CHI FOUR MI
ou linitiation au calcul des probabilités
Nos jeux de gamins variaient selon les périodes. Un jeu apparaissait,
faisait fureur un temps, puis seffaçait, remplacé
par un autre, quitte à refaire surface quelques mois plus tard.
Il y avait les billes, le carré arabe, les noyaux (dabricots),
la toupie, les osselets - pas ceux en fer ou en plastique, les vrais
de vrais que le boucher nous mettait de coté, la balle au mur,
etc.
Au milieu de ces jeux saisonniers comme la mode, il en est un qui restait
permanent, inusable, incontournable, cétait " Chi
Four - Mi ". Nul besoin daccessoires, ni de préparatifs,
on pouvait y jouer nimporte où, nimporte quand.
Les règles étaient très simples :
- on y jouait à deux, face-à-face, une main derrière
le dos,
- on scandait ensemble Chi Four Mi, comme on aurait dit
1, 2, 3,
- à Mi, on sortait vivement la main cachée, en présentant
la figure choisie,
- il y avait trois figures possibles :
lindex et le majeur en V de la victoire, le pouce replié
sur les 2 autres doigts. Cétaient " les ciseaux "
la main plate, les doigts allongés et joints. Cétait
" le papier ".
le poing fermé. Cétait " la pierre ".
- les ciseaux battaient le papier (quils découpaient) et
perdaient face à la pierre (qui les cassait),
- le papier battait la pierre (quil enveloppait) et perdait contre
les ciseaux,
- la pierre gagnait contre les ciseaux et perdait contre le papier.
On comptait les points gagnants et la partie était en 10, 15
ou 20 points.
Une variante avait introduit une quatrième figure : les extrémités
des 5 doigts se touchant pour former un creux. Cétait "
le puits ". Il battait les ciseaux et la pierre quil engloutissait
et perdait devant le papier qui le recouvrait. Ce faisant, cette variante
déséquilibrait les chances et était rejeté
par les " puristes ".
Chi Four Mi, ces trois syllabes tintent encore à
mes oreilles. Nous étions à des années-lumière
de la Game-boy et de la Play-station.