MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

La bosse

 

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Image recomposée par bainsromains.com

 

UNIQUE , NOTRE BOSSE DE CHAMEAU ?

Rien n’est moins sûr.
Comme nous l’a appris Pierre, notre village bien-aimé doit son origine à la rencontre fortuite d’Enée, prince de Troie, avec ce rocher qui sera nommé bien plus tard " la Bosse du Chameau ".

Confortés dans nos certitudes, nous pouvions dormir sur nos deux oreilles en rêvant à ces lieux bénits des dieux, où nous avions passé une jeunesse insouciante.
Or le doute vint, colporté par Pierre lui-même :
" Je suis inquiet : il me revient que les Pescadopointus auraient leur Bosse de Chameau . On nous aura tout pris. Il faut tirer cette affaire au clair "

Optimiste de nature, je le rassurai :
" S’il n’y avait qu’une bosse, ce serait la bosse du dromadaire. Puisque celle que nous connaissons bien est dite " du chameau ", cela implique qu’il y en a une deuxième. La première est immuable. Nous savons où elle est. La deuxième se balade. "

Il me répondit :
" Camille, vous avez réponse à tout. Je suis rassuré. "
Mais, hélas, nous n’allions pas en rester là.

" Quand même, je relis la lettre d'une amie d'Alger, Jacqueline Triay, qui avait un cabanon Bd Pitolet sur un rocher de la Poudrière. Elle me dit : "Je me demande si une caravane de chameaux ne se serait pas égarée un jour sur cette côte. Je ne savais pas qu'il en était resté un aux Bains-Romains (c'est-y donc possible, Camille ?), mais en revanche je connais très bien les deux énormes rochers de la plage des "Deux-Chameaux" (ils sont 'core plus costauds, aux Deux-Moulins; il faut tout qu'ils aient en double, parole), Bd Pitolet, juste avant le parc aux huîtres en venant d'Alger vers St-Eugène."

Allons bon ! Nous voilà avec une foule de bosses sur les bras. Nous sommes désemparés, tel l’enfant qui, dans un supermarché, entend un congénère dire " Maman " à une étrangère. " Non, l’est là Maman " Et il pointe son doigt vers l’UNIQUE, la sienne.
Il fallait en avoir le cœur net.
Je m’adressai à Solange, Pointue de Pescade, que maintenant vous connaissez tous à travers ses écrits.
" Solange, est-il vrai que " vous " avez " votre " bosse de chameau ? "
La réponse arriva, très vague…

" A la Pointe Pescade, nous avons aussi un rocher au large et à l’Ouest de la plage Franco. Peut-être les gens qui se baignaient là l’appelaient la bosse du chameau. Je n’en sais rien du tout. Ce n’est pas moi qui vais vous aider à tirer cette affaire au clair. "

L’angoisse s’est emparée de moi. Dans mes cauchemars, notre Bosse a largué les amarres. Elle dérive…et moi aussi. Je n’ose plus écouter les infos. On va peut-être nous annoncer que sur Mars, telle protubérance a été baptisée " The Camel Hump " à cause de sa morphologie…
Qui va nous aider à trancher ( la question, pas la Bosse) ?

Camille, Pierre, Jacqueline, Solange.

Camille Delpla (née Dumont-Desgoffe)

Notre bosse a largué ses amarres, nos rochers partent à la dérive, ça ne m’étonne pas, c’est encore la faute de la mémoire active.

La mémoire passive, elle, est préservée car elle est enfouie au plus profond de nos neurones et elle conserve sa fraîcheur d’origine. Le seul problème c’est que l’on ne s’en souvient pas si il n’y a pas un déclic, je pense par exemple à mes cab-cab. Je les avais complètement oublié, quand, à la prononciation, bien involontaire, de ce mot, ils me sautent au visage avec leur couleur bois et leur musique tellement particulière. Et là, de passive, la mémoire devient active.

La mémoire active, elle, et dans certains cas que l’on pourrait qualifier de passionnels ou d’émotionnels, nous envahie la tête, nous cavale sur les neurones à défaut de nous cavaler sur l’asphodèle. Elle devient une idée fixe dont nous avons beaucoup de mal à nous défaire, c’est un bourdonnement d’images, un paquet de sons, une boîte de musiques, une palette de couleurs et un gros sac de discours. Le pire c’est que l’on fini par en rêver et que le rêve modifie nos souvenirs, il y a interaction entre le rêve et la réalité des souvenirs, au final tout se mélange et donne des résultats surprenant.
Je pense aux rochers qui se trouvaient à gauche de la plage Martin en regardant la mer, au pied d’un de ces rochers il y a un très beau trou dans lequel nous trouvions régulièrement du très beau sar ou du très beau mérot, combien de fois ai-je rêvé à ce trou ? Et régulièrement le trou changeait de forme, l’environnement changeait de nature, dans mes rêves seulement, au point que je finissais par m’interroger sur la réalité et l’existence du lieu, toujours en rêvant.

La question est de savoir si nous avons vraiment besoin de ramener nos rochers à leur place habituelle en les ancrant de manière à ce qu’ils ne risquent plus de se carapater ou si, au contraire, nous voulons les laisser vivre leur vie tout en les retrouvant au détour de la mémoire d’autrui.
En ce qui concerne notre bosse, elle s’appelait bien avant ma naissance dos du cochon, nous avons même une photo qui l’atteste, elle dispose donc d’une sérénité et d’une assise bien ancrée et elle ne risque pas de se barrer de ma mémoire active, je pense même être capable de décrire sa base immergée, c’est du sable presque tout autour.
Comme quoi la mémoire active finie toujours par être trahie par la photo.
C’est une des grandes leçons que je tire de notre aventure internétienne.

Chounet

DE LA BOSSE DE CHAMEAU

En gastronomie

Depuis un an, les autorités chinoises ont confié la responsabilité de Chinagora à un groupe de jeunes dirigeants originaires de la province du Zhejiang, rompus à la gestion capitaliste, qui affiche l'ambition de faire connaître la haute gastronomie chinoise. Vaste entreprise, car les traditions sont nombreuses et variées. Ici, c'est celle de Canton qui délivre ses saveurs contrastées : l'aigre-doux, les oppositions fruits viande et viande poisson (porc doux mêlé au poisson salé).
Parmi les grandes réussites de cette table, le riche potage aux fruits de mer appelé “Bouddha sautant par-dessus le mur“, ou encore le turbot, présenté en filets avec son arête frite intitulée “une voile, vent fluide“. Le homard au gingembre est simplement tronçonné, sauté au wok. Le canard laqué entier, classique de la cuisine pékinoise, est ici servi avec une sauce d'huître; plus rare est le canard pi-pa, aplati en forme de luth, dont la technique de préparation permet la cuisson simultanée de la peau croustillante et de la chair.
L'art culinaire chinois, depuis l'époque des Tchéou, est désigné par une locution qui signifie “découper et cuire“. L'art de la découpe en fines tranches, que l'on imagine conditionné par l'emploi des baguettes, est d'abord destiné à offrir la plus grande surface possible aux agents d'aromatisation et de cuisson. C'est un procédé qui permet à la cuisine chinoise d'utiliser la gamme la plus vaste de denrées que l'on puisse imaginer, de la bosse de chameau à l'holothurie, des algues aux cuisses de grenouilles.

Le monde 25 juin 2004

L'auteur de cet envoi gastronomique c'est Pierre.

La bosse du chameau.

Il était une fois, un chamelier tout bossu, couvert de poussière, allant de villages en villages, traînant derrière lui, un fort et beau chameau. Il a le poil couleur cannelle, et ses dents sont larges et carrées.
A chaque village, les habitants se précipitent pour toucher la bosse du chamelier, qui paraît-il porte bonheur. En échange, bien sûr, celui-ci demandait quelques victuailles. Son chameau, lui se contentait de feuilles de cactus, bien gorgées d’eau, qu’il engloutissait goulûment sans se préoccuper des piquants qui ornaient celles-ci.
Un jour, par hasard, le bruit courut que le chamelier dissimulait un trésor dans la bosse de son chameau. Cette nouvelle se propagea au rythme du tam-tam . Les villageois voulaient maintenant toucher la bosse du chameau et non plus celle du chamelier !
Aussi le chamelier fût pris de désespoir. Qui allait lui porter maintenant de quoi se nourrir ? Et de plus le pauvre chameau devenait la convoitise de tous les voleurs des environs, qui se mirent à le traquer, à lui tendre des pièges. Si bien que la vie du pauvre chamelier devint un enfer.
Des bruits chuchotés, amplifiés, courraient. La légende s’enflat et parcourut tout le pays.
Qui y a-t-il donc dans cette bosse ?
Tout le monde se posait la même question. Et le pauvre chamelier lui-même ne pouvait y répondre.
Alors il inventa une histoire :
Dans la bosse du chameau il y a :
Des chants d’oiseaux,
Des rires et du soleil,
Du sable et de l’eau,
Des dunes ensoleillées,
Et de jolis palmiers.
Des turbans qui dansent,
Et volent dans le vent.
Des figues et de l’eau
Fraîche comme la pluie.
Des fleurs de cactus,
Où naissent les enfants.
Des nuées d’abeilles,
Qui bourdonnent.
Des rouleaux de miel,
De lourds lingots,
Et des gâteaux,
Des mantécaos
Bien sûr !
Bon, trêve de quiproquo.
Le chamelier effrayé par les proportions que prenaient cette légende s’enfuit, à grandes enjambées, tirant son chameau.
Mais derrière lui :
Tac, tac, tac,
Des pièces d’or roulaient, tintaient et étincelaient sur le sable doré.
Les enfants se mirent à crier, et ameutèrent tout le village. Les villageois se précipitèrent derrière le chamelier, qui tirait son chameau, courant toujours. Il ne s’aperçut pas que la bosse de son dos diminuait de volume et qu’il perdait toute sa petite fortune, accumulée et cachée en une fausse bosse dans son dos.
Au détour d’une dune, passant sur des sables mouvants, il disparut avec son chameau. Les villageois arrivés sur les lieux, stupéfaits, ne virent qu’un remous dans le sable et quelques pièces d’or éparpillées.
Ainsi, s’acheva la légende du chamelier bossu, que le soir, sous la tente, autour du kanoun, les Touaregs, les hommes bleus du désert, racontent à leurs enfants.

Jocelyne Mas-Lévèque-Fougère

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