MÉMOIRES DE BAINS ROMAINS

I comme...

 

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Iode
Les inclassables
Île de France

 

Imagination

Si notre corps a ses limites, notre imagination n’en a pas. Elle naît pourtant de notre corps…Donc notre corps n’a pas de limites…

Imagine donc, toi lecteur bainsrominois ou toi terrien qui ne connais pas encore tout de ta planète, que tu es sur un rocher, en Algérie, aux Bains Romains, près de la plage de l’Archevêché-Belvédère. Tu as l’âge que tu souhaites avoir. Tu es vêtu comme bon te semble. Sous tes pieds nus, tu sens les chapeaux pointus des arapèdes. Les vaguelettes te lèchent les orteils. Le soleil te réchauffe la peau et le cœur. Le sac et le ressac chantent à tes oreilles. Les embruns salent tes lèvres. Mais ne t’endors pas. Tu vas t’envoler. Tu n’as besoin d’aucun harnachement particulier, ni ULM, ni parapente, ni hélicoptère… Seule ton imagination va te permettre de planer sans bruit et sans effort le long de cette si jolie côte entre les Bains Romains et la Pointe Pescade. Emplis tes poumons de la bonne brise marine iodée. Frotte tes yeux afin d’aiguiser ta vue, et hop… élève-toi à dix mètres d’altitude, cap à l’est.

A ta droite, vont défiler criques, plages et falaises. Tu vas revoir tous les lieux côtiers que tu connais et tu vas en découvrir d’autres.

Tu quittes la plage du Belvédère. Tu passes devant la grotte du veau marin de Denise, celui qui surfe sur le web, et voici la Bosse, qui donnera son nom à un célèbre quatre-pages. Tu survoles la plage des Algues et tu te revois batifoler loin de la foule. Puis voici la plage Martin qui résonne encore des éclats de voix de la bande des Grands et des cris aigus de celle des Petits. Tu te poses un instant sur le Rocher des Rats. En face, c’est la plage Campello. Vers l’est, se dresse le rocher aux oiseaux. Mais reprends ton souffle. Même si tu ne fais pas d’effort, ton cœur palpite.

Tu t’envoles à nouveau, toujours vers l’est. Voici la plage des égouts et la Crique magique* de Robert. Et puis encore une grotte du veau marin. Tu peux y faire une incursion : " y a quelqu’un ? ". Il y a eu, c’est sûr.

Tu repars et tu vois la plage Yvon, du nom du propriétaire (années 50) de la villa qui la surplombe, étroite plage de galets, encadrée de masses rocheuses.

Tu t’attardes ensuite sur un long rocher plat mais à la surface tourmentée. Il borde le côté ouest de ma plage, plage sans nom qui était pour ses riverains " La Plage ".

Du bout du rocher plat, tu fais un saut de cent mètres environ, et te voici sur le rocher aux oiseaux (ou aux moineaux, ou encore Grand Rocher pour les plus intimes). Là, tu as une pensée pour Chounet et ses potes qui en ont exploré scientifiquement les boyaux sous-marins**. Et puis, tu regardes la plage sans nom et tu découvres un rivage de cailloux, de gravier, recouvert par endroit de ce varech dont on faisait autrefois des matelas. En son centre, cette plage présente un ravin et, au fond, un haut mur de pierre percé au deux-tiers de sa hauteur d’un grand trou pour l’évacuation des eaux de ruissellement, souillées parfois par les eaux usées de la station-service (dans les années 50-60, le mot " pollution " était inusité ).

La construction de cette muraille a permis le passage d’une voie ferrée d’abord, de la nationale 11 ensuite, entre deux collines. Tu prends de la hauteur et tu vois que nous avons quitté Bains Romains centre. Nous sommes maintenant au niveau de la carrière Pérez.

Le côté est de la plage est bordé par un quai à bateaux construit sur un promontoire rocheux. Monsieur Laurent y entreposait sa lourde barque en bois et la mettait à l’eau par un système de treuils et de poulies. Puis, il descendait lui-même par une échelle de barreaux scellés dans la roche jusqu’à une petite plate-forme en ciment. Après ces manœuvres, il piquait droit vers l’horizon pour pêcher à la palangrotte.

Contemple à nouveau la plage. A gauche du ravin, tu vois des terrasses superposées. Nous, nous sommes tout en haut : une vue de rêve sur le soleil couchant !

Pose-toi encore sur le Grand Rocher aux oiseaux-moineaux. Une brique scellée matérialise son point le plus haut. De là, fais comme moi. Pique une tête dans les flots. Sensations fortes assurées : c’est mieux que le saut à l’élastique ! Jette un dernier regard sur le fond de l’eau tourmenté de rochers, repaires de poulpes et de rascasses, hérissés d’oursins et ondulant de tous les petits tentacules des orties de mer dont certains faisaient des beignets.

Les citadins de passage font la moue devant cette plage…Ce n’est pas Moretti, ni Zéralda. Il faut du temps pour qu’elle vous apprivoise.

Si tu préfères les fonds sablonneux, suis-moi. Tu continues à longer la côte rocheuse et voici déjà une échancrure. Au fond, comme nichée dans une calanque, tu aperçois une étroite mais profonde plage de sable clair. Tu t’approches, étonné. Quelle douceur après la rudesse de la plage précédente. Même les rochers semblent plus " moelleux ". Curieusement, ce n’est plus le schiste tourmenté que nous avons côtoyé jusqu’à présent. C’est du granit, poli par l’érosion, doux sous les pieds, sièges confortables au ras de l’eau. Ici, nous sommes à la plage Chekiken, du nom d’une famille " de grandes tentes " dont la propriété entourée de murs blancs se situe à l’écart, sur la falaise. Comme les amoureux que parfois nous dérangions, tu te croirais ici sur une île déserte.

Ne t’attarde pas en ce lieu enchanteur. Eclatant de lumière à midi, il devient austère en milieu d’après-midi. Les hautes falaises qui le bordent à l’Ouest l’inondent d’une ombre crépusculaire bien avant le coucher du soleil.

Tu reprends ton vol le long de la côte. Tu survoles les flots entre l’îlot et les falaises. Et voici à nouveau une plage de sable, large cette fois. Une pente douce mène aux maisons. C’est la plage Pérez. Nous ne sommes plus aux Bains Romains, mais à Miramar. Un rocher, ici aussi, sert de plongeoir à la jeunesse, à quelques mètres du bord. Tu remarques un quai. De là, partaient des barges chargées de blocs de pierre bleue extraite des carrières Pérez pour la construction de ports.

Continuons vers l’est. Nous passons les Horizons Bleus et voici la Pointe Pescade qui veut se donner des airs de cap. Côté ouest , tu aperçois sur la plage Chachouin la pastéra de la famille Carayol : Yvonne et ses deux filles s’apprêtent à partir à la rame vers les Bains Romains***. Et puis, dans un repli de la langue rocheuse qui s’étire vers le large, la Pointe Sidi Abdallah, tu distingues une crique, autre crique magique, celle de Solange et Marie-Geneviève.

Jette un regard vers l’est. De l’autre côté de la Pointe, c’est la plage Franco et, au-delà, les Deux-Moulins des frères Stagliano.

Maintenant, je te quitte. Navigue à ta guise sur le site "bainsromains.com " et appelle d’autres guides pour les lieux que nous avons trop vite survolés.

Camille Delpla, née Dumont-Desgoffe

N.B. Les mots en caractère gras renvoient aux textes répertoriés sur le site " bainsromains.com ".

(à finaliser)

* " …J’ai connu les trois heures de frustration que m’imposait ma mère les après-midi d’été, lors de la sieste. Mais comme il lui arrivait de s’endormir avant moi, je m’échappais vite fait à la crique magique, mais cela me valait parfois quelques dérouillées. Que de bons souvenirs… "
Robert Mari

**cf. " Le rocher oublié " de Chounet

***cf. " Yvonne et ses deux filles " de Solange Dietsch

     
 
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