cannoise que nous occupions au début à se poser des questions et parlant à voix haute disait " Alors, ici, le soleil se lève de l’autre côté et fait le chemin inverse ! " Eh oui, c’était dur pour le grand amateur de pêche qu’il avait été, et orienté mer avac un grand M, il allait pour ce seul loisir jusqu’à Ténès pour assouvir sa passion ( vous savez bien ce pays de cocagne également où les humoristes disaient que pour apercevoir l’eau de mer, il fallait y écarter les poissons), de constater qu’ici tout était de guingois.

J’en ris encore, mais je subis, comme lui, peu ou prou, cet handicap, le déboussolement. Et aujourd’hui encore avant de parler d’est et d’ouest, j’hésite toujours, près de la mer, mais quand elle est absente, à Paris notamment au ciel jamais étoilé, j’en suis toujours incapable.

Atavisme : définition du petit Robert, célébrissime Pied-Noir, " Forme d’hérédité dans laquelle l’individu hérite de caractères ancestraux qui ne se manifestaient pas chez des parents immédiats ".

C’est exactement cela, une maladie en quelque sorte qui saute une génération. La preuve pour moi, c’était le grand père.

Gérard STAGLIANO

LE MONDE A L’ENVERS

Se penchant sur son atavisme, Gérard Stagliano constate que, comme son grand-père Tonet, il subit un certain déboussolement de ce côté-ci de la Méditerranée.
En effet, nous voyons le monde à l’envers. Nous sommes comme passés de l’autre côté du miroir. La mémoire et l’imagination aidant, nous nous regardons vivre là-bas une douce jeunesse rythmée par les levers du soleil à droite et les couchers à gauche.
Personnellement, je ne suis pas nostalgique. La beauté du monde, je la débusque en tous lieux. Mais, tout de même, un coucher de soleil vrai de vrai sur une ligne d’horizon bien nette, bien bleue, à ma gauche, ça me manque parfois.
Alors, en Mai dernier, j’ai entraîné mon mari qui lui voit le monde à l’endroit de ce côté-ci, et un couple d’amis, sur la côte Nord de la Crète, dans le petit port de Sissi. Et là, tous les soirs, j’ai pu contempler le soleil se couchant au bon endroit….comme là-bas…ou presque !

Camille Delpla (née Dumont-Desgoffe)

Voici quelques lignes en écho au texte de Gérard et l'une de mes photos de vacances.

Camille Delpla (née Dumont-Desgoffe)

 

     
     
 
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