Francis et Jocelyne (future Madame Fiori) dans la cave de Jean Louis
Bévière. Ce lieu a une histoire quil serait bon
de raconter brièvement :
Nous sommes dans lenceinte du lotissement appelé "
les Belombras ", depuis la nationale, un escalier descendait jusquau
boulodrome et un autre du boulodrome à la plage Martin.
Depuis la nationale, lescalier passait devant le cabanon de Monsieur
et Madame Bouyer et enfin devant celui de la famille Behm avant datteindre
le
boulodrome. En face du cabanon " Behm ", il y avait une
petite esplanade qui donnait accès à deux pièces
situées sous le cabanon occupé généralement
par la famille Rochus, apparentée à la famille Farudja.
De ces deux pièces, lune était très saine,
car située en bout de lesplanade et possédant une
grande fenêtre surplombant le jardinet situé au pied de
lescalier du cabanon de la famille Prost ; lautre était
très humide, elle ne possédait pas de fenêtre et
était plus considérée comme une cave quautre
chose. À lépoque où Jean-louis Bévière
était aux Belombras il en avait fait son repaire où nous
venions tenir nos réunions préparatoires à toutes
les expéditions que, du haut de nos dix ou 15 ans, nous étions
susceptible dorganiser.
Plus tard, Jacques Fiori et moi-même, avons récupéré
cette pièce pour y organiser les surprises parties de lépoque
que nous appelions, pas très poétiquement " bouffa
", cétait un peu juste en place mais beaucoup mieux
que rien. Cest là que jai découvert cette
merveilleuse peinture blanche à la chaux, idéale contre
lhumidité.
Chounet
Only You !
Un jour de ma jeunesse que jerrais sans but précis rue
Michelet, cétait sans doute lhiver 1955, jarrive
entre chez Bissonnet (le trou des Facultés) et le cinéma
Le Versailles chez un grand disquaire dont jai, aujourdhui,
oublié le nom et jentre pour acheter un disque sans savoir
lequel.
Je demande conseil au vendeur, il me demande à quel usage je
destine cet achat, je réponds machinalement : " Pour lemmener
en surprise partie et agrémenter les tours de danse ". Il
me sort un grand album de couleur jaune et noir et me dit : " Je
vous garantis son succès où que vous alliez, vous en serez
satisfait ! "
Moi, je ne connaissais ni dEve ni dAdam, le groupe en question,
américain de surcroît, et je lachète presque
à contre cur.
Cétait le grand album dun groupe, inconnu à
lépoque, celui des Platters avec en morceaux vedettes linoubliable,
linaltérable " Only You " et le non moins célèbre
" Great Pretender ".
Bien évidemment je nai jamais regretté cet achat,
à mon avis, mais je peux me tromper, le premier disque planétaire
de tous les temps, celui qui allait devenir une antienne, un passage
obligé et que jentends encore sur toutes les antennes aujourdhui,
cinquante ans plus tard, avec la même émotion, en me disant
secrètement : " Te rends-tu vraiment compte que cinquante
ans ont passé sur ta vie sans que tu ten aperçoives
réellement ? " Non, pas vraiment non plus !
Le plus dur cest quensuite il fallait que je le surveille,
même chez moi, comme le lait sur le feu, pour pas quon me
le fauche ce disque qui passait dans les surprises parties jusquà
lusure, je navais pas mentionné mon nom dessus, sur
la pochette en fait, seulement dessiné, miniscule dans un coin,
un petit cerf ou daim, cest selon car cet animal se traduit, en
Anglais, Stagg et que je répondais au patronyme de Stagliano.
Cinq ans plus tard, à larmée, les deux principaux
morceaux : " Only You " et " Great pretender " passaient
à longueur dantenne sur les radios des bidasses que nous
étions devenus mais avec eux, " Petite Fleur " de Sydney
Bechett et à chaque fois que le drôle de saxo de Sydney
Bechett roucoulait, il y avait à larmée, un copain
qui se figeait et qui dansait langoureusement, seul et les yeux clos,
au milieu de tout le monde, indifférent aux sarcasmes et quolibets
de tout un chacun. Il était littéralement hypnotisé
par cet air qui le rendait absolument dingue. Il dansait avec qui en
réalité ? On ne la jamais su, néanmoins jétais,
chaque fois, ahuri de le voir faire, un peu jaloux aussi de cette intimité
quil savait retrouver instantanément avec lobjet
de ses amours, ses belles amours dadolescent quil nétait
plus de facto en se retrouvant sous les drapeaux. Que sont-elles devenues
ces belles amours de nos jeunes années aujourdhui ?
Gérard Stagliano
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