Imagination
Si notre corps a ses limites, notre imagination nen a pas. Elle
naît pourtant de notre corps
Donc notre corps na pas
de limites
Imagine donc, toi lecteur bainsrominois ou toi terrien qui ne connais
pas encore tout de ta planète, que tu es sur un rocher, en Algérie,
aux Bains Romains, près de
la plage de lArchevêché-Belvédère.
Tu as lâge que tu souhaites avoir. Tu es vêtu comme
bon te semble. Sous tes pieds nus, tu sens les chapeaux pointus des
arapèdes. Les vaguelettes te lèchent les orteils.
Le soleil te réchauffe la peau et le cur. Le sac et le
ressac chantent à tes oreilles. Les embruns salent tes lèvres.
Mais ne tendors pas. Tu vas tenvoler. Tu nas besoin
daucun harnachement particulier, ni ULM, ni parapente, ni hélicoptère
Seule ton imagination va te permettre de planer sans bruit et sans effort
le long de cette si jolie côte entre les Bains Romains et la Pointe
Pescade. Emplis tes poumons de la bonne brise marine iodée.
Frotte tes yeux afin daiguiser ta vue, et hop
élève-toi
à dix mètres daltitude, cap à lest.
A ta droite, vont défiler criques, plages et falaises. Tu vas
revoir tous les lieux côtiers que tu connais et tu vas en découvrir
dautres.
Tu quittes la plage du Belvédère. Tu passes devant la
grotte du veau marin de Denise, celui qui surfe sur le
web, et voici la Bosse, qui donnera son nom à un célèbre
quatre-pages. Tu survoles la plage
des Algues et tu te revois batifoler loin de la foule. Puis voici la
plage Martin qui résonne encore des éclats de voix de
la bande des Grands et des cris aigus de celle des Petits. Tu te poses
un instant sur le Rocher des Rats. En face, cest la plage Campello.
Vers lest, se dresse le rocher aux oiseaux. Mais reprends ton
souffle. Même si tu ne fais pas deffort, ton cur palpite.
Tu tenvoles à nouveau, toujours vers lest. Voici
la plage des égouts et la
Crique magique* de Robert. Et puis encore une grotte du veau marin.
Tu peux y faire une incursion : " y a quelquun ? ".
Il y a eu, cest sûr.
Tu repars et tu vois la plage Yvon, du nom du propriétaire
(années 50) de la villa qui la surplombe, étroite plage
de galets, encadrée de masses rocheuses.
Tu tattardes ensuite sur un long rocher plat mais à la
surface tourmentée. Il borde le côté ouest de ma
plage, plage sans nom qui était pour ses riverains " La
Plage ".
Du bout du rocher plat, tu fais un saut de cent mètres environ,
et te voici sur le rocher aux oiseaux (ou aux moineaux, ou encore Grand
Rocher pour les plus intimes). Là, tu as une pensée pour
Chounet et ses potes qui en ont exploré scientifiquement les
boyaux sous-marins**. Et puis, tu regardes la plage sans nom et tu découvres
un rivage de cailloux, de gravier, recouvert par endroit de ce varech
dont on faisait autrefois des matelas. En son centre, cette plage présente
un ravin et, au fond, un haut mur de pierre percé au deux-tiers
de sa hauteur dun grand trou pour lévacuation des
eaux de ruissellement, souillées parfois par les eaux usées
de la station-service (dans les années 50-60, le mot " pollution
" était inusité ).
La construction de cette muraille a permis le passage dune voie
ferrée dabord, de la nationale 11 ensuite, entre deux collines.
Tu prends de la hauteur et tu vois que nous avons quitté Bains
Romains centre. Nous sommes maintenant au niveau de la carrière
Pérez.
Le côté est de la plage est bordé par un quai
à bateaux construit sur un promontoire rocheux. Monsieur Laurent
y entreposait sa lourde barque en bois et la mettait à leau
par un système de treuils et de poulies. Puis, il descendait
lui-même par une échelle de barreaux scellés dans
la roche jusquà une petite plate-forme en ciment. Après
ces manuvres, il piquait droit vers lhorizon pour pêcher
à la palangrotte.
Contemple à nouveau la plage. A gauche du ravin, tu vois des
terrasses superposées. Nous, nous sommes tout en haut : une vue
de rêve sur le soleil couchant !
Pose-toi encore sur le Grand Rocher aux oiseaux-moineaux. Une brique
scellée matérialise son point le plus haut. De là,
fais comme moi. Pique une tête dans les flots. Sensations fortes
assurées : cest mieux que le saut à lélastique
! Jette un dernier regard sur le fond de leau tourmenté
de rochers, repaires de poulpes
et de rascasses, hérissés doursins
et ondulant de tous les petits tentacules des orties de mer dont certains
faisaient des beignets.
Les citadins de passage font la moue devant cette plage
Ce nest
pas Moretti, ni Zéralda. Il faut du temps pour quelle vous
apprivoise.
Si tu préfères les fonds sablonneux, suis-moi. Tu continues
à longer la côte rocheuse et voici déjà une
échancrure. Au fond, comme nichée dans une calanque, tu
aperçois une étroite mais profonde plage de sable clair.
Tu tapproches, étonné. Quelle douceur après
la rudesse de la plage précédente. Même les rochers
semblent plus " moelleux ". Curieusement, ce nest plus
le schiste tourmenté que nous avons côtoyé jusquà
présent. Cest du granit, poli par lérosion,
doux sous les pieds, sièges confortables au ras de leau.
Ici, nous sommes à la plage Chekiken, du nom dune famille
" de grandes tentes " dont la propriété entourée
de murs blancs se situe à lécart, sur la falaise.
Comme les amoureux que parfois nous dérangions, tu te croirais
ici sur une île déserte.
Ne tattarde pas en ce lieu enchanteur. Eclatant de lumière
à midi, il devient austère en milieu daprès-midi.
Les hautes falaises qui le bordent à lOuest linondent
dune ombre crépusculaire bien avant le coucher du soleil.
Tu reprends ton vol le long de la côte. Tu survoles les flots
entre lîlot et les falaises. Et voici à nouveau une
plage de sable, large cette fois. Une pente douce mène aux maisons.
Cest la plage Pérez. Nous ne sommes plus aux Bains Romains,
mais à Miramar. Un rocher, ici aussi, sert de plongeoir à
la jeunesse, à quelques mètres du bord. Tu remarques un
quai. De là, partaient des barges chargées de blocs de
pierre bleue extraite des carrières Pérez pour la construction
de ports.
Continuons vers lest. Nous passons les Horizons Bleus et voici
la Pointe Pescade qui veut se donner des airs de cap. Côté
ouest , tu aperçois sur la plage Chachouin la pastéra
de la famille Carayol : Yvonne et ses deux filles sapprêtent
à partir à la rame vers les Bains Romains***. Et puis,
dans un repli de la langue rocheuse qui sétire vers le
large, la Pointe Sidi Abdallah, tu distingues une crique, autre crique
magique, celle de Solange
et Marie-Geneviève.
Jette un regard vers lest. De lautre côté
de la Pointe, cest la plage Franco et, au-delà, les Deux-Moulins
des frères Stagliano.
Maintenant, je te quitte. Navigue à ta guise sur le site "bainsromains.com
" et appelle dautres guides pour les lieux que nous avons
trop vite survolés.
Camille Delpla, née Dumont-Desgoffe
N.B. Les mots en caractère gras renvoient aux textes répertoriés
sur le site " bainsromains.com ".
(à finaliser)
* "
Jai connu les trois heures de frustration
que mimposait ma mère les après-midi dété,
lors de la sieste. Mais comme il lui arrivait de sendormir avant
moi, je méchappais vite fait à la crique magique,
mais cela me valait parfois quelques dérouillées. Que
de bons souvenirs
"
Robert Mari
**cf. "
Le rocher oublié " de Chounet
***cf. " Yvonne et ses deux filles " de Solange
Dietsch