MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

La périssoire

 

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Le petit Robert donne comme définition : " Embarcation qui périt, qui chavire facilement. Embarcation longue et étroite qui se manœuvre à la pagaie ou à l’aviron. Des canotiers passaient à périssoire. " En clair, c’est le fameux " aigue chine " de Marcel Pagnol, l’embarcation pour noyer les chiens, dont on veut se débarrasser.
Mais cette embarcation — puisqu’on doit tout de même l’appeler comme cela — était plus ou moins courue entre les deux guerres : celles de 1914-1918 et de 1939-1945. À Saint -Eugène j’ai dû en connaître deux ou trois mais comme elles étaient des plus instables et surtout rendu encombrantes par leur longueur, donc difficiles à garer ou ranger (trop longues pour un garage de taille normale), elles n’eurent que peu de succès.
Mais, apparemment, elles en eurent du côté des Deux Moulins, avant notre époque, puisque voilà sur la photo ci-contre quelques gaillards, bien bâtis, dont les tee-shirts, que l’on appelait sûrement pas comme cela à l’époque, arborent les deux moulins sur leur cœur. Ces gaillards en utilisaient une dans la plus pure tradition.
Il faut dire, qu’au bas de la propriété du baron André de Vialar, entre les rochers, très hospitaliers, existaient au moins deux piscines naturelles. L’une parallèle à la côte juste au-dessous de la villa des de Vialar et l’autre perpendiculaire à la côte à la verticale de la Grande Terrasse ; un établissement très couru entre les deux guerres précitées avec de nombreuses salles de banquets où se fêtaient les mariages non seulement locaux mais du tout Alger en général.
Ces deux " piscines ", très protégées de la moindre vaguelette, en facilitaient certainement l’embarquement car c’était le plus difficile : prendre place dans cette embarcation aussi étroite qu’instable sans se retrouver à l’eau.
Personnellement je lui préférais de beaucoup le canoë, dit Canadien, légèrement ventru, avec deux barres de traverse sur lesquelles on pouvait s’asseoir pour pagayer, ou simplement en s’agenouillant dans le fond et adossé à celles-ci. L’un de nos amis d’enfance, Lucien Blanchet, en possédait un magnifique en duralumin avec les deux barres en acajou verni avec lequel on longeait la côte de la Pointe Pescade à la Poudrière à la seule force des biceps, des plus douloureux le lendemain. La stabilité de ce canoë était, à l’inverse de la périssoire, absolument remarquable et il était rendu insubmersible par deux caissons étanches sous les deux pointes recourbées.

Gérard STAGLIANO

 

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