Contes et Légendes "pour mes petits enfants"
(extraits)
...Bref le temps passait et nous nous rapprochions d'Orly, Rodychou qui
avait finalement accepté de rester dans ce second "lapisode"*,
déboucha sur la route ceinturant l'aéroport ; en face les
pistes offraient le spectacle des avions qui décollent et c'est
vrai que c'est un spectacle ! à droite, le vieux "Ouissous"*
qui ressemblait à une crevette de rivière, présentait
le clocher de sa vieille église aux regards curieux des passants
honnêtes. Sur la gauche les terrains de la société
"Cheeze"* s'étendaient majestueusement, à
perte de vue des collinettes de terre, installées là par
un paysagiste de talent, protégeaient les trésors d'ordures
prêt à être triés et traités pour un
lifting avant d'être stockés dans les coffres de l'État.
Ha ! dans quel état g'hère !
Au premier parking venu Rodychou arrêta son véhicule pour
laisser descendre Guillominette, des regards chargés d'électricité
s'échangèrent devant un transformateur "eudéef"*
complètement esbaudit, lui qui croyait être le seul survolté
de la région. Quelques mots aux couleurs de violon "sèl"*
s'échappèrent dans la nature, le prochain rendez-vous étant
pris, la petite "Toccinelle"* s'envola à la
rencontre de Popotchi et Cocotcha.
Guillominettus s'engouffra dans le parking marqué P1 d'Orly Sud,
dévala en planant les escaliers jusqu'à la dernière
porte marquée "sans issue", sortie son passe partout, donna un
tour de clé, la voie était libre, le sable de la plage Martin
était brûlant, Antoine avait monté sa petite cabane,
ouverte à tout vent, pour la période d'été
où il distribuait, moyennant quelques roupilles de sansonets, boissons
fraîches et cacahuètes, grillées sur place, aux estivants
qui n'avaient rien d'autre à faire que de se bronzer la pilule.
Sur la petite terrasse en planches, quelques tabourets épars attendaient
le client, mais à l'angle du bar, trois tabourets étaient
occupés à supporter les postérieurs, l'un de Popotchi,
l'autre de Cocotcha et le troisième de Poupoutchkaïa, qui
conversaient agréablement sous la brise rafraîchissante à
l'ombre des parasols en branche de laurier.
À quelques mètres de là, les vaguelettes d'eau salée
venaient lécher le sable avec un bruit de berceuse, une odeur d'iode
pénétrait les narines tandis que Chounédelaplagedésalgues
arrivait lentement, son tuba périscopant, en jouant les baleines
essoufflées, traînant derrière lui sa corbeille d'oursin,
une belle corbeille d'osier ceinturée en sa partie supérieure,
par une chambre à air, récupérée et échangée
au garage à voiture du coin contre un beau poulpe pêché
à la main ; la fourchette à oursin, une fourchette en argent
dont les dents avaient été écartées et repliées
à la manière d'une patte d'aigle pour faciliter le décollement
de l'oursin s'agrippant au rocher, reliée au poignet par une cordelette
à palangre, une cordelette fine mais serrée, extrêmement
résistante et de couleur terre d'ombre brûlée. Le
coup de palme tranquille et précis avec un bruit d'eau à
peine perceptible, heureux de retrouver les courants chauds qui bordent,
sur quelques mètres, les plages des mers chaudes. D'un tour de
rein, il se retourna pour pouvoir déchausser ses palmes et se mettre
debout sans être déséquilibré, il enleva son
masque, rejeta sa tête en arrière pour éviter d'avoir
ses cheveux devant les yeux, dégagea le cran de sa ceinture de
plomb qu'il avait fabriqué lui même en faisant fondre le
plomb dans une vieille casserole et en le coulant dans des moules en bois
pour obtenir des modules permettant d'ajuster le poids nécessaire
à la profondeur de la plongée; complètement délesté
il s'approcha de la corbeille qui resterait dans l'eau jusqu'à
l'heure de passer à table, histoire de s'en mettre plein les yeux
avec ses couleurs violettes, vertes, tirant sur le bleu ou le marron et
fortement associées à l'odeur et au goût de ce produit
de la mer bénit des Dieux entre tous.
Satisfait par le sentiment d'avoir profité, au maximum de ses
possibilités, d'un moment d'exception notre Chounédelaplagedésalgues,
surnommé Nouché par certain qui veulent faire court, se
jeta à plat ventre sur le sable brûlant pour le plaisir de
sublimer les contrastes entre le bleu d'une plongée à 6
ou 7 mètres, le vert des algues qu'il faut fouiller pour découvrir
les oursins, le blanc d'un banc de sable au pied du rocher où les
rougets de l'année viennent, rarement seuls, se gorger de plancton
microscopique et la chaleur de la terre maternelle.
"Bon Ababa Whahou, la nostalgie ça suffit, nous avons notre
dose pour aujourd'hui !"
"Attends, une dernière phrase pour le plaisir !"
Dans cet environnement, tout est magique, l'air ambiant, marin et
salé, le soleil qui chauffe une peau déjà tannée,
les cristaux de sel qui apparaissent dès que l'épiderme
est sec, les odeurs qui envahissent le cervelet, les couleurs qui sont
intraduisibles par des mots et le sable composé, près de
l'eau, par des particules de roche mal dégrossies mais aussi par
des porcelaines usées par des années de roulis et qui se
raffinent au fur et à mesure de leurs éloignements de l'élément
liquide.
Les multitudes de petits galets aux formes sculptées par la
Providence, grand prix de Rome de sculpture en 1955, se ramassent et se
collectionnent comme les pièces de monnaie qui composent un trésor.
Il fait chaud !
Notre Guillominette nationale ne perdait rien de cette scène aussi
banale que finissante, elle alla à la rencontre de Cocotchi et
Popotcha et les retrouvailles, elles aussi, furent chaleureuses. Popotcha
présenta Poupoutchkaïa à la petite "Toccinelle"*.
Poupoutchkaïa est "Roumaine"* par son père,
"Mondaine"* par sa mère, "Rapaine"*
par son frère qui est musicien. Elle a atterri sur la plage des
Bains Romains en "Tricyclonoptère"* à
pédale pour étudier (**) l'épiderme
des rascasses qui pose un problème scientifique majeur. Elle
s'est naturellement rapprochée de Cocotchi et Popotcha pour leur
connaissance approfondie de ce poisson
orienté bouillabaisse.
La petite "Toccinelle"* sentie tout de suite qu'elle
avait des affinités et quelques atomes crochus avec Poupoutchkaïa,
un courant de sympathie vint immédiatement réchauffer l'atmosphère,
si tant est que l'atmosphère avait besoin d'être réchauffé
par vingt huit degrés à l'ombre en plein mois d'août
sur la plage Martin, la plus belle plage des Bains Romains, la plus originale
étant la plage des algues, le plus grand terrain de jeu pour les
petits "n'enfants"*.
Quelqu'un qui s'intéresse à l'épiderme des rascasses
ne peut, en aucun cas, être un imbécile, n'est-ce pas mon
petit Croypion ?
Je passerai sous silence la discussion qui suivit et les échanges
passionnés entre Guillominettus et Poupoutchkaïa, appuyés
de temps à autre par les précisions de Cocotcha et Popotchi,
cela nous emmènerait trop loin dans ce second "lapisode"*
qui se perd dans les méandres des divagations débridées
du père Ababa, mais je relèverai néanmoins que nous
apprenons une nouvelle spécificité de notre amie Guillominette,
la connaissance approfondie de la vie de la rascasse qu'elle a eu l'occasion
d'étudier à l'université de "Maschtachaussette"*
aux "Stattes"*, car comme tout le monde le sait, cette
université est spécialisée dans l'étude des
océans et des mers en tant que réserve naturelle permettant
la survie de l'espèce humaine, c'est pour cette raison qu'il est
important de bien connaître l'environnement marin pour éviter
d'abord de le polluer et ensuite de la détruire.
La rascasse est un très joli poisson qui possède les mêmes
dons que le "caméléonléonléon"*,
c'est-à-dire de changer la couleur de son épiderme en fonction
de l'environnement, elle a une chaire très fine qui fait le régal
des connaisseurs, elle prend une couleur rouge homard à la cuisson,
c'est elle qui donne ce goût chaleureux à la bouillabaisse,
elle possède un aiguillon qui peut provoquer un gonflement anormal
de la partie cutanée chez l'homme si, en se défendant, elle
réussissait à l'introduire dans le gras de la peau de celui
qui cherche à "l'arraper"* par la queue pour
la montrer à ces Messieurs.
Cette conversation passionnée dura un bon moment, mais l'heure
avançait et la petite "Toccinelle"* n'avait
pas encore livrée les colis qu'elle avait dans sa besace pour Cocotchi
et Popotcha.
Ce fut chose faite quelques minutes plus tard, quatre grands cartons
étaient déposés sur le caillebotis de la cabane d'Antoine
et ces cartons contenaient, devine quoi ! mon petit Croypion ! Ils contenaient
..., ils contenaient ..., une boîte à chaussure, une botte
de pelures, une boîte à dorure, une caisse de parures, une
paire de chaussette, un poudrier à Josette, une kitchenette, une
petite chaînette, une goélette, une tartelette, une guillominette,
une trottinette, une galipette, une trompinette, une turbulette, un petit
métro, un petit dodo, un petit marteau, un petit vélo, un
petit lavabo, un petit pédalo, un gros lolo pas régon, un
gros grelot et puis ? et puis ? et puis tout un matos de fanfare car voit-tu,
nos amis Cocotchi, Popotcha et Patoutchkaïa, attendaient la visite
du petit "crain"* Jojo et ils avaient bien l'intention
de recevoir dignement le petit "crain"* Jojo et pour
recevoir dignement le petit "crain"* Jojo il fallait
une fanfare, une fanfare dont les cymbales font "tzing-tzing"*,
la "crompette"* fait "pouloulalapapoum-papoum"*,
le tambour fait "baboum-boum-boum, badaboum-boum-boum"*,
la flûte fait "tulululetetipilipili"*, le triangle
fait "clig est-wood"*, le violon fait "gsing-gsing-gsing"*,
la harpe fait "shlluing-gling-gling"*, la batterie
fait "balabalapapalapam, dling !!!"*, la grosse caisse
fait "shtromg-shtromg"*, la vielle fait "ritzing-ritzing-ritzing"*
c'est une peu rengaine la vielle ! mais le trombone, alors là c'est
génial, il fait "poumpoumpapapoumpapapoum, papapoumpapapoum ...
etc"* et il finit par "poumpoum-schlafff"*
ça c'est de la "Misique"* !!
Sur ces entrefaites arrivent, sans crier gare, car ils ne s'appelaient
pas Kierkegaard, le cousin "Névilledavray"*,
jamais navré avec son "frè"* Zouzou
le zazou, toujours très zoulou, les champions toutes catégories
du solo de batterie. En moins de temps qu'il n'en faut pour vider l'eau
de la Méditerranée, les deux compères installent
la batterie et entament un récital génial ..."chlif-claff-schooolfff,
sting-bam, tralala, point-point"*, ça pétait
de partout, les arapèdes sur la plage s'étaient décollées
de leur rocher pour danser un rock endiablé avec les bigorneaux,
les oursins faisaient bouger leurs épines au rythme du "zjazzz"*.
Un petit galet, gris avec des reflets granit, qui avait relouqué,
depuis belle lurette, l'oeil de "Saintuxie"*, le seul
de toute la plage, l'invita à danser et les petites chevrettes,
toutes transparentes, se mirent à frapper la mesure, quand aux
petits "rrhâbes"* ils se tapaient un verre de
Badoit pour se maintenir en forme et non pour maintenir les formes. Les
"tradéridéras"*, droits comme des "i",
plantés là par la volonté joueuse de quelques bambis
romains, frémissaient de bonheur.
La fête continua très tard dans la soirée autour
de quelques feux de bois.
"Bon ! c'est pas le tout, demain il y a de la "Kicole"*,
il faut aller se coucher" lança notre amie la petite "Toccinelle"*.
La nuit fut courte mais réparatrice et à 7 heures, Guillominettus
se leva, sortie de sa chambrette, descendit les quelques marches qui la
séparaient du boulodrome et s'approcha de la balustrade qui fermait
la terrasse pour sentir le temps en regardant la mer, les ondes frémissantes
qui se dégagent des rochers, l'odeur du ciel, le goût de
la brise naissante annonçaient une chaude journée d'août,
si elle était restée là elle serait partie, vers
huit heures, pour un repérage en bateau, ce qui lui aurait permis
de définir l'activité de la journée, mais il lui
fallait repartir vers de nouvelles aventures.
On est pas là pour rigoler ! quoi !!!
Elle dévala les tortueuses marches qui l'amenèrent sur
la plage, contourna le cabanon Martin et se dirigea vers la petite porte
dérobée et discrète, tout en haut, là où
les vagues, en hiver, fatiguées d'affronter les situations conflictuelles
initiées par les intempéries, viennent s'étendre
pour quelques secondes de repos bien mérité ; elle pénétra
au bas de l'escalier marqué P1 d'Orly Sud remonta en planant jusqu'à
la sortie et pris la direction de "Varnelamalée"*.
* Ce sont des mots à moi et j'userai
de mon droit patrimonial pour interdire à quiconque d'y toucher.
Pour les autres vous pouvez en faire ce que vous voulez, ils ne
sont pas à moi, je les emprunte à la langue française
qui a ses règles que j'ai beaucoup de mal à suivre.
** Celle-là, c'est la meilleure!
En écrivant ce délire quelque peu débridé
j'étais loin de me douter qu'il y avait quelque chose de
très sérieux qui avait fait l'objet d'une thèse
sur un sujet similaire.
(L'excitabilité des cellules pigmentaires des écailles
de poissons. BEAUVALLET Marcelle. Imprimerie Chantenay, Paris -
1935, thèse présentée à la faculté
des sciences de Paris, in-8, broché, 136 pages, 37 figures
dans le texte )