MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Les Cabcabs

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Les " cabcab ", c’est une espèce de paire de savate en bois, très inconfortables parce qu’une semelle en bois manque de souplesse, qui a eu pendant quelques temps des heures de gloire. Ce fut une mode et tout le monde en raffolait. On les appelaient " cabcab " parce que le bruit de la semelle de bois sur le sol en pierre ou en béton pouvait se traduire sous forme d'onomatopée par " cabcab ".

Ceci étant, les " cabcab " avaient certains avantages sur la savate en corde : elles s’usaient moins vite, elles ne craignaient pas l’eau et surtout l’eau de mer, elles étaient un très bon isolant pour se protéger du sable brûlant ou de l’asphalte fondu et offraient une très bonne protection contre les épines d’oursins.

Il fût une époque où tout le monde avait ses " cabcab ", où l’on exhibait ses " cabcab " comme on exhibe des signes extérieurs de richesse.

J’ai dans ma mémoire un lieu où il y avait un silence pesant, une chaleur brûlante sous le soleil de midi, un calme et une résonance dans les parties " à l’ombre " pendant l’heure du déjeuner au mois d'août et le bruit des " cabcab " de quelques retardataires remontant de la plage en martelant les escaliers en béton.

C’est un lieu de mémoire un peu flou mais qui a une forte odeur de revenez’y.

Je rajouterais, pour terminer, que les " cabcab " m’étaient sorties de la tête. Nous avons un ami très proche, à Chartres, qui se nomme Michel Cabouro. Un jour Daphné, en parlant de lui, l’a identifié affectueusement en le surnommant " Cabcab ". Ça a fait tilt.

Chounet.

 

Dans la rue raide et mal pavée jamais aucun roulement de voitures. Seul parfois le bruit rythmique des cab-cab en bois de quelques négresses ou de quelques juives ou le cris chantant des marchands ambulants et des laitiers matinaux ... Puis le silence retombait lourd ...

Isabelle Eberhardt dans Isabelle du désert de Edmonde Charles-Roux chez Grasset.

 
 
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