Comme Chounet l'a expliqué dans sa préface, maman était
une Bainsrominoise de longue date. Elle fréquentait déjà
notre village vers les années I928, se rendant alors souvent
chez son oncle LASSUS qui habitait à l'époque un immeuble
situé derrière le grand café /:terrasse RIPOLL
et qui descendait jusqu'à la plage située entre la plage
CAMPELO et la plage Martin. Je me souviens que nous avons également
occupé un logement sous l'appartement des BENARDO avec vue imprenable
sur le " grand rocher " sans parler, bien sûr, de notre
séjour dans l'immeuble DEMEURE. Ce n'est que vers les années
I956... que mes parents ont délaissé les Bains Romains
pour la Pointe Pescade où ils venaient de faire construire.
Tout cela pour expliquer que " la famille Hernandez " de par
la participation de maman, c'est un peu un petit bout d'histoire de
notre village.
Comment en est-elle venue à monter sur les planches ? Elle avait,
par ennui et pour combler le vide du départ de ses enfants, accepté
une place de caissière au C.R.A.D, Centre Régional d'Art
Dramatique d'Alger dirigé par Geneviève Baïlac. Ce
n'était pas un travail à plein temps et cela lui laissait
pas mal de temps libre. Elle assistait donc souvent aux répétitions
de tous ces comédiens amateurs qui allaient plus tard nous régaler
de leurs sketchs improvisés. Et c'est quand le personnage de
"Mme Hernandez" a surgi de l'imagination de ce petit noyau
de départ : Lucette SAHUQUET, Anne BERGER et Geneviève
BAILAC, que maman s'est trouvé propulsée sur la scène
pour un essai, essai qui finalement s'est révélé
concluant et qui lui a donné du même coup le virus de la
commedia d'el arte. On connaît la suite. Dès la première
représentation le succès a été immédiat
et notre troupe d'amateurs a du quitter plus tard, emploi et famille,
pour faire connaître au-delà de l'Algérie la joie
de vivre de ce petit peuple "pieds noirs".
Comme tout ce qui se trouvait sur scène au C.R.A.D, se retrouvait
un jour sur la terrasse de mes parents à Pointe Pescade, jai
donc baigné dans ce climat "bon enfant" dès
le début de l'aventure. Que de fou rires avec Lucette SAHUQUET
et Anne BERGER qui n'avaient pas leur pareil pour improviser des scènes
délirantes, c'était à celle qui faisait mouche
la première. Croyez-moi on ne s'ennuyait pas. J'en ai gardé
une vieille amitié avec Anne BERGER et des photos précieusement
conservées que je me fais un plaisir, aujourd'hui, de partager
avec vous.
Pour tous les nostalgiques de la " Famille Hernandez " je
leur signale qu'ils pourront retrouver la comédienne Anne BERGER
dans le dernier film d'ARCADY "Mariage mixe" sorti en salle
en 2OO3 et, je crois, disponible actuellement en D.V.D.
Nous en profitons pour rendre hommage à Geneviève BAILAC
sans qui nous n'aurions pas eu la joie de connaître "La Famille
Hernandez"
REGINE "la fille à sa mère........"
Castel l'armurier
À la récréation, la sonnerie libératrice
agissait sur nous, comme un réflexe de Pavlov. C'était
la course aux urinoirs situés au fond de la cour. L'odeur de
Lisol (désinfectant de lépoque) y était si
forte qu'elle en imprégnait la laine de nos vêtements.
Un jour que, pris d'assaut, tous les postes individuels étant
occupés, mon ami et moi, urgence oblige, entrâmes dans
l'espace ottoman, en ayant soin de ne pas glisser.
Lui était grand et fort, moi, petit et malingre. Nous pouvions
donc nous tenir debout, côte à côte et nous livrer
au sport de notre âge : qui, en vidant son eau arrivera le plus
haut sur le mur de céramique blanche?.
Occupé à l'arrosage, mon copain remarqua quand même,
la comparaison était inévitable, que mon tuyau de jardinier
était plus court que le sien, et en conclut que j'étais
de la religion de ceux, qui huit jours après leur naissance passent
à la guillotine
Et moi, dans mon for intérieur, je pensais pour me consoler,
que si son calibre était ainsi favorisé, c'était
parce que Castel, lui, noblesse oblige, était bien le fils de
l'Armurier.
À cause d'un accident professionnel, m'avait confié son
fils, Monsieur Castel père, tirait la jambe pour se déplacer
(je m'excuse pour ce jeu de mot mal placé).
Au long des années, je préférais le trottoir de
son magasin, pour m'arrêter devant la vitrine et contempler la
panoplie des armes de chasse aux verrous graves et enluminés,
aux canons longs et doubles, les carabines aux crosses de bois travaillées,
les fusils automatiques et à lunettes, les armes de poing de
tous calibres, les étuis en cuir, le tout de la Manufacture d'Armes
de Saint-Étienne dont, à défaut, je feuilletais
inlassablement lépais catalogue.
Qui n'a pas rêvé devant ce fusil à air comprimé,
qui tirait des plombs éventails, ainsi que devant ces harpons
à double sandows, ces palmes, ces lunettes sous-marine avec leurs
schnorkels de couleur?.
Et, en avant, une grande photo du fils, en maillot de bain, brandissant,
enfilé dans la flèche de son harpon, un magnifique Mérou,
roi des profondeurs et des grottes sous-marines.
Mais ces belles images furent gâtées, quand un certain
26 Mars, des balles vinrent ricocher avec un bruit d'enfer sur le rideau
baissé de l'armurerie. La vitrine se vida, et ne restèrent
que du fil de pêche et la photo de mon camarade.
Castel ou es-tu?..