La corde à nuds ou la corde à mesurer
la profondeur.
On ne peut pas dire que ce soit un jeu denfant,
serait-ce alors un jeu dadulte ? je ne laffirmerai pas,
mais je pense que ce nen est pas loin.
Il nous avait pris lenvie avec Jean-Marc Verdu de savoir, à
nos âges respectifs, puisque nous devons avoir deux ou trois ans
de différence, à quelle profondeur nous étions
capable de plonger en apnée.
Nous avons donc, non cest plutôt Jean-Marc qui a confectionné
une corde à nuds. Le truc basique, un grappin au bout et
une corde qui présentait un nud environ tous les mètres
et devait faire une vingtaine de mètres, dont une extrémité
restait fixée au bateau.
Un beau matin, par temps calme, ce qui nest pas rare en période
estivale, nous partîmes en expédition au large du rocher
des rats, dans le but de tenter cette première expérience
tout à fait digne du grand bleu, dont à lépoque
tout le monde se foutait car lheure nétait pas du
tout à lappréciation de la beauté du monde
sous-marin.
Je suis très frappé par ce décalage énorme
quil y a, à grosso modo, une cinquantaine dannée
de différence. À lépoque de Bains Romains
cétaient les calmars géants, les pieuvres monstrueuses
et les poissons directement sortis de lenfer des fonds sous-marin
qui prévalaient et lon nimaginait pas une seconde
faire un film autre que dépouvante en parlant de la mer
et des poissons.
Revenons au large du rocher des rats, quand je dis au large cest
un petit large, nous dirions 50 à 100 mètres mais cétait
tout à fait suffisant pour trouver les fonds que nous recherchions
à savoir entre 15 et 20 mètres car nous étions
très au fait de nos possibilités. Pour nous, la plongée
nétait pas du bidon, cétait très sérieux
et nous étions très conscient des dangers, des risques,
mais aussi des moments de bonheur que ça présupposait
et de nos capacités à gérer les situations diverses,
il faut dire que nous étions très souvent accompagnés
ou accompagnateurs dadultes et que nous nétions pas
à notre première plongée.
Nous jetâmes notre dévolu su un fond sable et rochers en
plateau couverts dalgues, un peu comme les fonds photographiés
par Zac en 2004 qui doivent se trouver, à peu de choses près,
au même endroit, et installâmes notre dispositif pour faire
nos premières mesures, de mémoire je nai pas le
souvenir davoir vu beaucoup de poissons ce jour-là, il
faut dire que ce nétait pas un de nos lieus de pêche
privilégié.
Ces deux photos sont vraisemblablement prise dans la zone
du rocher des rats.
Les premières plongées ont montré
une performance pour Jean-Marc qui représentait entre 15 et 18
mètres sans forcer et pour moi une douzaine de mètres
en forçant et jai dû forcer car, à la troisième
plongée, javais du sang plein le masque. Panique à
bord ! ! !
Heureusement Jean-Marc était pour moi comme un grand frère
qui veillait tout en gardant une grande sérénité.
Ce nétait pas la première fois que je le voyais
prendre les choses en main comme un vrai marin tout à fait maître
de la situation.
" Monte dans le bateau, me dit-il, mais avant de monter enlèves
ton masque et laves toi bien le visage. Ensuite nous rentrons "
Je mexécutais sans discuter et effectivement je maperçue
que les saignements avaient disparu.
Je me sentais déjà plus rassuré mais bien heureux
tout de même denvisager de rentrer au cas où la situation
se serait de nouveau dégradée.
Je commençais à ranger le bateau et mapprêtais
à remonter cette corde à nud qui nous servait de
grappin tandis que mon ami Jean-Marc, sans trop se presser, faisait
un dernier tour, voir une dernière plongée. Il sapproche
du bateau avec au bout de la flèche de son fusil harpon un énorme
poulpe, enlevant son tuba il me dit, " il était sur un fond
de sable, je nai pas pu résister ! ! ". Et le voilà
qui soulève le poulpe hors de leau pour le mettre dans
le bateau. Jusque-là pas de problème ! le poulpe a bien
atterri, et là où les problèmes sont apparus cest
que pour cette énorme bête, la flèche du fusil de
Jean-Marc, nous avions des " baby champion " à lépoque,
devait représenter un cure-dent planté dans le gras dun
cachalot. Le poulpe se mit à parcourir le bateau de lavant
à larrière en jouant avec la flèche comme
un écrivain du temps jadis jouerait avec sa plume doie.
Autant vous dire que mon petit problème de saignement était
complètement oublié, que le poulpe que je ne réussissais
pas à maîtriser dans le bateau car il était aussi
puissant que rapide cest retrouvé sur un côté,
intérieur dabord, extérieur ensuite de notre petite
pastéra se prénommant Jean-Louis, je rappelle quelle
avait appartenu à Jean Louis Bévière avant de mappartenir,
et enfin notre poulpe, toujours avec sa flèche sest retrouvé
sous le bateau, les tentacules collées à la coque comme
une arapède sur son rocher.
Montage bainsromains.com. Les ventouses du poulpe sont
très puissantes.
Tout ça, vous laurez compris, naura
duré que quelques minutes et Jean-Marc se trouvant toujours dans
leau plonge et tente de décoller le poulpe en sarc-boutant
à la flèche dune part et dautre part au fond
immergé de notre pastéra, sans toutefois réussir
à décoller se satané poulpe qui jouait les ventouses
suceuses sur le bois du Jean-Louis.
Je ne me souviens plus très bien comment tout ça cest
terminé, mais il y a une chose dont je suis certain cest
quil nous a fallu attendre que le seigneur poulpe veuille bien
se décoller du bateau et filer vers le fond avant de pouvoir
envisager un retour salutaire vers la plage Martin.
Retour qui se fit sans autre complication, il y a un souvenir de la
plage Martin que je garde au plus profond de mon petit " moi-même
" cest le bonheur du sable chaud, sur le ventre ou sur le
dos, après une sortie comme celle-là, qui vous réchaufferait
une armée dours polaires perdu sur la banquise en pleine
tempête de neige.
Pour mettre un point final à se souvenir qui reste pour moi une
grande chose, je dirais que jai raconté mon histoire de
saignement à un adulte qui se trouvait, ce jour-là, plage
Martin et que jai pris une engueulade monumentale sous le prétexte
fallacieux que jaurais pu y rester pour cause déclatement
des tympans et du déchirement des sinus. Je pense quà
lécoute de cette histoire la personne en question, dont
je suis incapable de me souvenir, à prise peur et cest
crû obligé de forcer les traits pour calmer sa propre panique.
Cest ce qui sappelle se projeter dans le personnage.