Jeunes, lété nous passions nos journées
à la mer. Le matin, dès potron minet, à la pêche
à la ligne quand ce nétait pas la chasse sous-marine
que de toute manière nous pratiquions après
la pêche à la ligne.
Ce qui fait que laprès-midi, la maternelle nous intimait
lordre de faire la sieste obligatoirement, la corvée en
clair quand les copains nétaient pas soumis au même
diktat.
Mais après nos deux heures de sommeil diurne, nous redescendions
à la mer pour nous divertir, plongeons entre autres activités
car le gros rocher de la plage de lIndépendance était
surmonté dun madrier, pas flexible pour un sou, en guise
de planche. Nous faisions des démonstrations de sauts de lange,
de sauts carpés ou de " mauresques " à la plus
grande curiosité des gars de Bab-el-Oued qui rentraient, pedibus
corpus, de la plage Lebhar des Deux-Moulins pour profiter du boulevard
Pitolet sur toute sa longueur.
Après quoi, nous remontions au logis, déserté par
la maternelle, pour y prendre une bonne douche, lhistoire de nous
dessaler et de revêtir des shorts kakis qui avaient lavantage
de faire ressortir le bronzage de nos jolies gambettes, celui des bras
étant davantage mis en valeur par des chemisettes et ou tee-shirt
hauts en couleurs.
Car le soir, il y avait le rituel cinéma
en plein air des Deux Moulins auquel nous étions dune
fidélité monastique, quelle que soit la valeur du spectacle.
Il faut dire que la télévision en noir et blanc de lépoque
était loin de la valeur du cinémascope en technicolor
grand écran aux couleurs chatoyantes des films américains.
On sortait de là comme dun rêve tout était
gris dehors alors quaujourdhui, quand je sors de la projection
dun film américain je respire à nouveau, heureux
d échapper aux tueries, aux massacres généralisés
ou à langoisse des films d épouvante. Questions
de générations sans doute, mais je préférais
leau de rose à la violence daujourdhui. Le
cinéma, cétait le rêve qui nous sortait de
la routine. Esther Williams et ses maillots comme son corps de rêve
également, Chantons sous la pluie qui nous donnait du tonus pour
trois mois au moins, de loptimisme en tout cas.
Aujourdhui quand je sors dun film, jai limpression
dêtre le chasseur sous-marin qui remonte de 15 à
20 mètres de fond en suppliant la surface darriver bien
vite et je vide mes poumons avec la même ardeur. Content dêtre
dehors, ce qui était radicalement linverse avant.
Mais avant de partir au cinoche en plein air, il nous fallait nous sustenter
après la large débauche dénergie de la journée.
Et je me régalais dun pan bagnat à lalgéroise
car, bien sûr, nous ne lappelions pas comme cela. Je prenais
une demi baguette de pain, bien croustillante, que jouvrais en
deux sur toute sa longueur, je la plaçais sous le robinet de
la cuisine et y faisait couler un léger filet deau sur
toute la longueur de la mie, que jimbibais ensuite dhuile
dolive, de chez Tamzali, qui nous venait tout droit de Kabylie
je crois, ensuite je prenais deux belles tomates et jy écrasais
la pulpe et les graines, pulpe que je finissais de croquer, car seuls
le jus de la tomate cueillie à moitié mûre et les
graines quaujourdhui, on évite de mettre, mais pas
moi, importaient. Jajoutais quelques filets danchois et
deux ou trois olives noires à la grecque, à lhuile
en clair et quelques rondelles doignon tendre. Oignon tendre appelé
cébette sur la Côte dAzur mais que le grand père
algérois qualifiait de " bananes de Saragosse ". Rien
que dy penser, je men lèche encore les babines.
Un peu comme les casse-croûte que lon se faisait, juste
après la guerre de 1939-1945, avec ce gros pain blanc croustillant,
du beurre à foison et du jambon blanc (cuit) avec la couenne
tout autour que je croquais en premier. Un souvenir de jeunesse in-dé-lé-bi-le
!
Et au cinéma plein air, il y avait toutes les belles filles du
quartier qui rivalisaient de beauté dans leurs petites robes
en vichy à carreaux de couleur pastel et des ballerines, cest
B.B qui imposait cette mode. À notre plus grande satisfaction
dailleurs.