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SAINT
- EUGÈNE LA DOUCEUR DE VIVRE Dans les premiers temps de la Conquête cette zone littorale, 9 km entre mer et montagne, était administrativement rattachée au centre de Pointe Pescade dont M. Louis de Villalba était maire en 1845. En hommage au Comte Eugène Guyot, Directeur civil, Saint Eugène sera le nom donné à ce centre. Il s'étendra à l'ensemble de la commune lorsque celle-ci deviendra, par arrêté du 14 septembre 1870, commune de plein exercice. À partir de cette date, il lui faudra élire un conseil municipal. Ce sera le premier, bien sûr, et il aura une existence éphémère, comme bon nombre, nous allons le voir, de ceux qui suivront. Élections décidées, donc. Les
électeurs sont convoqués pour le 25 septembre 1870. C'était
précipiter les formalités puisque, après report,
elles ne se dérouleront que le 9 octobre. Elles donneront les résultats
suivants : C'était la composition définie. Elle tenait probablement compte de la population qui se répartissait ainsi : 728 Français (Israélites compris), 318 Étrangers et 409 Musulmans soit un total de 1455 personnes. Dès son installation, le Conseil Municipal demande que le Fort des Anglais (Raïsville), qui abrite les blessés de la guerre franco-prussienne déclenchée le 19 juillet, soit, à la fin de cette occupation militaire, concédée à la commune en vue de l'implantation des abattoirs municipaux. Demande refusée, des projets intercommunaux étant en cours. Puis il s'occupe de la création de classes, de l'alimentation en eau et de voirie. Premières discussions et premiers désaccords : l'enseignement. Certains conseillers le veulent laïque, d'autres exigent la liberté du choix. Jusqu'à cette date c'étaient les surs de l'Assomption qui apprenaient à lire aux petits Saint-Eugénois. Ces atermoiements dureront jusqu'au 8 avril 1874, date à laquelle le préfet autorisera la commune à inscrire à son budget la somme de 1 200 francs au titre de subvention à l'école congréganiste. Il faut préciser que nos tout premiers édiles n'avaient pas chômé pour autant puisque trois classes avaient été créées pour lesquelles l'Académie avait désigné M. Pilant à titre d'instituteur, Melle Clarisse Tisseyre à titre d'institutrice et Melle Eugénie Tisseyre en qualité de directrice de l'asile (maternelle). Le 26 avril 1871, démission de M. Bordet, refusée par le Conseil. La délimitation de territoire, avec les communes limitrophes, s'effectue en 1871 et 1872. Le 19 janvier 1873, M. Bombonnel est élu maire en remplacement de M. Bordet dont la démission est enfin acceptée. Première décision : nommer un secrétaire de mairie plus apte à ce rôle que l'instituteur archiviste. Nouveau changement le 14 mai 1874. Par arrêté du Gouverneur Général, M. Derbez est nommé maire en remplacement de M. Bombonnel. II sera à son tour, remplacé à ce poste de premier magistrat de la commune le 10 juillet 1876, par M. Pugliesi, M. Serre étant le 1er adjoint. Cette même année, le docteur Trolard est nommé médecin des indigents. Est étudiée pour la première fois, la question de la déviation des eaux de la Pointe-Pescade (aqueduc traversant la propriété Coutaya). En 1877, création du bureau télégraphique. Le 22 décembre 1879 M. Mercier donne, lui aussi, sa démission. II est remplacé, le 18 janvier 1880 par M. Eudoxe Rey, maire éphémère puisqu'il sera à son tour remplacé, mais par un revenant M. Bombonnel. Et la valse reprendra le 26 septembre 1880 par la nomination de M. Azoulay. Ce dernier n'occupera ses fonctions que jusqu'au 28 janvier 1881, date à laquelle on assistera au retour de M. Pugliesi. En 1883 nouvelle amélioration du réseau
de distribution des eaux et, en 1886, mise en adjudication du groupe scolaire
pour lequel seront désignés M. Samary, architecte et M.
Lagrora entrepreneur. En janvier 1892, la ligne des "Tramways à vapeur" reliant Castiglione à Ain-Taya est déclarée d'utilité publique. Elle marquera, dans notre commune, les arrêts aux points suivants : Gare à Saint-Eugène-Centre et aux Deux-Moulins, station à Bou-Amar puis, à nouveau, gare à Pointe-Pescade, Miramar, Bains-Romains, Fontaines-Bains et enfin station à Villas-Bains-Écoles. Cette ligne, dont le déficit d'exploitation ne cessera de s'aggraver, ne sera exploitée que jusque dans les années 30, pour le transport des voyageurs tout au moins car, pour les marchandises, elle continuera à l'être quelques années encore (on se souvient que pendant la guerre et jusqu'en 1942, des transports de ciment furent effectués. Mais les bénéficiaires en étant les Allemands, il s'agissait là d'une réquisition et non d'une exploitation commerciale). Le 16 novembre 1892 le Général Liebert
démissionne. Le poste ne devait pas être de tout repos. C'est
M. Henricet qui lui succède. Premier grand réseau d'égouts en 1894 ainsi que construction d'un réservoir d'eau de 1 200 m2. 1895 verra le pavage en bois de l'avenue Malakoff ainsi que le captage des eaux des Bains-Romains et celles de l'Oued Affroun (au-dessus de la forêt de Baïnem). Inauguration le 5 novembre 1896, de la ligne des "tramways à vapeur" Saint-Eugène / Rovigo. (Substitution de la traction électrique à la traction à vapeur pour la traversée d'Alger, pour cause de pollution). Un drame endeuille la commune en 1897. Le maire M. Henricet, dans un accès de neurasthénie, met fin à ses jours. C'est M. Alfred Letellier qui lui succède. Occupation militaire pendant trois semaines en 1898, en raison de troubles antisémites qui perturbent la capitale. Cette même année verra la création du poste de Commissaire de Police. Aux élections du 20 mai 1900, c'est M. Charles
Cardaive qui est maire. Premiers incidents graves qui provoquent la démission
de 8 des membres du Conseil Municipal et aboutissent à la dissolution
de celui-ci en 1903. Les nouvelles élections ramènent M.
Letellier à la Mairie. Il a comme 1er adjoint M. Vimal
et comme 2e adjoint M. Billaud. Le 13 mai 1904, M. Toussains Vimal est élu maire. II a comme premier adjoint M. Colle et comme second adjoint M. Papillon. Enfin un maire tenace et combatif puisqu'il restera à ce poste jusqu'en 1925, date laquelle Maître Raymond Laquière sera élu à son tour. Mais n'anticipons pas et voyons encore ce que le
XXème siècle naissant apportera à Saint-Eugène. Graves inondations, en 1905, qui obligent à
la construction d'un égout en ciment armé descendant par
le ravin de Notre Dame d'Afrique et aboutissant à la mer. En 1908, l'A.S.S.E., société omnisports,
voit le jour. En 1910 seront mis à l'étude les projets
suivants : En 1912 M. Vimal est réélu maire.
Dans le but d'économiser l'eau de consommation, il fait l'acquisition
de pompes destinées à l'arrosage des rues à l'eau
de mer. L'alimentation en eau potable de Raïsville s'améliore. La déclaration de guerre en 1914 soumet la commune à rude épreuve. En l'absence de M. Vimal en métropole et de M. Papillon mobilisé, c'est M. de Samboeuf qui fera dispenser des secours aux familles des mobilisés avec l'aide de Melle Tomas, directrice d'école libre (distributions de farine, sucre, pétrole, charbon). À la fin de la guerre, légère
modification du Conseil Municipal au sein duquel M. Vimal se voit confirmé
dans ses fonctions de maire, MM. Papillon et de Samboeuf étant
respectivement premier et deuxième adjoints. À cette date,
la population de la commune est de 5 877 individus, on relève la
création d'une classe enfantine à Pointe-Pescade. En 1923 ce sera la location, au Service du Génie, de terrains incultes situés face au cimetière et destinés à l'aménagement d'un terrain de sports. En 1925 M. Raymond Laquière est élu maire de Saint-Eugène, MM. Papillon et Hugon devenant respectivement premier et deuxième adjoints. Parmi les membres du Conseil Municipal, on relève les noms de MM. Chanlon, Pellegrini, Bernardo, Chatel, Wolfer, Murat, Veyrenc, Bergeret, Lachand, Massia, Bart, Loustau, Ben Redouane, Ben Arbia, Dutoit et Couput. Par arrêté municipal du 1er avril 1927,
il est accordé aux propriétaires de Raïsville la concession
d'une bande de terrain permettant l'accès à la mer. Puis
l'aménagement du commissariat de police dans les sous-sols du groupe
scolaire est décidé ainsi que la construction d'un logement
pour le gardien du cimetière musulman et la création d'un
septième classe à l'école des garçons. 1928 verra l'élargissement de la route nationale
n°11 sur une portion de son parcours et l'installation d'un cabine
téléphonique à Baïnem-Forêt. À partir de 1930, les grands projets ne manqueront
pas. La plus belle réalisation, commencée en 1935, sera
celle du nouveau stade municipal, d'une architecture audacieuse qui fera
l'un des plus élégants d'A.F.N. et probablement de France.
Une salle des fêtes moderne le jouxtera ainsi qu'un club pour l'équipe
locale. C'est sur ce stade que se tiendra, en 1939, le congrès
Eucharistique. Parmi les derniers secrétaires généraux connus on relève le nom de M. Edmond Jean Monthus jusqu'en 1934. Il était le grand-père de M. Edmond Monthus qui sera le chef de service des eux de la commune : viendront ensuite MM. Dujoncourt, Bruno et Maria. Puis, la seconde guerre mondiale viendra, avec son
cortège de privations mais aussi de victimes (bombardements aériens
de novembre 1942 : Notre Dame d'Afrique, Bd Pitolet, la Réserve)
dont une plaque, au Monument aux Morts, ajoutée à celles
de la Grande-Guerre, rappellera le souvenir. Avec la fin des hostilités reprendront les grands travaux. Saint-Eugène retrouvera l'aspect d'une agglomération coquette et paisible. La pénurie de logements fera que seront occupés tous ceux qui, jusqu'en 1939, ne l'étaient qu'à la saison estivale. Et c'est ainsi qu'en 1959, le recensement de la population donnera le chiffre de 24 895 habitants dont 12 409 européens. M. Laquière sera réélu maire en 1947, à la tête d'un Conseil Municipal, comprenant, entre autres, Mme Causse, MM. Esperiquette, Nocchi, Dechavanne, Lousteau, Artoni, Wolfer, Charbonnier, Boyer, Dehkani, Demeure, Dolbois, Defarge, Pommier, Accati et Andres. L'élan ne faiblira pas puisque, parmi les grandes réalisations, on peut encore citer, de mémoire : l'élargissement du boulevard Pitolet par la suppression de la voie ferrée, la construction (1947) de l'Amphitrite, sous les voûtes (en attendant la construction du grand sport nautique qui ne sera jamais achevé), le remplacement des tramways par les trolleybus, ce qui permettra la suppression des rails dans l'avenue Maréchal Foch (ex Malakoff) et le goudronnage de celle-ci, la construction de deux écoles, l'une au Plateau, l'autre à la Pointe-Pescade. À Baïnem, Notre Dame de la Forêt ouvrira ses portes aux fidèles. Les fêtes communales retrouveront (ou presque) avec l'ASSE, le SPHINX, la J.S.S.E., les GYMNASTES et les Pompiers, leur folklore d'antan. Nouvelle réélection, en 1953, de M. Raymond Laquière qui aura, entre temps et à deux reprises (1948 et 1952), présidé aux destinées de l'Assemblée Algérienne. Puis, hélas, se présentera ce tournant de l'Histoire que l'on a pudiquement appelé " les évènements d'Algérie ". La joie de vivre fera place aux angoisses. Malgré elles, notre commune fera preuve d'une foi et d'une vitalité extraordinaires puisque, selon M. Xuereb, architecte municipal, en même temps que distingué capitaine des sapeurs-pompiers, 5 000 permis de construire seront encore délivrés. Le 13 mai 1958 voit la dissolution, par le Comité de Salut Public Algérie-Sahara, de toutes les municipalités d'Algérie. Dans l'attente des nouvelles élections, une Délégation Spéciale est mise en place dans chaque commune. C'est ainsi que Mourad Kaouah, député d'Alger, membre du C.S.P. d'Algérie-Sahara est nommé, par ce Comité, Président de la Délégation Spéciale de Saint-Eugène qui comprendra, entre autres membres, MM. Bachamar Slimane, Armand Point, Marcel Driot et Cheick Ahmed. Elle sera "intronisée" par les Colonels Trinquier et Crozafon le 23 mai 1958. Pendant les dix mois au cours desquels elle assurera son pouvoir, la Délégation Spéciale ne chômera pas puisqu'on note encore, comme principaux travaux entrepris, l'élargissement de la route de Sidi Ben Nour, derrière le séminaire, l'électrification du chemin rural reliant le centre à Notre Dame d'Afrique, et de nouvelles adductions d'eau (cité Pérez). 1959 verra la fin administrative de l'identité saint-eugénoise puisque notre commune deviendra, en mars, le 6ème arrondissement du Grand-Alger. Le maire de chaque arrondissement sera issu du Conseil Municipal élu pour ce Grand Alger, M. Raymond Laquière, désigné par ses pairs reprends ses fonctions à la tête de notre commune (décisions entérinées par le super Préfet pour chaque arrondissement). Dans les dernières années du "rêve français", un projet fit couler beaucoup d'encre... et de salive. Je ne voudrais pas ne pas le rappeler. C'est celui de l'agrandissement du port de la Pointe-Pescade. L'Usine Laffarge produisait annuellement cent mille tonnes de ciment dont l'essentiel était destiné à la mise en application du plan de Constantine et, compte tenu des problèmes de circulation et de transport que connaissait la commune, l'idée avait germé qu'un transport de ce ciment par voie de mer offrirait bien des avantages. Une première jetée de 60 mètres de long fut construite. Les "pointus" la baptisèrent, parait-il, "la tête de chien". Elle allait être prolongée de 300 mètres. Mais que n'aurait-on pas fait si Saint-Eugène, en 1962, n'avait vu se tourner une page, la plus cruelle de son Histoire. Édouard Nocchi N.D.R. Les archives publiques sont rares. J'ai puisé
surtout dans les miennes, bien incomplètes, pour dresser ce bilan
qui est loin d'être exhaustif. ASSE c/o Marcel Hugon, |
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