Un jour un homme a soufflé dans un tuyau et a ainsi engendré
une poussée capable de lancer des projectiles. Avec la sarbacane,
il avait aussi inventé le principe de la transmission pneumatique
sans en être conscient.
Dans les lignes de force de nos souvenirs nous trouvons dune
manière évidente lodeur et le goût. Françoise
Bernard Briès nous le confirme avec ses éloges du lentisque
et du roseau et Marc Stagliano, si besoin, contresigne avec ses textes
sur les odeurs. Lodeur cest surtout les oursins, le goût,
pour moi, ce serait plutôt le lentisque et le roseau avec la sarbacane.
Supposons que nous nous trouvions plage Martin à Bains Romains
et que nous souhaitions fabriquer une sarbacane, nous allons voir ci-dessous
comment il faut sy prendre.
Vous tournez le dos à la mer et vous avez, à votre gauche
des roseaux qui se trouvent entre la plage et la villa occupée,
à lépoque, par la famille Faivre, villa construite
par la famille Dechavanne. Si vous avez bien visité le site vous
devez savoir que cest sous cette villa quil y a des ruines
de thermes romains. Si ces roseaux ne vous inspirent pas regardez donc
en face de vous, il y en a aussi entre la terrasse des Belombras et
la plage elle-même.
Dès que vous aurez fait votre choix diriger vous vers un roseau
qui porte un beau plumeau, un plumeau ample, un plumeau qui ressemble
plus à un panache quà un balais usé. Noubliez
pas de mettre vos " cab-cab " pour éviter de vous blesser
les pieds, les racines de roseaux retiennent des tas de cochonneries.
Coupez ensuite votre roseau, vous pouvez le couper à la base
ça repousse comme du chiendent. Revenez sur la plage vous aurez
beaucoup plus de facilités pour la suite.
De mémoire le roseau est tendre et il est couvert, sur toute
sa hauteur, de feuilles très allongées et un tantinet
coupantes. Choisissez le côté de lextrémité
haute, là où les feuilles terminent leur couverture, vous
apercevez, entre la fin des feuilles et le plumeau une partie tubulaire
toute droite et toute lisse, attention, ça devient délicat.
Vous couperez le roseau à peu près au début de
cette partie tubulaire dun vert tendre comme une prairie normande.
Si les dernières feuilles vous gênent vous pouvez les éplucher
comme on épluche un artichaut. Aujourdhui, ce que nous
navions pas à lépoque, vous disposez dun
cutter qui vous permettra de faire une coupe franche, cest important
pour la longévité de votre sarbacane.
Il vous reste donc, dans la main, cette tige qui se termine par le plumeau,
le départ du plumeau est caractérisé par une sorte
de nud, vous pourrez couper la tige avant ce nud, toujours
avec une coupe franche.
Là vous découvrez que cette tige est creuse mais obstruée
par des filaments blanc, avec un peu dimagination vous allez penser
que cest de la " barbe à papa " et bien non !
Maintenant prenez votre plumeau et déplumez le, en faisant attention
de ne pas le casser, il va nous servir.
Lorsque votre plumeau est déplumé il vous reste une tige
qui se termine en pointe, cest avec ça que vous allez nettoyer
lintérieur de votre sarbacane, un coup dun côté,
ne pas forcer car vous risquez déclater un des orifices,
un coup de lautre, soufflez ensuite dans ce tuyau pour évacuer
le reste de filaments et elle est prête.
Mais il faut la tester, choisissez lorifice le plus large, il
ny a pas de grande différence entre les deux, vous le portez
à votre bouche et vous sucez lembout comme votre père
suce son cigare avant de lallumer, puis appliquez votre langue
sur lorifice, vous soufflerez rapidement et avec force en enlevant
votre langue et en la repositionnant de suite, vous allez entendre un
bruit creux et un peu sourd, à la manière dun pistolet
muni dun silencieux, très courant dans les films policiers.
Ca marche !!
Et là vous avez, dans la bouche, un goût acidulé
sucré, un mélange dagrume et de bois vert que vous
noublierez pas de si tôt.
Il ne vous reste plus quà aller faire un saut en lisière
de la forêt de Baïnem pour faire une provision de lentisque
qui vous servira de projectile. Vous êtes prêt à
faire une partie de cache-cache tir à la sarbacane avec votre
bande de copains, mais avant toute autre chose vous allez porter les
restes de roseaux à la plage des algues il vous serviront à
faire une cabane, une cabane avec des murs dalgues et un toit
couvert de roseaux, mais ça cest une autre histoire
Chounet
Salut Chounet,
Et meilleurs vux à toi, à tous les tiens et à
ton site.
Bravo pour la description très exacte et minutieuse de la sarbacane.
Pour notre part, tous les copains compris, nous "tirions"
à l'olivette qui était de plus gros calibre et de saison
dès juillet.
Reste le taouel ou tire-boulettes qui était très efficace
aussi contre certains lampadaires gênants (!!!) ou objectifs "ennemis".
Très sincères amitiés.
Une lettre anonyme en réaction au manuel de fabrication de
la sarbacane.
Les anges de mer
Il y avait, il y a toujours, en Méditerranée des anges
de mer que personne n'a jamais vu à ma connaissance à
l'exception d'un certain Anonymus qui m'a par ailleurs raconter certains
de ses "exploits" que tous ici pourront juger - aussi stupides
que cruels - et condamner moralement comme il se doit.
Ce triste individu sans vergogne s'est vanté plusieurs fois devant
moi d'avoir utilisé avec quelques uns de ses acolytes tout aussi
crétins que lui certainement, en plus des sarbacanes tirant lentisques
et olivettes, des taouels reconnus par tous les lampadaires et ampoules
de la côte comme étant des armes redoutables,
Mais tous ces jeux d'enfants n'étaient que bagatelle pour Anonymus
en comparaison de ce qui suit ! Là, que les parents sensés
veuillent bien éloigner les enfants de moins de 18 ans des écrans
avant d'en savoir plus.
Anonymus et sa bande poussaient, à leurs moments perdus - ils
en avaient beaucoup de juillet à fin septembre -, le sadisme
jusqu'à édifier ce qu'ils nommaient ouvertement et fièrement
des "pièges à c..." !
Voilà, selon les dires d'Anonymus lui-même, en quoi consistait
ce "jeu" honteux :
"Les jours de beaux temps, lorsque les plages étaient
encore désertes, certains samedis et dimanches matins, de préférence,
mais aussi parfois les 14 juillet et 15 août, bien avant l'heure
du bain, c'est-à-dire bien avant 9 heures du matin, sur certains
lieux précis de passages empruntés surtout par des envahisseurs
qui avaient la sale manie d'occuper nos plages au point de nous en éloigner,
nous dressions à titre uniquement défensif pour protéger
notre pré carré, ce que nous nommions des "pièges
à c ".
Nous creusions pour ce faire quelques trous dans le sable pas
plus de deux ou trois, disposés, après le longues observations
en certains points stratégiques, de façon à barrer
la route de ces intrus quand ils se répandaient bruyants et bardés
de parasols, rabanes, serviettes, bouées, canards gonflables,
ballons, transistors, chaises longues, pliants et cabassettes.
Une fois les deux ou trois trous faits dans le sable humide et odorant,
tout allait très vite ! Nous garnissions leur fond de quelques
belles moitiés d'oursins iodés à souhait mais déjà
dégustés de la veille (par souci de bonne utilisation
des restes enseignés par nos mères et grands-mères),
puis nous recouvrions ces trous renforcés parfois de quelques
petits roseaux disposés en croisillons d'une feuille de papier
journal. Peu importaient les titres, Écho, Journal, DQ, puisque
la bande était apolitique à défaut d'être
complètement illettrée.
La feuille de journal une fois posée sur les roseaux, nous la
recouvrions d'une fine et légère pellicule de sable pour
la dissimuler aux yeux de tous les futurs arrivants.
Ne restait plus alors qu'à attendre le débarquement de
la horde des envahisseurs aux alentours de 9h, 9h1/2. A ce moment, tout
adulte, non identifié comme étant ami, (parfois même
certains amis que d'autres occupations nous avaient empêché
de prévenir à temps), qui avait le malheur d'emprunter
les passages piégés et surtout de poser le pied sur un
de ces trous, écrasait immanquablement les quatre ou cinq oursins
tapis tout au fond. Le ou la touriste subissait alors instantanément,
du fait de son ignorance des lieux uniquement, les nombreuses et cruelles
piqûres des dits oursins.
Ces blessures, accompagnées généralement d'imprécations
fleuries et de jurons sonores et variés, blessures d'amour propre
surtout, je dois le préciser pour notre défense, se soignaient
très facilement en une bonne semaine environ, à l'aide
d'applications journalières de teinture d'iode, de mercurochrome,
d'huile d'olive suivant les goûts de chacun, et se terminaient
en général, pour les plus profondes et coriaces épines,
par des concours de grimaces et noms d'oiseaux qui accompagnaient les
séances d'extractions quasi indolores - aux dires de très
anciennes victimes - à coups de pinces à épiler
et d'épingles stérilisées à la flamme.
Je précise qu'un petit comité, placé à proximité
de ces pièges, était chargé d'éloigner les
enfants et tous les ami(e)s familiers des lieux. Tous les piégeurs
se tenaient, eux, à distance convenable de façon à
pouvoir rire sournoisement sous cape de leurs bêtises lorsqu'un
piège s'était refermé sur sa proie. On se demande
encore pourquoi ?"
Voilà ce dont se vantait Anonymus qui se reconnaîtra,
je l'espère à sa grande honte, lui ou ses complices, tous
très familiers des piqûres d'épines d'oursins qu'ils
se flattaient aussi de ramasser, devant certains béotiens, à
grands coups de talons pour aller plus vite...peut-être à
titre d'excuse.
Je dois préciser que ce misérable m'a encore conté,
il y a peu, ses abominations avec un luxe de détails savoureux
qui dissimulaient mal une certaine nostalgie de cette époque
bénie par tous les protagonistes de ces sombres histoires et
par les oursins eux-mêmes.
Que tous les Anonymus qui se reconnaîtront aient l'amabilité
de se faire connaître auprès de l'ouedmaster qui se fera
un plaisir de publier leurs noms et prénoms.
Anonymus Alexandros
Papier journal
Image recomposée par bainsromains.com
Je vais être le premier des Anonymus qui se fera connaître,
sauf que, si ma mémoire est bonne, il ny a jamais eu doursin
dans nos pièges. Ceci étant cest un peu vrai que
ces jeux étaient stupides. Les trous dans le sable faisaient
bien 60 à 80 cm de profondeur et un bon 50 cm de diamètre,
il est évident que, en tombant dans un trou comme celui là,
il y avait de grands risques pour les chevilles.
Jai souvenir davoir pris des savons spectaculaires pour
avoir fais moult bêtises à cette époque, je nai
pas le souvenir den avoir pris pour la construction de ces pièges,
en fait il y a une chose quil faut dire, cest que lorsque
lon se fait piéger une fois, il est rare de ce faire piéger
une seconde fois car il est très facile de repérer lobjet
du délit.
Anonymus chounet
Cabassette. Voir Capasso.
Capasso. N.m., panier, couffin, grand cabas; à rapprocher de
capacette, cabacet, ou cabacette, coufin à provisions pour le
pique-nique.
Dictionnaire de la langue populaire d'Algérie et d'Afrique
du Nord
Editions Jacques Gandini
Nous aussi, sur la " Grande plage " de Baïnem, faite
de sable et de varech, nous avons creusé des pièges recouverts
de varech, mais lidée ne nous été pas venue
de les agrémenter doursins.
Pendant que nous " faisions la mata " pour surveiller la venue
de nos futures victimes, nous gardions un il rivé sur les
filles qui se contorsionnaient pour enfiler leur maillot, enroulées
pudiquement dans un drap de bain. " Nous priions Dieu quil
fît du vent ", comme la écrit plus tard Brassens.
Avec le recul, ces pièges dans le sable était un jeu idiot,
mais il nous faisait bien rire.
Lodieux Anonymus qui creusait des pièges sur la plage
de Bains Romains avait des émules que jai intimement connus
à Douaouda marine (1).
Mais jai découvert, dans " Le jeu de la mouche "
du grand Camilleri (2), que des Anonymus siciliens pratiquaient aussi
des sfunnapedi semblables à nos coupables facéties.
Je ne résiste pas à lenvie de citer lextrait
" SFUNNAPEDI. Mot à mot ENFONCE-PIED.
Mais en fait cest le pied qui senfonce dans un trou préparé
à cet effet. Au figuré, cela désigne un piège,
une chausse-trape. Les sfunnapedi étaient un jeu cruel auquel
on sadonnait en été sur la plage. Sans se faire
voir, on creusait un trou denviron soixante centimètres
de profondeur, de la largeur dun pied, on couvrait louverture
de minces lanières de tiges de roseau, on posait dessus une page
de journal qui était à son tour camouflée sous
une fine couche de sable. Ce trou devenait ainsi absolument invisible
et tôt ou tard quelquun sy faisait prendre. Quand
jeus quinze ans, je tombai amoureux de Cettina Infantino, laquelle
fit bon accueil à mes sentiments. Pas en paroles, parce quil
était rigoureusement impossible de communiquer par oral : nous
nous limitions à licchiare, cest-à-dire à
échanger longuement des regards emplis de passion. Lété
venu, je mouvris de la chose auprès de mes deux amis et
ceux-ci me poussèrent à faire ma déclaration de
vive voix. Cest ainsi quun jour, profitant du fait que parents,
frères et surs se baignaient, mes amis me convainquirent
que le bon moment était venu et ils me montrèrent un parcours
tortueux que je pourrais faire sans être vu, au milieu des chaises
longues, des parasols et des cabines. Pour me donner une contenance,
jachetai une glace au vendeur ambulant et je me dirigeai vers
la jeune fille en suivant soigneusement le chemin quon mavait
indiqué. Inutile de dire que les deux loustics mavaient
préparé un sfunnapedi et que, arrivé à quelques
mètres de Cettina, je meffondrai lamentablement, tombai
le nez dans ma glace, le visage tout barbouillé, tandis quelle
était secouée dun irrépressible fou rire.
Ainsi prit fin notre amour. Quelques mois plus tard, Cettina déménagea
dans une autre ville, comme moi-même du reste après mes
études universitaires.
Je lai revue lannée dernière sur la plage
chez nous, elle jouait avec son petit-fils.
Elle montra quelle mavait reconnu, elle aussi. Alors je
me levai pour aller la saluer et tandis que je mapprochai, son
sourire qui avait du mal à ne pas se changer en éclat
de rire, suspendit pour tous deux plus de cinquante années de
vie. "
(1) Précisons quen fond de trou, à Douaouda comme
à Bains romains, les échinodermes étaient facultatifs
mais pouvaient accroître le piquant de ce jeu de
(2) Andrea Camilleri Le jeu de la mouche Éditions
Mille et une nuit.