MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

Les cafés Ripoll

 

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" Les cafés Ripoll "

Si j’en parle au pluriel, c’est que dans mon souvenir, leur situation et leur fréquentation les différenciaient.
Le café du bas, situé à l’angle de la rue Benoit Bernardot et de la Nationale 11, attirait régulièrement les villageois, friands de nouvelles du jour, sérieuses comme fantaisistes, d’apéritifs et de kémia, de parties de cartes, de jacquet, de baby-foot ou de billard.
Il va de soi, que nos pères et nos grands-pères y passaient du bon temps. Pour preuve, ils rentraient assez joyeux avec la "bonne blague " ! alors que les tâches ménagères retenaient nos mères et grand’mères. Mentalité de génération oblige !
Il m’est arrivé, enfant, de devoir y pénétrer, intimidée par le tohu-bohu lyrique, un peu honteuse aussi, d’insister, à la demande de maman, sur l’heure du repas. C’était un rendez-vous convivial, passage obligé pour se requinquer et se tenir au courant de la santé et de la vie sociale du village. L’indifférence n’était pas de mise ! Aux beaux jours, les manifestations festives se terminaient sur la terrasse – photo de l’année 1947, je pense, car je suis perchée sur les épaules de mon papa et je dois avoir deux ans -.
Mon intérêt est allé croissant pour ce lieu.
A l’âge des interdits, nous filions en cachette dans l’arrière salle, et perchés sur une chaise, ouvrions le coffret à deux battants qui abritait le " cul de Fanny ". Nous ressortions aussi discrètement et à l’extérieur pouffions de rire. Monsieur Ripoll, habitué à ce manège, devait, bien rire aussi.
Puis, à l’adolescence, il devint un des lieux de rendez-vous de la " bande ", le jeudi après-midi. Le vrombissement des " rumi " des copains en était le signe le plus évident. Nous poussions facilement la porte du café, pour disputer des parties de baby-foot, quelquefois pour consommer " sélecto " ou " pam-pam ", et surtout pour écouter, à loisir, des airs nouveaux, venus d’ailleurs. Belle invention le juke-box !

Le café du haut, situé à quelque cent mètres du précédent, sur la Nationale 11, était plus spacieux. Grande salle avec estrade pour les spectacles modestes et chaleureux de fin d’année. Elucubrations de Guignol ou scènes bibliques interprétées par une petite troupe théâtrale dirigée par le missionnaire. Du couronnement de la Vierge à la naissance de Jésus : l’attention était soutenue ! Le téléviseur, on en parlait à peine ! Photo de 1952.
L’été, sa terrasse faisait office de cinéma plein air. Sortie familiale, folklore des petits villages à rituel fantaisiste. Petits coussins posés sur des chaises inconfortables; " actualités du continent " avec en générique " Afrique films "; entracte et vente de cacahuètes dans des cornets de papier journal ; pluie d’étoiles filantes ; films qui nous tenaient éveillés tels " Tarzan " ou " Ali Baba ", et d’autres qui nous plongeaient dans un profond sommeil, assis, ou allongés sur deux chaises pliantes. Le plus fâcheux était le réveil et le retour à la maison. Heureux ceux qui restaient blottis dans les bras tièdes des parents.
Si les murs avaient des oreilles et pouvaient s’exprimer, ceux de ces deux cafés seraient intarissables !
Michèle Pastor-Mari

Michele Pastor

 

 

 

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