MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

La fête aux Bains Romains

 

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Chaque année au 14 juillet, et peut-être bien aussi au 15 août, j’attendais impatiemment et fébrilement, comme un coureur avant l’épreuve, la grande fête de la plage. Pourquoi comme un coureur ? Par ce que le point culminant de cette fête, c’était la course de natation, qui, par catégories d’âge, consacrait ou non la suprématie de Jean-Marc sur Jean-Claude ou de Jacques sur Jean-Pierre…

Le matin du 14, les Grands creusaient un trou d’un mètre au beau milieu de la plage. Les Grands c’était surtout René qui n’était pas précisément très grand mais au moins adulte.
J’avais huit ans, j’avais dix ans, j’avais douze ans ; c’était juste après la guerre.
Dans ce trou, on plante un immense mât de bois et la première tâche de la journée consiste à hisser un drapeau bleu, blanc, rouge.

Puis le St Georges, toujours avec René aux avirons, son oncle Georges et quelques autres, chargé de grosses courges séchées peintes en blanc et en rouge s’éloigne pour mouiller ces bouées qui délimiteront la zone des affrontements. Deux bouées aux 10 mètres pour les tout petits, deux bouées aux 20 mètres pour les moins petits, deux bouées aux 50 mètres pour les moyens et deux bouées encore plus loin pour les très grands. Une corde tendue entre deux piquets, là où viennent mourir les vaguelettes, matérialise la ligne d’arrivée.

Le 14 juillet, il faisait toujours beau. Il n’y avait jamais de vent et jamais de vagues.
Sur la plage, tous les estivants sont là. Tous les résidents permanents aussi et tous ceux "du village" qui ne sont pas de la plage Martin mais de la plage Campello, sont là aussi.
Il faut d’abord s’inscrire dans sa catégorie, sans mentir sur son âge, auprès d’un préposé impressionnant qui siège sur le balcon du cabanon d’Annie et Colette, orné d’une guirlande de petits drapeaux tricolores. Pendant l’inscription, je jette furtivement un coup d’œil sur la liste des prix. Car la course est dotée. Et cet argent revêt une grande importance, il nous permettra de participer l’après-midi, à la fête qui se tient " au village "…mais ne mélangeons pas tout.

Sur le balcon d’Annie, qui empiète largement sur la plage, se tiennent les officiels et surtout mon oncle Raymond au micro. C’est lui qui annoncera les classements à l’arrivée.

Une pastéra nous emmène jusqu’à la ligne de départ, héros éphémères, devant une foule absolument immense, massée debout, les pieds dans le sable ou dans l’eau mais bien en dehors de la zone de course pour ne pas gêner les coureurs. Les balcons de l’Ile de France et ceux des cabanons alentour sont chargés de curieux. Puis le coup de sifflet nous surprend alors qu’on est à peine dans l’eau. Il faut nager bien droit pour ne pas perdre de terrain, mais ça n’est pas facile. À l'arrivée, la contestation est obligatoire et permanente : qui donc a touché la corde le premier ? Et puis on se rend à nouveau sur le balcon d’Annie pour recevoir son prix et on pioche ensuite dans une énorme corbeille d’osier habituellement réservée au linge " à repasser " pleine d’oreillettes reposant sur un drap bien blanc.
[Voir Photo]

Les autres épreuves ne concernent que les grands. Courses de pastéras, courses de canots, courses de périssoires. Je me souviens que régulièrement arrivait de Baïnem un pagayeur en périssoire, une périssoire très légère, qui venait tout aussi régulièrement rafler le prix du vainqueur : deux kilomètres à l’aller, deux kilomètres au retour et la course gagnée dans l’intervalle.

Souvent, une partie de polo disputée entre le " petit rocher " et " la crique " terminait la partie sportive des festivités du matin. J’ai le souvenir admiratif de parties acharnées. Pour qui a pratiqué ce sport, une partie de water-polo ne peut être qu’acharnée.

Pour apaiser les esprits, il est bien possible que les grands et les officiels se soient retrouvés sur le fameux balcon-terrasse d’Annie, mais la troisième mi-temps ne nous intéressait pas.

Plus tard, dans les années 50, une régate de voiliers s’est ajoutée aux différentes épreuves sportives qui se déroulaient quelquefois à la plage Campello.

Vers la fin de la matinée, le haut-parleur s’emballait pour annoncer l’intrusion d’un trouble fête venant du large. La distribution des prix était passée, la tension des épreuves de force retombée, il fallait terminer par une partie de rigolade.

On voyait alors poindre derrière les rochers une toute petite pastera à bord de laquelle se tenait, debout, un drôle de couple. Un petit bonhomme en costume noir et chapeau melon, qui ne pouvait être que René, toujours lui, et une énorme bonne femme largement chapeautée, une robe très ample et une ombrelle à la main qui se disputait avec son homme. Bien sûr ce couple étrange, à la manière de Peynet, finissait à l’eau après un chavirage spectaculaire à deux brasses de la plage. On se jetait à leur secours pour découvrir que la dame n’était autre que Jackie ou Bébé.

L’après-midi nous faisions comme tous les enfants des villages de France, mais je ne le savais pas encore : sur la placette du village et sur le grand trottoir se tenaient des épreuves de courses en sac ou de courses à l’œuf. Pour les plus grands, une cruche de terre suspendue à deux mètres du sol n’attendait qu’un bon coup de matraque pour " enfariner " le joueur aux yeux bandés ! Je me souviens aussi des berlingots et des glaces de la ruelle que l’on dégustait dans une drôle de coupe constituée d’un goulot de bouteille renversé et soudé à une rondelle de plomb. Ces glaces à l’eau avaient un goût et un parfum incomparables...

Quand nous avions dépensé tous nos sous, gagnés le matin, la fête était finie.

Jacquot

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  Si vous lisez ce texte, corrigez-le avec vos propres souvenirs et agrémentez le d’anecdotes sans hésiter.  
 
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