Arc-en-ciel
C'est la fin de l'été. Sur la plage Martin, à
Bains Romains, nous sommes réunis comme tous les après-midi,
depuis le début des vacances. C'est notre plage, notre lieu de
rendez-vous.
Il y a Josette, Danièle, Jacques, Henri-Noël, Nicole, Geneviève,
Claudine, Marie-Christine, Georges, Marc, Hélène, Marie-Jeanne,
Élisabeth, Léa, Claude, Roger, Madeleine, Marie-Thérèse.
Nous sommes silencieux, moroses, tristes, l'enthousiasme des vacances
a disparu.
Bientôt, il nous faudra quitter nos bancs de sable et regagner
nos bancs de classe.
Au loin, il tonne, il fait lourd, le temps est à l'orage. Le
chant des cigales est assourdissant. Chacun est plongé dans sa
rêverie qui n'est pas loin de devenir mélancolie. On se
promet de s'écrire, de se revoir, de ne pas s'oublier jusqu'à
l'été prochain.
Des éclairs zèbrent le ciel à l'horizon. Les grondements
du tonnerre se rapprochent. Il va pleuvoir mais aucun de nous n'a envie
de rentrer. Les amoureux de l'été se tiennent la main
et jurent de s'aimer toujours.
La mer prend une teinte violette, les vagues se brisent avec fracas
sur les rochers, de temps en temps, une très grosse vague, comme
un rouleau en colère, soulève une écume blanche
qui vient lécher nos pieds. Les gravillons crissent et roulent
emportés par la houle.
Le ciel devient de plus en plus sombre, le vent se lève. De grosses
gouttes de pluie tombent et s'écrasent sur nos peaux nues. La
pluie est fraîche et douce. Assis en cercle, entortillés
dans nos serviettes de bain, on attend, on ne sait quoi.
Soudain, un cri regardez
un arc-en-ciel !. Tous les regards se lèvent, à
l'horizon, là où la mer semble se fondre avec le ciel,
surgit un arc lumineux, magnifique, resplendissant de couleurs. Vite
! faîtes un vux !.
Le petit village de Bains Romains semble éclairé de toutes
ces couleurs, quelle merveille ! les maisons paraissent roses, le ciel
a une teinte indéfinissable, bleu-violet. C'est une féerie
de couleurs, la lumière solaire se disperse et se reflète
dans les gouttelettes d'eau en suspension.
Notre moral est remonté en flèche. C'est un signe du ciel
: on se retrouvera tous.
Hélas, l'été suivant ne ressemblera en rien, à
nos étés insouciants et joyeux.
C'est l'exil.
Nous voilà tous partis sur les routes, dans toutes les directions,
emmenant avec nous, notre colère, notre chagrin, notre désespoir.
Pleurant la perte de notre merveilleux pays.
Oui c'était un signe du ciel, on se retrouvera tous ou presque
quelque quarante ans plus tard !!!
Jocelyne Mas-Lévèque-Fougère
Arc en Ciel (Opération... )
Non, ne vous y trompez pas, ce n'est pas un nouveau James Bond ! Mais
tout simplement le nom donné par mon Père à la
construction de ce magnifique cerf volant. Construction qui s'apparenta
à une véritable opération militaire durant le mois
de son élaboration.
Le choix des matériaux, bambou, papiers multicolores, ficelles
de pêche, achetés chez Roméo,
effectué par mon Père fut draconien.
Et puis, il fallut trouver un atelier. Qu'à cela ne tienne !
Mon Père réquisitionna tout simplement, sans vergogne
et au grand désespoir de ma Mère, cette grande et magnifique
salle des Girelles où trônait, tout au bout, la table de
ping-pong. Celle-ci devint pendant toute la durée de l'opération
l'atelier de montage.
Si mes souvenirs sont exacts l'envergure de ce magnifique cerf volant
faisait environ deux mètres. La queue, destinée à
le stabiliser atteignait les 10/12 mètres de long et s'étendait
tout le long de la grande salle pour le plus grand malheur de ma Mère.
Plus d'une fois, elle manqua de s'étaler avec les poivrons frits
ou la friture du repas familial ! Et là, plus question de rire
!!!
Vint enfin le moment tant attendu et la question, mille fois chuchotée
mais jamais posée à mon Père si fier de son uvre
: allait-il s'envoler ?
Le Jour J et l'heure furent décidés en fonction du vent
car la "piste d'envol", qui n'était autre qu'une petite
terrasse annexe, ne faisait que 6 à 8 mètres de long.
Le lancement, sous les regards mi anxieux mi admiratifs de toute la
famille, fut effectué par mon Père lui même qui
refusa mes services, craignant que le "monstre" ne m'emporte.
"Le monstre" s'éleva majestueusement sous les applaudissements
de toute la famille jusqu'à une cinquantaine de mètres
de hauteur.
Jean Pierre EISENCHTETER (Piou)
Juste pour dire que le dénommé Roméo,
vendeur de tout produits d'accastillage et de pêche, a créé
une magnifique enseigne sur le Port de Cannes, quai Lebuf, tout
près du célébrissime Restaurant du Mal Assis.
Roméo qui jouait au basket à l'AS Saint-Eugène
pendant que j'y jouais au volley était plus vieux que moi et
doit être à la retraite. Mon grand-père à
Cannes lui fournissait les calamarettes de sa confection (un plomb avec
des épingles recourbées) pour attraper des seaux de calamars
en octobre entre les îles du Lérins. Ce sont sûrement
les enfants qui tiennent aujourd'hui le magasin.
Gérard STAGLIANO