MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Le Lamparo

 

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Des techniques de pêche ancestrales
Méditerranée Magazine juillet-août-septembre 98

L'interdiction début juin des filets dérivants en Méditerranée à partir de 2002 a pu faire croire que la pêche s'y transformait largement en activité industrielle. Idée fausse, tant la grande majorité des pêcheurs des deux rives pratiquent encore le « petit métier » et utilisent des techniques déjà connues dans l'Antiquité. Inventaire de ce monde où la relative rareté des poissons a décuplé l'inventivité des hommes.

Des techniques ancestrales
Cette permanence du rapport affectif des pêcheurs avec leur élément se nourrit de la survie de techniques ancestrales.

Le lamparo
La pêche au lamparo, très ancienne elle aussi, se pratique de nuit. Les poissons, attirés par la lumière d'une lampe, se regroupent près du bateau : on les rassemble alors au filet, souvent avec une senne tournante non coulissante. Cette technique, pratiquée dans la capture des sardines et des anchois, fut longtemps l'une des plus importantes du bassin méditerranéen. Aujourd'hui sa pratique diminue à cause de la stricte réglementation qui limite les ravages qu'elle causait sur les stocks de poissons.
Méditerranée Magazine

Un surfeur d'Internet interloqué.

À la recherche d'informations sur les sennes tournantes coulissantes utilisées pour la pêche au lamparo de la sardine au Maroc, j'ai abordé votre site et j'ai été ravi de découvrir d'emblée le paragraphe suivant (parmi de nombreuses citations de la littérature grecque et romaine) : "L'interdiction début juin des filets dérivants en Méditerranée à partir de 2002 a pu faire croire que la pêche s'y transformait largement en activité industrielle. Idée fausse, tant la grande majorité des pêcheurs des deux rives pratiquent encore le " petit métier " et utilisent des techniques déjà connues dans l'Antiquité. Inventaire de ce monde où la relative rareté des poissons a décuplé l'inventivité des hommes."
CHAPEAU BAS !

Directeur de recherche au C.N.R.S. (mais bientôt atteint par l'âge de la retraite) je compte parmi les quelques scientifiques aventureux qui sont allés à Bruxelles plaider le maintien des filets maillants dérivants artisanaux (thonaille, spadara, etc.), condition de la survie de la pêche professionnelle en Méditerranée, qui repose sur les petits métiers et la polyvalence.
La seule condition est toutefois d'utiliser des microbalises acoustiques pour avertir les dauphins de la présence de ces engins de pêche qui sont dangereux pour eux. Et cela marche : en 2005, les thonailleurs languedociens et provençaux sont toujours en pêche, mais pour combien de temps encore ? Bruxelles concocte sa PCP Méditerranée et seule, FAO, si elle le voulait enfin pourrait défendre encore nos amis pêcheurs.
Défenseur à la fois les pêcheurs et les dauphins, je vous félicite d'avoir attiré sur la confusion qui a été faite entre les artisans utilisant des filets maillants dérivants en Méditerranée et les navires industriels taïwanais, coréens et Japonais qui ont un moment infesté le Pacifique.
Il est cependant établi aujourd'hui que les plus grands massacres de dauphins ont été faits non pas des filets maillants dérivants avoisinant parfois une centaine de kilomètres, mais par les grandes sennes tournantes coulissantes industrielles ciblant les (!)
Quod erat demonstrandum, bien sûr.
Comment mieux vous connaître ?

Guy Imbert

Directeur de recherche au C.N.R.S.
Centre d'Océanologie de Marseille

Index Mails

Un grand merci pour votre commentaire et vos compliments, le texte auquel vous faites référence est extrait de Méditerranée Magazine juillet-août-septembre 98. Nous ne sommes pas des scientifiques, mais nous sommes une petite poignée de passionnés de poissons et de fonds marins de notre Méditerranée (surtout celle qui se trouve au nord de l’Afrique).
Nous entendons parler de pollution et de poissons qui se raréfient, nous essayons tout modestement d’apporter notre contribution à la connaissance pour éviter, si possible, de voir disparaître ce que nous avons connu.
Pour ma part je suis très heureux qu’un scientifique actif trouve un intérêt à ce que nous avons pu faire ou dire et, si vous estimez que nos pages peuvent être un bon moyen de débattre et donc de préserver notre Méditerranée, elles vous sont ouvertes.
Nous restons donc très ouvert et tout à fait prêt à entretenir un dialogue.

Chounet

La pêche et les pêcheurs en Algérie, mémoire, Edgar Scotti et Joseph Palomba.

Avec l’accord et la complicité bienveillante de Bernard Venis
Un grand merci à tous les trois pour ces lignes qui sentent autant le sel que l’iode.

La pêche au feu

Le Lamparo. Habituellement on désigne sous ce nom, indifféremment le bateau ou le filet employé pour la pêche à la sardine. Dans le passé, cette pêche s’appelait également " pêche au feu " pour la raison qu’elle nécessitait l’emploi d’une barque annexe équipée de grosses lampes à abat-jour alimentées à l’acétylène, qui la nuit diffusaient une forte lumière sur la surface de l’eau, attirant ainsi le banc de sardines sous la barque où elles seront cernées et piégées par le filet déployé par le lamparo.
Pratiqué de nuit, ce métier fut importé d’Italie à Alger par des pêcheurs venus des villes de Céfalu en Sicile et de Cétara dans le golfe de Naples. Il avait atteint son apogée après 1945 tout au long de la côte algéroise, de Ténès à Dellys en passant par les plages de Bou-Haroun, Chiffalo et Courbet-Marine.

…/…

Vers 1914, des balancelles et des tartanes pratiquant la pêche aux bœufs bien loin à l’Est d’Alger découvriront au large d’une plage, un nouveau parcours de traîne (ou cale) pour leur filet dont les prises s’avérèrent riches et abondantes de poissons de fond mais aussi de surface comme les sardines et anchois. Aussitôt, ces heureux pêcheurs baptisèrent ce lieu " Calanove ", qui veut dire en patois napolitain nouvelle cale. Cette appellation persiste encore aujourd’hui parmi les autochtones pour désigner la plage de Courbet-Marine.
Calanove, plage privilégiées qui attira de grandes familles de pêcheurs, comme les familles Amabile, Apicella, Gatto, Ferrigno, Salsano, Liguori, Galano, Falcone et bien d’autres venues de leur " Cetara natale ", cette ville " aux citrons ", ville qui parfume le golfe de Naples, pour (à force de labeur et de privations) en faire le premier lieu de pêches aux lamparos de tout le littoral algérois.
Hélas, pour cette pêche, son déclin s’amorça dès l’utilisation du chalut pélagique par les puissants chalutiers modernes, munis d’appareils performants de détection, permettant d’énormes prises de " poissons bleus " en plein jour. Il est certain que cette exploitation entraînera infailliblement dans un avenir prochain, l’arrêt du lamparo sur tout le pourtour de la Méditerranée.
Ce sera dommage à bien des égards. On ne verra plus, barrant l’horizon les nuits d’été, déployer le long du littoral algérois, briller les feux des lampes des lamparos qui formaient une dentelle d’étoiles féerique et visible depuis la côte ! On n’assistera plus au petit matin, dans les ports et sur les plages du rivage, au retour des bateaux semi pontés du type " pointu " napolitain, remplis à couler bas de sardines, dont les écailles d’un bleu-vert émettaient des reflets argentés. On entendra plus, comme à Bou-Haroun et à Chiffalo, l’appel de la sirène appelant à l’ouvrage des centaines de femmes et de jeunes filles, chrétiennes ou musulmanes, pour vider et étêter ces poissons et participer au conditionnement de ce produit. On ne verra plus, comme à Courbet-Marine, des centaines d’habitants, adultes ou enfants, des nombreux douars disséminés entre la plage et le village de Courbet à 4 km de là, accourir dans les chauds matins d’été pour s’employer dans les nombreux ateliers de salaisons construits à même la plage.

Edgar Scotti et Joseph Palomba

     
 
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