Sauvetage
Nous passions des heures à plonger ou à pêcher
avec Jean Marc Verdu.
Pour la pêche aux oublades, il faut se lever tôt, atteindre
le lieu de pêche vers neuf, dix heures au plus tard et commencer
à "bromitcher". Les lieux de pêche à l'oublade
sont en général assez loin de la plage Martin. Nous n'avions
pas de moteur et il nous fallait donc ramer. Deux bonnes heures d'aviron
en pastéra étaient nécessaires pour y aller, et
autant pour le retour. Cela forge le caractère. Le plaisir ?
Le plaisir, c'était tout à la fois : la Méditérannée,
calme comme un lac, l'absence de vent, une odeur de saumure lors de
l'approche des rochers, le bruit des rames qui plongent dans l'eau,
le bord d'attaque faisant un angle parfait pour éviter la déperdition
musculaire, le coup de rein pour tirer les avirons, le soleil qui est
déjà haut, mais qui n'a pas chassé une légère
brume. Tout cela était apaisant, rassurant, pénétrant,
sécurisant. Mais attention, il faut rester vigilant, une baffagne
ne demande que dix minutes à vous tomber sur le dos et c'est
prodigieusement dangereux une baffagne !
Mais bon, c'est le jeu.
Nous sommes déjà au large, à une bonne heure de
rame, la côte est lointaine, le seau de bromitch exhale son odeur
de sardines décomposée. C'est bon comme là-bas,
dis ! Le silence n'est déchiré que par le bruit des rames.
Ce calme est réjouissant.
Tout à coup nous percevons, Jean-Marc et moi, un vague appel,
très éloigné, sans pouvoir réellement lui
donner un sens. Nous arrêtons de ramer pour écouter. Plus
rien ne se produit ! Nous avançons encore un peu. L'appel se
renouvelle. Nous écoutons : c'est un appel au secours. Première
réaction : ce doitêtre des jeunes gens qui veulent se faire
remarquer. Nous poursuivons notre route. Les appels au secours se renouvellent
à espace régulier. C'est donc sérieux, nous y allons
!
À grand renfort de coups d'avirons, nous nous dirigeons vers
le lieu du sinistre. Il nous faut un bon quart d'heure pour apercevoir,
au loin, un canot, l'étrave en l'air, comme lors d'un bizutage,
un élève architecte des Beaux-Arts qui montre son cul
à tout passant bien pensant qui daigne le regarder !
Autour du bateau, trois naufragés, dans l'eau, se tiennent à
l'étrave. À cette distance, nous identifions la voix d'une
connaissance. Il s'agit de Monsieur Pailin (je ne suis plus très
sûr de l'orthographe), un instituteur ou professeur, collègue
et ami de mon père, partit en pêche avec deux de ses amis.
Peu de temps auparavant Monsieur Pailin était venu à
la maison pour être conseillé, dans son projet d'acheter
un bateau qu'il avait choisi. Mon père se chargea de lui expliquer
qu'un canot était loin d'être l'idéal, dans nos
contrées, pour faire ses premiers pas de pêcheur à
la palangrotte. Comparé à la pastéra à fond
plat le canot ne tenait pas la mer et même il était particulièrement
dangereux.
Seulement voilà, la pastéra ne jouissait pas d'une image
de marque valorisante. La pastéra, c'était peut-être
un bateau pour professionnel ou semi-professionnel mais ce n'était
certainement pas un bateau pour parader. Monsieur Pailin avait envi
d'un canot et pas d'une pastéra.
Nous, nous étions avec le "Jean-Louis", petite pastéra
modèle réduit qui avait appartenu à Jean Louis
Bévière. Il nous était impossible de faire monter
trois personnes à bord, adultes qui plus est. La solution aurait
été de tirer le canot avec le "Jean-Louis" vers
la plage la plus proche en se relayant aux avirons pendant que les naufragés
suivaient à la nage.
Nous en étions là de nos reflexions, encore à
quelques encablures du canot lorsque nous entendîmes un bruit
de moteur à l'opposé de notre route. Nous fîmes
rapidement demi-tour pour tenter de couper la route du nouveau venu
et lui demander de nous aider à porter secours aux trois personnes
en détresse.
De mémoire, le nouveau venu n'était autre que Gustave
Mazella, bien connu de la plage Martin pour ses qualités, sa
compétence et son expérience en matière de pêche,
de bateau, et de sortie en mer.
Monsieur Pailin devait être dans son jour de chance car si nous
n'avions pu intercepter ce bateau, le sauvetage aurait été
particulièrement laborieux. En effet, comme ces trois personnes
étaient dans l'eau depuis deux bonnes heures, nous aurions pu
avoir de grosses difficultés pour ramener tout le monde sain
et sauf.
Tout se termina bien, sauf que, quelque temps plus tard, nous nous
sommes fait reprocher par l'élégant Monsieur Pailin d'être
intervenu. Il nous déclara avec emphase qu'il aurait bien pu
se débrouiller tout seul.
Ce fut une expérience d'enfant qui nous a été
difficile de digérer.
Chounet.
(pour le fond)
Marc Stagliano
(pour la forme)
Sauvetage 2
Celui-ci, cest le mien !!
Quand jétais petit, je nétais pas grand ! ça
na
pas beaucoup changé depuis. A cette époque on n'apprenait pas à nager à lécole
et comme je voulais faire comme les grands qui savaient nager, un jour, plage
Martin, sur les rochers de gauche en regardant la mer, ny tenant plus,
je me suis jeté à leau pensant que je saurai faire comme
les grands.
Ce fut un fiasco total et je commençais à me noyer ! Mais il y
avait, sur la plage, Yvette Panzutti, la sur de Bébé qui
navait rien raté de la scène et qui sest jetée à leau,
ma rattrapé par le colback et ma ramené à la
plage, vite fait bien fait.
Yvette devait bien maimer car cest elle qui ma expliqué comment
il fallait faire pour se débrouiller à nager comme les chiens avant
dapprendre les nages traditionnelles. Cest elle aussi qui ma
initié, quelques années plus tard, à la plongée et à la
chasse sous-marine en me prêtant son " baby-champion " avec lequel
nous avons fait des miracles par la suite.
Alors, vous comprendrez bien quYvette a une place à part
et particulière dans ma mémoire.
Chounet.