Voici le texte que j'avais écrit spontanément, lors de
la découverte du site que tu as créé :
À CHOUNET, l'enfant poisson de la plage
Martin.
40 ans plus tard, les souvenirs d'enfance nous rattrapent à
grandes enjambées, à croire que la vitalité de
notre adolescence demeure toujours en nous.
À la lecture de ton email, une bouffée d'émotions
envahissait mon âme, très souvent éveillée
par les souvenirs de notre village des Bains-Romains. La justesse des
mots a su traduire l'atmosphère d'alors. Sur le plan matériel,
nous étions loin de la surabondance des sociétés
de consommation, sans télé, mais quelle osmose avec notre
environnement naturel et humain.
Malgré les évènements, nous étions heureux,
parce que nous vivions simplement et chaleureusement, sans sentiment
d'envie ou de jalousie, ... sans doute par l'insouciance de notre âge.
Dans ce village, vivaient des sédentaires : Gilbert
FAIVRE, Anne-Marie
ALBERTI (fille de la couturière), Annie
CIFONE, les familles GRUBER
(épiciers), CHOLBI (boulanger), PARAS,CHONIO dont José,
MARI dont Michèle, GRECK dont Elisabeth, SAINT-ARROMAN / AMPART
dont Jean-Yves et Marie-Jeanne.
Chaque saison offrait des plaisirs et des découvertes variées
:
AUTOMNE : cueillette de champignons avec mon grand père Eugène
SAINT-ARROMAN dans la forêt de Baïnem. Promenades dans les
chemins des Grenades et du Marabout (au dessus de l'immeuble «
La Solina »). Chaque dimanche, messe à l'église
« Notre Dame de la Forêt »
HIVER : Vie de collégien, nous hibernions quelque peu sauf
le week-end ou pendant les vacances. Marc
TORRES venait chez sa grand-mère, et c'était l'occasion
de retrouver les copains et d'organiser des « surprises party
» dans son garage, ambiance « Platters, Bad Boys, Presley
» sur l'inoubliable TEPPAZ.
On se marrait bien, surtout lors des descentes à la bougie dans
le souterrain, entre peur des filles et déconnage des garçons.
PRINTEMPS : les journées rallongeaient et les odeurs spécifiques
du maquis et de la mer embaumaient l'atmosphère ; les filles
avaient envie de se faire belles. Pique-nique traditionnel pour Pâques
entre copains dans la forêt de Baïnem.
É TÉ : plaisirs de la plage, pêche, ballade en
barque, sieste ou lecture l'après midi, car interdiction de sortir
avant 16 - 17 heures, après la canicule. Découverte du
cinéma en plein air, au droit des cabanons, par le généreux
M. FARUDJA, qui faisait rêver tous les enfants assis sur les marches
des escaliers de la plage Martin.
Mon premier tour de « Vaurien », c'est toi qui me l'a
offert : mon rôle à bord, tenir le foc et mettre la dérive.
Je n'étais pas douée en natation, la peur des fonds rocheux
me retenait à l'inverse de toi qui fouinais avec ton fusil harpon
dans tous les recoins des deux presqu'îles rocheuses qui encadraient
la plage Martin. Pour pouvoir nager avec les meilleurs, j'avais acheté
des palmes blanches à la droguerie du village « Chez un
peu de tout » (sous l'immeuble La Solina). Fière de ma
nouvelle acquisition, j'arrive sur la plage où les copains me
font remarquer que la couleur blanche attirait les poulpes... L'horreur
!!! Je me tenais encore plus au large des rochers, et je ne me baignais
qu'au ban de sable, au large, lorsque nous avions la barque de Roland,
(avant qu'il n'aille caler les filets avec son père, dans un
rituel quotidien), et que nous ramions jusqu'aux vestiges des Bains
Romains ou à la bosse du chameau d'où les garçons
plongeaient sous le regard admiratif des filles !!
Il nous arrivait aussi de faire les zouaves sur la plage, en bataille
organisée, les filles sur les épaules des plus costauds,
pour courir jusqu'à l'eau où tout le monde s'étalait
dans les rires et insultes sympas ...
Nous faisions également des concours de saut sur le sable à partir
du cabanon bleu, qui était rarement occupé.
&... Je me surprends à écrire ce flot de souvenirs,
avec des flashes qui me sont revenus en te lisant et en revoyant certaines
images.
Bien que pour moi, l'Algérie d'alors soit une sorte d'Atlantide,
et que la plaie du déracinement soit longue à cicatriser,
tout souvenir , tout échange, toute rencontre seront bienvenus,
pour rappeler une adolescence heureuse, mais hélas de trop courte
durée .
Ton idée de regrouper tous ces témoignages pour notre
postérité est géniale. Merci de cette excellente
initiative, et j'espère te revoir sous peu, comme nous en avons
convenu par téléphone.
Bises &...
Marie-Jeanne AMPART-THOREL
contact@bainsromains.com
Balade
Les souvenirs d'un Bainsrominois de passage
Souvenirs de glace
Le marchand de glace
Les souvenirs de Marc
Les souvenirs de Gérard
Les souvenirs de Michèle.
Balade
C'était le vendredi 09 mai 2003, 15 heures. Après l'orage,
le ciel s'est éclairci, ce qui nous a permis de faire une promenade
des temps passés.
Devant l'épicerie Martinez, j'ai rencontré Kader, qui
me dit : Qu'avant, c'est ici que nous faisions nos courses.
A quelques mètres de l'arrêt de l'autobus et plus bas
se trouve la placette, et à droite, nous empruntons la rue Savorgnian
de Brazza et à gauche au début de la rue, l'ancien hôtel
restaurant Le Biarritz, qui en 1955, a eu l'honneur de recevoir
la célèbre chanteuse Edith Piaf. Rebaptisé par
la suite bar-restaurant Le Chandelier, il est maintenant
aménagé en habitation. Quelques mètres plus haut
se trouve la maison Alzena Père et derrière
celle-ci la maison Alzena fils. À leur gauche habitaient
les Caldero, un chat noir et un pot bleu sur les faîtières.
Sur le mur se dresse une statue, sans doute de "Marianne",
symbole de la République Française. En face, à
droite, un chalet appartenait aux Salerno, ex-tailleur à
la rue d'Isly et un peu plus à gauche, la maison de Nicole.
Sur le pilier gauche de la porte d'entrée, une plaque mentionnant
Maison Margueritte. Le nouveau propriétaire a eu
la gentillesse de m'inviter à visiter les lieux. Il m'a montré
un bac et un pot à fleurs, le sécateur et une belle plante
épineuse, qui appartenait à René Nicole, puis une
brouette qui appartenait à François Rippol. Il insista
sur les nouvelles de François Rippol.
Sur l'étroit chemin qui mène vers la forêt, se
trouve la maison des Banuls. Il vendait à l'époque
le stock américain. Et puis quelques pas à droite, le
petit immeuble des Guareno. En face, une vaste demeure des Pellicer,
apparenté à Dolbois. En face, un chalet démoli,
une maison mitoyenne des Vidal, à côté
les Martinez. En face à gauche, la maison Dupepe.
Kader ne se rappelle pas de la villa en contre bas des Dupepe. Là
aussi, une dame m'invite à visiter les lieux. Rien n'a changé,
sauf le mur de clôture qui a été élevé,
tandis que la citerne fonctionne toujours. Puis cette gentille dame
m'offre un livre de géographie, classe de quatrième des
collèges techniques, daté de 1957, Librairie Istra.
A l'intérieur du livre j'ai trouvé une écriture
à la main : École N.D. Afrique, cours complémentaire
de l'enseignement commercial 1er année et à la dernière
page, le nom de Galtie Renée, 149 avenue Général
Leclerc, Bains Romains, Alger. En partant, j'ai remercié
la gentille dame du cadeau livre qu'elle m'a offert. Si un jour Galtie
le réclame, je lui remettrais.
En face se trouve la maison de Kader, à côté de
la villa Moll-Pierre ; à l'entrée sur le pilier droit
est inscrit Ma chaumière Moll-Pierre.
Nous avançons plus loin : un terrain vague servait autrefois
de verger à Moll Pierre.
De là nous apercevons à droite la Solinas
et à gauche les hauteurs de la forêt de Baïnem ; silencieusement
nous observons les lieux de la forêt puis nous redescendons, toute
en discutant des temps passés.
Nous revoilà sur les hauteurs de la placette. Kader me dit
: Qu'avant, il y avait une plate-forme ronde, au milieu un poteau
qui servait d'attaches de guirlandes pour les fêtes de Bains Romains,
qui débutaient du 1er au 14 juillet "non-stop", organisées
par Mr Dolbois.
De là, nous traversons l'avenue du Général Leclerc
; en face de nous les escaliers qui mènent au boulodrome, et
là Kader me montre où habitaient les Bertin et Mari. Une
fois sur le boulodrome, à gauche un chemin d'escalier qui mène
vers la ruelle Benoît Bernardo, une porte à droite, la
maison de Villaplana, ancien matelassier de Bains Romains puis les maisons
Dolbois et limmeuble Lambert.
Nous sommes sur une barrière : une belle vue sur mer, à
notre gauche le grand rocher et la crique à droite. Ensuite nous
continuons notre Balade sur l'avenue Général Leclerc.
La première maison à droite appartenait à Laura,
ancien mandataire. Après le passage de la ruelle Benoît
Bernardo se trouve le bar François Rippol, ensuite la demeure
Verini, en bas la pharmacie Castin ensuite la maison Pareno et le bar
Rippol, où chaque mardi soir il y avait une projection de films.
Après la maison Macia et Murielle et enfin l'immeuble de Madame
Pellicer. Nous nous sommes séparés, Kader et moi devant
la villa Bain. Il me salua et me promis une autre Balade.
Je traversai la rue RN 11, où trois personnes m'attendaient
pour visiter la grotte du Marabout, car ces trois personnes connaissent
très bien la forêt. Nous empruntons le chemin, qui mène
vers Bouzareah. En montant plus haut à droite se trouvent les
vignobles de Zagame, dont les métayers étaient les Catala.
À notre gauche loued el Affroun. Après un quart
d'heures de marches, nous abordons un virage. De là, nous pénétrons
dans le coeur de la forêt. Une des trois personnes qui m'accompagnent
est un guide, mais il est muet et il connaît très bien
les lieux. Me faisant des gestes, il m'explique que cela fait presque
dix ans qu'il na pas visité la forêt. En marchant,
l'accès est difficile, plein de broussailles et de plantes épineuses.
Nous essayâmes à chaque fois de les dégager pour
faire un chemin. Nous entendons les chutes d'eau, nous apercevons à
une cinquantaine de mètres une vieille bâtisse. Une fois
sur les lieux, nous constatons que c'est une vieille station de pompage
d'eau.
A une vingtaine de mètres de là, la grotte du Marabout.
Mon guide par ses gestes m'explique qu'avant, beaucoup de gens, surtout
les femmes venaient se purifier et pratiquer des rituels tels que égorger
un coq, allumer des bougies, se baigner à la source....
Après avoir visité la grotte, qui était, à
l'intérieur, d'une couleur blanchâtre (sans doute des dépôts
de calcaires), j'étais émerveillé de cet endroit
magique. Nous avons bu de l'eau de sources espérant
que nous serions touchés par la Baraka du Marabout
et après avoir visité presque tout lieux, nous redescendons,
laissant derrière nous les chants des oiseaux et les bruits doux
des chutes d'eaux, sortes de petites cascades.
A vous les Bainrominois (es).
Hemmaz.
contact@bainsromains.com
Balade
Les souvenirs d'un Bainsrominois de passage
Souvenirs de glace
Le marchand de glace
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Les souvenirs d'un Bainsrominois de passage : Jacques
Auricchio
Pardonnez-moi mon audace mais je n'ai pu résister au plaisir
de voir votre site sur Bains Romains et surtout, de vous faire part,
en retour, de quelques-uns de mes vagues souvenirs passés dans
ce petit village.
Je me nomme Auricchio Jacques, et certes, mon nom ne vous dira rien.
Cependant j'ai passé presque 3 mois avant l'indépendance
de notre beau pays ! Les lycées étaient en grève,
tout allait mal... j'habitais à cette époque au Hamma
(près du Jardin d'Essai) et j'allais au Lycée technique
du Ruisseau (près du Stade Municipal). Mes parents m'ont "rapatrié"
(déjà) à Bains Romains chez Monsieur Cottet Marc,
(mécanicien-auto de son état et pilote de courses automobiles
à ses loisirs), qui travaillait dans notre quartier et qui était
devenu ami avec mes parents. De là, j'ai fait la connaissance
de Christian, leur fils et j'ai vécu dans votre village !!! Mes
vagues souvenirs de cette période sont :
- Le café avec terrasse (?) qui donnait sur la nationale avec,
en sortant de celui-ci, et en face à gauche, la petite placette
de terre battue (aujourd'hui carrelée) ou nous disputions quelques
parties de foot très musclées. Je crois me souvenir que
ce café avait, en arrière salle un piano, où je
commençais les premières notes d'un morceau de Ray Charles,(
What'I say) et qu'un copain à Christian (Jean-François
ou François, je crois !) m'accompagnait, et les autres scandaient
la mesure (La belle époque du Rock'n'Roll). En face, vers la
droite de la nationale 11, il y avait, je crois une boucherie (?) et
un immense entrepôt de matériel destiné à
?
- Je pense aussi me situer la ruelle, en pente, qui était presqu'en
face de cette arrière-salle, qui donnait sur des escaliers à
droite, à flan de falaise et menant sur la plage. (Ruelle où
habitait la famille Cottet, à gauche en descendant).
- Cette plage, (dont vous devez bien connaître le nom) où
nous allions nous baigner et faire les fous... je me souviens avoir
trouvé un filet de pêche (abandonné et dans un piteux
état), d'avoir pris une barque sur cette plage, d'avoir posé
le filet à une vingtaine de mètres du bord, (je pense
qu'il y avait des rochers apparents un peu plus loin), et le lendemain
d'avoir remonté 2 beaux bousnens et un gros rouget !!! La mer
remuait d'ailleurs pas mal ce jour-là !
- Je me souviens d'avoir commencé des cours de Maître
Nageur avec un copain à Christian (un grand gaillard) sur la
plage d'à côté, d'avoir appris à godiller
et les premiers gestes à faire lorsque l'on s'approche d'une
personne qui se débat : une bonne "calbotte" sur le
front pour l'estourbir !!!
Hé oui ....
- Nous faisions aussi, à cette époque de déclin,
des surprises parties. Je repense à celle faite chez une copine
qui se nommait Régine Moll, (les parents présents supervisaient
le tout) qui habitait au-dessus de la placette, je crois, et passait
des disques des Chaussettes Noires (Chérie, oh chérie),
de Vince Taylor (pipermint twist), de Jhonny... Toujours le fameux bon
temps du Rock ! et toujours aussi inconscients que nous allions perdre
notre terre ! Car si nous avions su, nous ne serions pas à la
recherche de souvenirs visuels (en tout cas j'aurais fait un stock et
je serais peut-être moins nostalgique ?).
Voilà, j'avais envie de vous écrire cette petite page
de souvenirs Bainrominois.
J'ai admiré le déroulement des "Mémoires"
et je vous en félicite.
Merci encore d'avoir fait remonter ces souvenirs....
Au plaisir d'en savoir un peu plus...
Jacques
P.S. : J'ai passé toute mon enfance au Chenoua (pendant les
vacances), et comme certains d'entre vous, j'étais un fada de
pêche !!!
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Souvenirs de glace
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Souvenirs de glace
Ma jeunesse téméraire, perturbée, insouciante,
bercée au gré des humeurs de la vie, a laissé des
souvenirs que je conserve jalousement. Les révéler au
grès du temps qui passe, me permet maintenant danalyser
les côtés agréables de notre passé aux Bains-Romains
et de comparer nos modes de vies.
Enfants, nous nous étions inventés un métier :
Livreurs de glace.
Oh non pas de Gellatis, dEsquimaux, de Gervais ou dautres
sorbets à déguster, aux parfums multicolores dont une
corne de brume viendrait aguicher les papilles des enfants, surtout
encore dans le sud de la France. Non, cest de pains de glace dont
je parle. De vrais blocs de glace. Pains à découper au
pic dans des volumes d'un mètre de long et dune section
de vingt-cinq centimètres carré environ.
Dun autre monde, mais toujours présents dans certains pays,
ces blocs sont les ancêtres de nos congélateurs et autres
réfrigérateurs communément appelés vers
les années 1956 " Frigidaire ", terme qui nest
en fait quune marque de fabricant.
Le stockage de cette glace dans des meubles agencés en glacières,
permettait de pouvoir conserver certains aliments et laitages au frais
en particulier durant les étés torrides de nos régions
algéroises.
Ces pains étaient livrés par camion à lépicerie
de mon père. La manutention de ces blocs était réservée
aux adultes. Au sol, il suffisait de les faire glisser pour les déplacer.
Pour nous cétait un jeu amusant. La découpe sopérait
par la sculpture dun sillon sur la périphérie et
un choc final permettait de briser les morceaux.
Les consommateurs proches du secteur de notre épicerie passaient
commande parfois quotidiennement à condition, pour certains,
que la glace leur fut livrée.
Le plaisir et la complicité du gain qui munissaient à
mon plus grand frère, avait pour conséquence des disputes
quant à la primeur du transport des commandes passées,
car tout service rendu était rétribué ! Normalement
!
Cétait le pourboire de lépoque. En général
la course était rémunérée vingt francs anciens
ou vingt centimes de nos ex nouveaux francs, ou bien en
euros
? Alors là si javais su à lépoque !
! !
Le départ se faisait après chargement de trois à
quatre blocs découpés et stockés sur une carriole
de bois. Le tractage seffectuait à la corde, après
le top de départ de notre père qui nous faisait au préalable
traverser précautionneusement la route nationale 11. Pas question
de traîner sous ce soleil de plomb, de crainte de voir fondre
notre glace, ainsi que nos économies.
A chaque livraison, chacun tendait une main dans lespoir de recevoir
une pièce de vingt francs. Quelque fois cétait cinquante
francs que nous partagions. Mais les meilleurs plans, pouvaient rapporter
cent
francs, selon lhumeur et la générosité
des clients.
Quelle jolie monnaie que cette grosse pièce grise aux deux épices
de blé encadrant le mot Algérie au chiffre cent. Et quelle
fierté de posséder cette pièce symbole du summum
et de la récompense de notre labeur. Ce trésor, nous le
monnayons déjà dans notre tête en carambars, tubes
de coco et coquillages caramelisés.
Sur le chemin du retour, nous chantions en refrain la chanson dont certains
se souviennent encore :
"Qui cest qui fait glou-glou, cest la bouteille, cest
la bouteille.e.e.. Qui cest qui fait glou-glou, cest la
bouteille de Badabou".
Je reste persuadé que ce temps là, restera toujours le
meilleur.
R. Mari
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Le marchand de glace
Durant la guerre de 39-45 et dans les années qui ont suivi,
nous passions tout lété dans la villa de mes grands-parents
à Baïnem, Baïnem-Plage pour être précis.
Nous navions pas de réfrigérateur et jétais
préposé à aller chercher la glace (les voisins
: " Bourreaux denfant !").
Chaque jour à midi moins le quart, ma mère mappelait.
Je remontais de la plage, enfilais des savates et, avec un grand couffin
et une vieille couverture, jallais, à 1 km de là
sur la route nationale, attendre vers midi le passage du camion de glace,
devant lépicerie de M. SOULIGNAC.
Une fois ma portion de barre de glace achetée et emmaillotée
dans la couverture, je rentrais fissa en changeant de bras souvent,
car cétait lourd, leau froide dégoulinant
le long de mes mollets, Arrivé à la maison ; il fallait
encore avec le pic casser le bloc en deux : une partie pour la glacière,
lautre pour la grande lessiveuse avec les bouteilles.
Mission terminée, je redescendais vite " me taper le bain
".
Jean Trimoulinard
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Le secteur de Relizane
Le camion roule sans les feux, il est trois heures du
matin, la lune est assez généreuse de cette lumière
blafarde, qui ajoute un peu à langoisse feutrée
de toute opération commando. Le G.M.C ahane dans une côte
assez abrupte. Laube nest pas encore levée. À
larrière mes vingt-trois bonshommes, dont une majorité
écrasante de harkis et de F.S.N.A (Français de Souche
Nord-Africaine) se font aussi silencieux que possible.
Je suis dans la cabine avant à droite dun chauffeur du
Service du Train et chef de bord du véhicule. Sous-Lieutenant,
je commande la 4° brigade de la 4° batterie du 1° Groupe
du 12° Régiment dArtillerie Anti-Aérienne de
Marine (1/12° R.A.A.Ma). Nous sommes en Oranie, dans la Zône
Nord-Oranais, secteur de Relizane et la 4° batterie du 1/12°
R.A.A.Ma tient lieu de Commando de Chasse du secteur. Nous sommes donc
" chasseurs dhommes ". Le rôle des Commandos de
Chasse, créés par le Général Challe, est
de débusquer les groupes, sections, compagnies ou " katibas
" de rebelles et de les fixer. Pas de les attaquer, surtout sil
sagit de compagnies ou de Katibas. Dans ce cas, nous devons rameuter
les troupes de choc de la 10° Division Parachutiste du Général
Massu (3° R.P.C, 2° R.E.P
) et les T6 de larmée
de lAir.
Je suis rasé de frais, comme chaque fois que je pars en opération.
Le fait que je sois arrivé là, dans cette cabine avant
de G.M.C, est une longue histoire. Elle débute en classe de 4°
du lycée. Le professeur dhistoire et de géographie,
Monsieur Montlahuc, fraîchement issu des rangs de la résistance,
nous harangue. " Messieurs, vous briguez le baccalauréat
et les études supérieures, vous souhaitez donc devenir
des cadres de la Nation ? Vous devez à cette même Nation,
à cause de ces études laïques gratuites, dêtre
aussi des cadres de son armée. Vous allez suivre les années
de Préparations Militaires Élémentaire et Supérieure.
Le discours est construit, rigoureux, agrémenté dexemples,
et convaincant. Il va convaincre donc et le chemin tracé sera
respecté. Mon année de Préparation Militaire Élémentaire
(P.M.E) a été suivie de deux ans de P.M.S, parallèlement
à mes études supérieures de Physique-Chimie de
la Faculté des Sciences dAlger. Je suis dautant plus
facile à convaincre que comme Albert Camus, en tant que pied-noir,
" jai mal à lAlgérie comme on a mal aux
poumons ".
Et par un beau jour ensoleillé de novembre, ma maîtrise
de Sciences Physique et Chimie en poche, je membarque sur le paquebot
" Président de Cazalet " de la Compagnie de Navigation
Mixte à destination de Marseille. Par le train ensuite je rejoins
Châlons sur Marne, la " Mecque de lArtillerie "
dalors. Aujourdhui, lArtillerie la déserté
au profit de Draguignan, mais elle y a gagné le joli nom plus
capiteux de Châlons en Champagne. Et Dieu sait ! si les bulles
ont illuminé mes six mois de stage à lÉcole
dApplication de lArtillerie. Six mois de travaux intellectuels
et physiques intenses pour atteindre la carotte, qui est au bout : la
barrette de sous-lieutenant " plein " de lArmée
Française. Le vu est exaucé avec une flatteuse 23°
place au classement de la promotion 60-2B, qui compte plus de 300 étudiants
supérieurs et donc E.O.R (Élèves Officiers de Réserve).
Le classement final offre aux 30% premiers classés le grade maximal
de Sous-Lieutenant, avec une solde dofficier, tandis que les 70%
derniers classés ne sont quAspirant avec un salaire dix
fois moindre pour six mois. Jai appris 10 ans après que
13 officiers de cette promotion 60-2B ne revinrent pas dAlgérie.
Ils y ont laissé leur jeune vie pour la Patrie, comme on dit,
mais pour quoi et pour qui étant donné la fin de ce qui
sappelle aujourdhui " la Guerre dAlgérie
". Nous nétions partis que pour des " Opérations
de maintien de lordre ".
Mon camion brinqueballe toujours sur la piste poussiéreuse. Le
chef de bord que je suis avec son joli nom codé : " Journalier
Violet Quatre Autorité ", réfléchit encore
à la manuvre prévue, lord du " briefing "
des officiers dhier après-midi, tenu en grand secret à
lÉtat-Major du Secteur. Nous étions tous réunis
dans une grande salle tapissée de cartes dÉtat-Major.
Avec bien sûr chacun les nôtres pour instantanément
équiper celles-ci en " coordonnées chasse "
du secteur géographique concerné. Jaimais particulièrement
ces conventions militaires cartographiques et de transmissions. Lalphabet
des trans nous permettait de lire distinctement les lettres : alpha
pour A, papa pour P, whisky pour W, charlie pour C, etc
Cest comme cela que je suis devenu : Journalier (le secteur de
Relizane), Violet ( le commando de chasse du secteur), quatre (la 4°
brigade du commando), Autorité ( moi-même, le chef de section).
Le dialogue avec mes deux adjoints, Maréchaux des Logis (MdL
ou sergents), étaient par exemple : " Violet 41, ici Violet
4 autorité, donnez-moi votre position ! " ; " Violet4
de Violet 41, je suis en KD41 et je vous aperçois sur la crête
en face de moi. Je vois aussi Violet 42 à votre gauche. Terminé
" ; " Violet 41 de Violet 4, reçu fort et clair, terminé.
". Dans ce type de conversation le oui laissait la place à
" Affirmatif " et " Négatif " faisait office
de non. À travers la lucarne arrière de la cabine me parvient
une odeur très particulière, un mélange deffluves
de graisse darmes, dencaustique de chaussures et de treillis
militaires. Cette note très caractéristique me surprit
instantanément, 10 ans après, lors dun stage de
perfectionnement, dans un camion Simca, qui emmenait une vingtaine de
Lieutenants 2 barrettes vers une " école à feu ".
Je me suis même demandé si jétais vraiment
redevenu civil près de 8 ans durant tant la violence du souvenir
olfactif mavait interpellé.
Sur ma carte détat-major au 1/50 000 °, je vois que
la " crête de coq " nest plus très loin.
Cest à la " crête de coq ", méandres
dun oued, quest prévue la mise en place du dispositif
de combat. Japerçois dailleurs au bout de la piste
poussiéreuse le lieu précis, où je dois faire débarquer
ma section de combat. Javertis le chauffeur de ralentir et de
prévoir larrêt. Le G.M.C simmobilise et mes
hommes débarquent silencieusement. Jindique la couleur
du brassard, rouge en loccurrence, prévue pour cette opération,
et les militaires le passent rapidement sous lépaulette
du treillis et sous leur bras. Nous sommes tous en tenue " commando
de chasse " : veste et casquette " bigeard " camouflées,
pantalon de treillis kaki et pataugas beiges. Nous sommes armés
" jusquaux dents ". Grenades offensives en poches de
veste, pistolets mitrailleurs M.A.T 49, fusils M.A.S 49-56, ou M.A.S
49-56 à lunette pour les deux tireurs délite, et
le fusil mitrailleur pour le spécialiste de ce tir en rafale.
Les piles de réchange des postes radios et les rations alimentaires
complètent les " bardas ". Pour moi, Violet 4 Autorité,
il y a bien sûr la fameuse carabine U.S avec son chargeur plaqué
sur la crosse, la paire de jumelles, la boussole et les cartes détat-major
au 1/50 000°. Ouaddah, le harki, est chargé et harnaché
du P.R.C 10, le poste longue portée (70 km), tandis que mes margis
(maréchaux des logis) Violet 41 et Violet 42 sont équipés
chacun dun P.P 8 pour joindre à tout instant leur chef
de section. Les trois sticks de combat de 8 hommes se forment, imposés
quils sont par les rotations dhélicoptère,
quelque fois nécessaires. Ils salignent en trois formations
séparées de quelques dizaines de mètres avec Violet
4 au centre et Violet 41 à droite, Violet 42 à gauche.
Chaque homme respecte les distances réglementaires de manière
à éviter doffrir des cibles groupées à
un tireur adverse. Je donne lordre de départ. Jai
indiqué les axes de progression à chacun des deux sous-officiers
et nous nous enfonçons silencieusement dans le maquis, sous laube
naissante de cet été 1961. Le ratissage long et méthodique
commence.
Et moi je gamberge tout de même un peu. Est-il possible que je
me regarde ainsi partir à la chasse de ceux, ou presque, que
jai fréquentés 24 ans durant sur les bancs de lécole,
avec lesquels jai joué dans les cours de récréation,
avec qui ou contre qui, jai lutté sportivement sur les
stades, ou partager les joies de la pêche ou de la natation. Cétait
pourtant bien hélas le lot de chacun de nous de nous retrouver
dans cette situation dérangeante.
Cétait
il
y a 43 ans. Jen rêve encore quelquefois !
Marc Stagliano
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Les souvenirs de Marc
Les souvenirs de Gérard
Les souvenirs de Michèle.
Solennité
Avec Marc, mon jumeau nous avons fait la première
communion solennelle à léglise Saint Augustin en
plein centre dAlger parce quà lépoque,
nous fréquentions lécole des frères, nommée
Ecole du Cardinal Lavigerie, sise rue de Bône, derrière
le marché de la Lyre et le bel Opéra dAlger dû
à larchitecte Chassériau. Un quartier infréquentable
dans les années 1954-1962.
La communion solennelle était un véritable événement
en Algérie, et aucun catholique ny échappait. Cétait
aussi pour les gamins que nous étions, du haut de nos 11 printemps,
loccasion de bénéficier de cadeaux hauts de gamme
du genre montres, stylos voire aussi de mouchoirs en lin de toute beauté,
ce qui avait été notre cas.
Cest une pratique qui se perd assurément, comme sest
également perdue lhabitude dhabiller les enfants
de costumes avec veston et shorts pour les garçons, et une jolie
robe de style religieux dune blancheur immaculée pour les
filles. Cest ainsi que ce 22 mai 1947, nous nous sommes retrouvés
quelque 70 garçons et 80 filles dans cette immense église
dédiée à Saint Augustin, le seul qui soit issu
de notre pays dorigine, puisquil était berbère,
et na été saint quaprès avoir fait
pénitence pour se faire pardonner une existence de paillard assidu.
Mais là nest pas notre propos. Les 150 communions étaient
beaux comme des curs et faisaient ladmiration de tous. Nous
étions pour notre part vêtus de costumes gris perle du
plus bel effet, chaussures et socquettes blanches aussi immaculées
que le brassard que nous portions au bras gauche. Comme de surcroît
nous faisions office de bêtes curieuses en tant que jumeaux, nous
avions été conviés à monter en chaire non
pas pour prêcher, mais pour entourer celui dentre nous qui
allait sadresser aux parents au milieu de cette messe de communion
solennelle très émouvante pour moi, en tout cas. Et leur
trousser un compliment joliment concocté par labbé
Chabanis, curé de la paroisse, quelquun de si compétent
quil a fini sa carrière à léglise de
la Madeleine, à Paris. Jai limpression que jai
reçu ce jour-là ce quon appelle la foi au plus fort
dune émotion intense que je navais jamais ressentie
auparavant.
Je déplore quaujourdhui, les garçons comme
les filles soient habillés dune aube uniforme et blanche
qui ne sert quune fois alors quensuite nous avions longtemps
profité dudit costume gris. Mais aussi que cette cérémonie
ne soit plus autant prisée que par le passé.
Son côté solennel est important cest un peu comme
le mariage. Car quest-ce en effet quun mariage sans église
? Et lémotion quelle procure surtout quand la messe
est chantée avec enfants de chur, sans apparat rien nest
vraiment solennel. Voir le faste du sacre de Napoléon peint par
David, pour sen convaincre.
Gérard Stagliano
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Au cas où tu déciderais de passer l'article
Solennité et la communion des deux jumeaux, Marc et Gérard,
de g, à d., je t'envoie cette photo pour l'illustrer car on était
mignons comme tout, le 22 mai 1947. Et nous paradions beaucoup avec
les cousines jumelles comme nous, mais fausses (deux placentas) de g.
à d. Monique et Claude Petit, mais qui se ressemblaient plus
que nous, elles étaient nées 3 semaines après nous,
le 15 novembre 1936.
Gérard

Nos amis de
Sing-Sing
Nous pieds-noirs, nous nétions pas des Français
comme les autres, nous avions tous peu ou prou des parents, grands parents
ou arrières grands parents, plus ou moins révolutionnaires
qui avaient fui les cachots de Franco en Espagne ou les chemises noires
de Mussolini en Italie, il y avait aussi des Maltais. Nous ne le sommes
toujours pas a priori quelque 44 ans plus tard. Nous avions la faconde,
le parler exubérant, le verbe haut et imagé.
Le 8 mai 1942, les Américains ont débarqué et naturellement
ils ne nous avaient pas envoyé non plus lélite de
la troupe, mais la " chair à saucisse " comme lon
fait dans toutes les guerres, ceux quon envoie devant pour "
user " les munitions de lennemi. On leur avait donné
le choix, ou vous rester en prison ou vous êtes libres daller
sur le front. Nos Mark, Philip, Johnny et autres à nous enfants
dAlgérois à lépoque étaient
Californiens et sortaient tout droit de la célébrissime
prison de Sing-Sing, désaffectée depuis, qui se trouvait
sur une île au large de la Californie. Ils étaient sympas
comme tout avec nous, même sils nous faisaient un peu peur
avec leurs tatouages sur les bras, cest aujourdhui devenu
une mode Mais à lépoque cela ne létait
pas, le tatouage donnait même mauvais genre.
Toutefois, à nous, enfants, ils nous ont tout apporté,
et dabord le lait, notamment le lait concentré sucré
en tubes énormes que nous sucions à même le tube
jusquà la nausée. Le beurre, nous en étions
privés puisque coupés de la Métropole, mais le
leur était systématiquement salé et était
dans de grosse boîte en fer blanc doré et aussi des choses
que nous découvrions avec délectation, ces tout petits
chewings gums à la cannelle de Chine (Cassia), très colorés,
roses, des " Wrigleys " et qui restaient longtemps goûteux
au contraire de ceux daujourdhui. Et puis ils avaient aussi
des tubes de petits pneus blancs et crénelés, que nous
sucions avec ce drôle de goût plus ou moins mentholé,
un goût avec celui des chewings-gums à la cannelle qui
aura marqué notre imaginaire denfants.
Le parfum desdits pneus, je lai retrouvé avec ravissement
en me rendant aux États Unis, en 1977, je suis rentré
dans un Mac Dos comme tout le monde là-bas pour me restaurer
et comme il ny avait pas de boissons alcoolisés jai
choisi un breuvage baptisé " root bear " en pensant,
avec mon mauvais anglais, que ce serait de la bière, cétait
un breuvage, sans alcool, parfumé comme les petits pneus blancs
de la guerre. Le parfum, en français, je ne lai appris
quensuite à lusine de Parfumerie et darômes
alimentaires était celui de la Salsepareille. Vous en souvient-il,
vous les enfants de la guerre 1939-1945 ?
Les Américains en question, Californiens grand teint comme nous
lavons dit étaient fous de nos fruits, les tomates et les
oranges bien sûr avaient leur préférence et ils
se jetaient dessus. Ils tentaient aussi, non sans dégâts,
dapprivoiser les petits singes, volés à leurs parents,
au Ruisseau des Singes, de la Chiffa. Pour les placer avec une laisse
sur le capot de leur jeep. Ce qui ajoutait à notre attrait pour
leur compagnie. Ils avaient aussi colonisé les squares du bord
de mer où nous étions accoutumés à aller
jouer avec nos seaux, nos pelles et autres colifichets. Pour y installer
leur D.C.A, leur défense aérienne et surveiller le ciel
algérois et les Stukas allemands qui venaient bombarder les environs
dAlger. Et le soir venu, cétait la féerie
de leur balayage lumineux du ciel, car bien sûr les Allemands
ne saventuraient que la nuit pour éviter les D.C.A, léquivalent
de leurs shrapnells. La défense passive nous interdisait déclairer
les logements pour ne pas servir de cibles, et toutes les vitres avaient
été peintes en bleu foncé, à cet effet.
Et nous, nous étions ravis, le jour, quils nous mettent
sur leur genoux bien installés quils étaient sur
le siège pivotant ou rotatif à 360 degrés du serveur
de la D.C.A. ; ce manège curieux, un plaisir enfantin, assurément,
mais très apprécié.
Cétait la guerre, mais pour nous inconscients comme nous
létions, le suprême plaisir de fréquenter
ces drôles de bonshommes qui parlaient, du nez, une langue que
nous ne comprenions pas du tout ou si peu. Après la guerre, seulement,
est arrivé leur Coca-Cola dans de drôle de bouteilles,
un breuvage qui nous fit grimacer même sil rappelait le
goût de notre Sélecto national !
Gérard Stagliano
Michel Delpech et Cherchell
Cest un chanteur que jai toujours beaucoup
apprécié, sans doute parce que, quand jétais
à Cherchell pour préparer les E.O.R, lété
1960, il chantait déjà une chanson qui ma beaucoup
marqué " Chez Laurette ".
Dautant quà Cherchell précisément,
il y avait un restaurant sur le port que nous fréquentions
seulement quand nos moyens nous le permettaient qui portait ce
nom-là " Chez Laurette " , prénom de la propriétaire,
une jolie blonde aux formes plantureuses. Et pour nous, les élèves
officiers, qui en étions tous, plus ou moins inconsciemment,
amoureux pour ne pas dire attirés la chanson portait doublement.
Mais elle ne nous faisait pas de prix sur les menus
notre Laurette
!
Une pied-noir, institutrice à Cherchell, qui habitait Grasse,
disparue depuis quelques mois, ma confirmé quelle
avait dailleurs fini par épouser un élève
officier notre Laurette à nous, les biffins de Cherchell.
Et maintenant, quelque 46 ans plus tard, quand jécoute
de nouveau Michel Delpech dans sa merveilleuse chanson écolo
" Le chasseur ", égaré dans les étangs
ou marais de Sologne, voyant passer les oies sauvages qui partent heureuses
vers le midi
La Méditerranée. Quand il prononce
ce dernier mot avec ses trémolos, il me fout tout simplement
la chair de poule. Je suis tellement et viscéralement attaché
à cette mer que comme je lai déjà écrit,
je nai fait que passer dune berge à lautre
sans pouvoir men séparer. Je me surprends alors dans la
voiture à monter le son de la radio dans la bagnole pour en profiter
plein pot. Jadore sa façon de prononcer ce mot : Méditerranée
en laissant traîné sa voix. Même sil elle nest
quà 17 kilomètres de mon logis, elle me manque un
peu et cette chanson, très bien construite, me la rapproche.
La Méditerranée à Cherchell, cet été-là,
était resplendissante et comme il nous arrivait dassurer
certains jour, la protection de la plage, nous en profitions plus que
de raison.
Comme javais adoré ensuite la ferme Tripier, juste au-dessus
de la ville romaine, dans laquelle nous faisions deux mois de stage
comme en poste en montant la garde de nuit comme de jour. Ferme adorable
avec cour intérieure, et loggia ombragée tout au long
des bâtiments, au sol carrelé de blanc et de noir. Il y
avait encore un élevage de porcs dans cette ferme avec lesquels
nous partagions le grand bassin qui leur servait de salle deau
et à nous de piscine car avec les 55° Celsius, qui tombait
sur nos têtes en août 1960, sur cet escarpement rocheux
sur lequel était bâtie ladite ferme, on ne se montrait
pas très regardants sur la promiscuité entre les porcs
et nos jeunes corps de 23 ans. Il faut savoir aussi que les porcs
contrairement à leur légende quand ils ont loccasion
de se baigner et/ou laver, le font très volontiers, il nest
pas besoin de les pousser pour se mettre à leau, il le
faisait aussi facilement que nous, ils étaient dailleurs
du plus beau rose.
Certes Michel Delpech en a fait dautres de chansons : Pour un
flirt avec toi et autres, mais celle-ci : " Chez Laurette "
garde pour moi, et beaucoup dentre nous sans doute aussi, un fumet
particulier, gastronomique et sentimental avec notre Méditerranée.
Gérard STAGLIANO
Index Mails
Balade
Les souvenirs d'un Bainsrominois de passage
Souvenirs de glace
Le marchand de glace
Les souvenirs de Marc
Les souvenirs de Gérard
Les souvenirs de Michèle.
Les souvenirs de Michèle
La communion Solennelle
Dès le printemps, lévènement
annuel couvait dans les familles chrétiennes.
Sur cette terre, depuis près dun siècle et demi,
Dieu était multiple et on naissait Musulman, Chrétien
ou Israélite. Chaque communauté, respectueuses entre-elles,
se ralliait à ses coutumes quelle aimait faire partager.
La piété naïve et populaire ne sembarrassait
pas de finasseries théologiques, même si elle paraissait
un tantinet folklorique. Cétait ainsi, de génération
en génération.
Je suis née catholique, et quelques jours après ma naissance
je rentrais dans la maison de Dieu, accompagnée de parrain et
marraine. Il en fut ainsi, également pour mes trois frères.
Notre éducation religieuse commençait à la petite
enfance, de façon ludique : réalisation de la crèche,
bénédiction des rameaux aux branchages dressés,
recouverts de papier doré doù pendaient des breloques
de sucreries. Suivait la fête de Pâques, marquée
plus particulièrement par la recherche des ufs en chocolat
dans la nature environnante et le partage de la " mouna "
à la forêt de Baïnem. Occasion aussi détrenner
des tenues légères, les beaux jours revenus. Et puis,
nous avions grandi
..
Nos prières improvisées se voulaient protectrices - bonne
santé aux grands-parents, aux parents et frères, sans
oublier nos animaux familiers - et bénéfiques à
notre endormissement.
A huit ans, cette éducation se poursuivait plus sérieusement.
Nous étions accueillis, le jeudi matin, dans la très belle
propriété mauresque du Docteur Guérin, au lieu-dit
le " Belvédère " entre Bains-Romains et Baïnem.
LAbbé Juan, aidé dadultes bénévoles,
nous enseignait lhistoire de Jésus, de sa naissance à
sa crucifixion pour sauver les " brebis égarées "
! La famille Zitouni prenait pourtant bien soin de ne pas laisser séchapper
un seul animal de son petit troupeau !
Javoue que javais du mal à comprendre les termes
des prières essentielles, que nous devions réciter par
cur. Du " fruit des entrailles de la Vierge Marie ",
à la " résurrection de la chair " et au "
Saint-Esprit " ! A mon âge, la Vierge Marie était
le prénom composé de la mère de Jésus, un
prénom comme Jeannette est celui la mienne! Dans les familles
judéo-chrétiennes, beaucoup de sujets demeuraient tabou
et il valait mieux rester naïfs, cela convenait bien à nos
parents !
Durant trois années scolaires, respectueux dappliquer les
préceptes enseignés, nous mettions en pratique nos connaissances.
Le dimanche, nous partions en groupe à la messe, à léglise
de Baïnem, quelques petites pièces de monnaie en poche pour
la quête. Ces pièces allaient en partie au culte, le reste
dans la caisse de la boulangerie "Allès"
(photo 1990) qui se trouvait sur le trajet. Qui y a résisté
?... Sur le chemin du retour, bien sûr, nous récitions,
en chur, quelques prières de repentir : la gourmandise
étant un péché !
De mémoire, aucun redoublement ne sanctionnait lapprentissage
religieux. Des étapes le ponctuaient comme la communion privée
et la confirmation, et même si pour cette occasion lEvêque
du Diocèse se déplaçait dans cette petite église,
la communion solennelle restait le summum de ce cheminement.
A lapproche de lévènement, trois jours durant,
nous effectuions une retraite de recueillement et de préparation
au " belvédère ", puis à léglise
pour la répétition générale. Rangs formés
dun garçon et dune fille, par taille, du plus petit
au plus grand. Joccupais la deuxième place du rang, à
mes côtés, Jean-Yves Ampart. Prières, chants, sans
oublier la rébarbative confession suivie de lacte de contrition
imposé selon limportance des pêchés ! Labbé
Juan était fort sympathique, mais nous préférions
tout de même partager avec lui nos parties de ballon prisonnier
et de béret !
Plusieurs jours étaient nécessaires pour le succès
de cette journée joyeuse et dispendieuse qui réunissait
famille et amis, après la grande messe. Chaque artisan y allait
de sa griffe : couturière, modiste, coiffeur, imprimeur, photographe,
pâtissier
.Dans notre famille modeste, par chance, nous comptions
une couturière, une brodeuse, et un expert en pièces montées.
Ils firent des merveilles et les dépenses furent allégées.
Maman se chargea de mes frisettes qui dégagèrent un léger
parfum de roussi !
Le 10 Juin 1956, je renouvelais mes vux de baptême et le
roi nétait pas mon cousin !
La panoplie complète qui mhabillait, me comblait, je lavoue
: longue robe dorgandi blanc, jupon amidonné, aumônière,
chapeau, voile, gants, croix dor et première montre. Sans
oublier, dans la main droite un énorme cierge et dans la main
gauche missel et chapelet.
Les garçons étaient plus simplement vêtus, élégants
dans leur petit costume gris ou bleu marine orné dun brassard
de soie blanche, brodé. Leur coiffure était courte, bien
" gominée " avec une raie si droite ! Contrairement
à celle que lon qualifiait de " tournant Rovigo "
(Virage très prononcé de la rue Rovigo, à Alger)
(Photo dAndré
Mari - année 1961)
La cloche qui tintait nous appelait au rassemblement sur le parvis.
Lentrée seffectuait en harmonie. Au parfum des roses
et des lys blancs se mêlait celui dune trentaine de cierges
allumés. Oubliée, pour un moment, la parade festive pour
un recueillement émouvant. LAbbé Juan, nos catéchistes
et nos parents devaient être satisfaits de lhéritage
transmis.
Cette étape laissait entrevoir le départ prochain pour
le collège ou le lycée. Aussi, le lendemain nous rendions
visite à notre classe, par petits groupes, dans la même
tenue. Madame Biscos interrompait son cours pour nous recevoir, admirative.
Nous lui remettions une image
pieuse en échange dune petite pièce. De visite
en visite laumônière se remplissait.
Le dimanche suivant, tous les communiants des paroisses dAlger
et de Saint-Eugène se rendaient, en procession à Notre
Dame dAfrique. Cétait grandiose ! (photo André
Mari, Maman et Madame Villaplana devant la statue épique
du cardinal Lavigerie, figure emblématique de limplantation
missionnaire en Algérie)
Ainsi se préparait et se déroulait la Communion Solennelle
dans les villages de Bains-Romains et de Baïnem.
Pour lanecdote : mon père avait, depuis deux ans, pris
la suite de lépicerie
Taboni, (photo 1990) et très tôt, le matin, il se rendait
aux halles avec sa " traction avant ". Le jour de ma communion,
entre deux clients, il nous conduisit à léglise.
Maman, très élégante, assise côté
voyageur, mes frères et moi, dans ma belle robe blanche, derrière,
posés sur un gros sac de pommes de terre ! Grande chance quil
ne fût ni charbonnier, ni poissonnier !
Michèle Pastor-Mari.
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