Ma mère a toujours été une
grande sportive. Lannée de ses 87 ans, elle prenait un
baptême de lair en montgolfière. Dans sa jeunesse,
elle faisait de la compétition de natation et daviron.
Tout petit, je me souviens dune yole pour laquelle jétais
chargé de tenir le gouvernail. Mais je nai pas trop de
souvenirs de ce bateau dont mes parents ont dû se séparer,
car pour bien naviguer avec ce type dembarcation, il faut un plan
deau calme comme un lac, ce qui nétait pas souvent
le cas aux Bains Romains. Jai connu ensuite un canot en acajous,
très beau bateau qui, de mémoire, devait supporter un
mat et une voile, mais là encore et je ne sais pas trop pour
quelle raison, ce bateau nest pas resté très longtemps
propriété familiale.
Un jour, mon père
mamena en grand secret dans un atelier de menuiserie, pour me
montrer un bateau en fabrication quil avait commandé pour
ma mère. Cétait une pastéra
en contreplaqué marine. Le contreplaqué était
une technique qui faisait son apparition sur le marché et je
crus comprendre que le contreplaqué " marine " était
un contreplaqué traité pour assurer une utilisation aquatique.
Cétait un concept avant-gardiste
et nous avons eu, ainsi, la première pastéra en contreplaqué
marine des Bains Romains. Je ne suis pas du tout persuadé que
ce cadeau ait satisfait les goûts et les prétentions sportives
de ma mère, mais il était là. Cette pastéra
a été baptisée et arrosée devant témoins,
mon père lui donnant le nom de " Poquisse ", le surnom
de ma mère.
Voilà un surnom dont jai dû
connaître lorigine mais qui, aujourdhui, méchappe
totalement.
Cette pastéra, mon père et moi,
nous nous en sommes beaucoup servis. Elle avait des qualités
de légèreté, de stabilité et de robustesse
qui valaient bien celles des pastéras traditionnelles. Dautre
part, elle ne demandait pas dentretien, alors que les bateaux
en bois demandaient bien quinze jours de travail à chaque saison,
pour boucher les fentes qui se créent entre les lattes durant
lhiver et repeindre la totalité de la coque pour quelle
paraisse un peu pimpante.
La poquisse était vernie dorigine
et je nai pas le souvenir de lavoir vue revernir pendant
son existence.
La poquisse était entreposée dans
un abri construit par Monsieur Andraca.
Le rangement des bateaux pendant la période
hivernale était un véritable problème, les plages
de sable étant encaissées, la plupart du temps, entre
des falaises rocheuses, et la Méditerranée en colère
portait ses coups de boutoir humide jusquau pied des rochers.
Il était hors de question de laisser un bateau sur le sable pendant
cette période de lannée.
Monsieur Andraca avait repéré un
rocher offrant une partie plane dune surface adéquate pour
entreposer un bateau et se trouvant à 3 trois mètres au-dessus
du niveau de la plage. Cétait totalement inaccessible.
Il avait construit un système très ingénieux, constitué
par un châssis aux deux extrémités duquel était
fixé un palan permettant de hisser ce dernier supportant le bateau
et de le coulisser jusqu'à son emplacement rocheux. Le tout,
surmonté dun toit en Fibrociment ondulé, offrait
un abri très sûr. Quand Monsieur Andraca fut muté
en Tunisie, il céda ce garage à bateau à mon père
qui venait dacquérir la Poquisse.
Chounet.