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Bains Romains
est
pour moi certainement, pour vous peut-être, un lieu de mémoire
qui cristallise, les chaleurs de l'été en Algérie,
la plage, les vacances, l'amitié, les bandes de copains, les retrouvailles
familiales, les bons moments passés ensemble, les ventrées
d'oursins et tous les souvenirs de la jeunesse.
Bains Romains , c'était, (mais peut-être
est-ce toujours ?) plutôt un petit coin de paradis ensoleillé
qu'un petit coin de parapluie, faible protection contre l'avalanche des
soucis qui ponctuent la vie d'un adulte, surtout quand cette vie est ailleurs...
J'ai
envie d'ouvrir un livre qui s'appellerait les 400 coups à
Bains Romains pour y lire le soleil, la mer, la plage, les
copains et les copines, les petits rougets, les oursins, les arapèdes,
la voile, la planche (qui ne s'appelait pas encore le surf )
dans les vagues et tout le reste qui ne demande qu'à remonter en
surface.
Si chacun en raconte un tout petit peu, nous aurons bientôt une
mémoire solide qui pourra servir de base à des tas d'histoires
à raconter à nos petits enfants.
Chounet
Index Mails
Ce texte a été écrit en 2004 dans un but bien
précis, à ce jour, le 27 octobre 2005 ce but n'est pas
encore d'actualité, alors autant que ce texte serve de support
au site.
Notre histoire commence vers le milieu
du 19 ème siècle. A cette époque la région
située à lOuest
dAlger comprise entre les faubourgs de la ville et Sidi-Ferruch
est assez désertique. Il existe une route " carrossable
", en bord de mer, jusquà la Pointe Pescade et une
ancienne voie romaine, quelque peu réaménagée,
sur les collines de la future forêt de Baïnem, permet de
rejoindre Sidi- Ferruch. Des faubourgs dAlger jusquà
Aïn Bénian, Guyotville nexiste pas encore, nous trouvons
un peu dagriculture et quelques fermiers dont les descendants,
pour certains, sont encore là en 2004.
Cest au début du 20 ème siècle que tout se
densifie avec lexistence de Guyotville et le développement
de lagriculture. Dautre part Alger se développe,
ce qui favorise léclosion de résidences secondaires
au bord de leau et des villages comme Bains Romains ou Baïnem
vont voir le jour.
Toute cette partie de la côte algéroise est constituée
dun plateau rocheux qui surplombe la mer dune quinzaine
de mètres ; dans les anfractuosités de ces rochers des
plages de sable apparaissent toutes plus belles les unes que les autres,
certaines sont difficiles daccès et les propriétaires
de villas, terrains ou lotissements " les pieds dans leau
" ont déployé des trésors dingéniosité
pour ouvrir des passages et faciliter la plaisance en mer pour larmada
de nos célèbres pastéras.
Une route nationale longe maintenant ce littoral et toute la partie
cultivée se situe en bordure de route et monte sur le versant
des premières collines de la forêt de Baïnem.
St Eugène, Deux Moulins, Pointe Pescade, les Horizons Bleus,
Miramar, Bains Romains, Villas Bains, Baïnem, Baïnem falaises,
le cap Caxine et jen passe, tous ces villages ou lieux dits qui
chantent le soleil et sentent loursin, voient leur population
considérablement augmenter en période estivale à
la grande joie dune jeunesse qui flirte certes, mais qui nage,
plonge, pêche, fait de la voile et de laviron tout en profitant
des plaisirs que procurent les balades en forêt de Baïnem.
Leau est belle, transparente et salée, chaude et poissonneuse
mais elle reste dangereuse. Les fonds marins sont de toute beauté
et certains sont très impressionnants, mais tout ça cest
de la joie avec une pointe de grand frisson.
Cette jeunesse cest nous, nos aînés ou nos cadets
et nous gardons la mémoire du bonheur avec des moments très
forts et des lieux mythiques, pour certains ce sera lîlot
de Guyotville ou de Miramar, pour dautres la bosse du chameau,
le rocher des rats ou le grand rocher, pour dautres encore la
plage du tir au pigeon, la plage des algues, la plage de larchevêché
ou la crique.
Les fêtes des villages à la mi-juillet ou à la mi-août
ont marqué des générations entières par
leur originalité et leur diversité. Des personnages hauts
en couleurs, barreurs émérites, plongeurs chevronnés,
pêcheurs aux grandes performances, grosses têtes ou sportifs
de haut niveau pour employer une expression daujourdhui,
resteront dans nos mémoires pour ne plus nous quitter.
Notre histoire nest pas terminée puisque nous nous retrouvons,
plus de quarante ans après, comme si nous nous étions
quittés hier, mais elle a, maintenant, une autre dimension. Elle
est dabord internationale puisque nous sommes dispersés
aux quatre coins du monde, elle est ensuite très affective car
nous avons tous plus ou moins le mal du pays, elle est enfin en passe
de devenir immortelle puisquelle pourra être transmise.
Continuons de lécrire cette histoire
Chounet
Bonjour Chounet,
Jai apprécié sur ton site ton texte davant-hier
sur " Notre histoire ". Sois-en remercié.
Dans la foulée, le "chibani" que je suis te livre quelques
réflexions sur notre passé.
Bien à toi
"boudjadi" = un jeune, un débutant
"chibani" = un vieux, un vétéran
Jean Trimoulinard
Reflets du passé
Je ne suis pas retourné en Algérie depuis 1962.
On doit sinterdire de revenir sur un lieu que lon a quitté,
un lieu que lon a aimé, un lieu où lon a été
heureux. Ce genre de " pèlerinage " ne peut être
que décevant, démoralisant et laisser un goût amer.
Au fil des années, les sites ont forcément évolué,
mais une mauvaise foi notoire, un parti pris évident nous amèneront
à refuser les changements intervenus, à critiquer la moindre
modification. Bien sûr, nous reconnaîtrons ça et
là quelques constructions, quelques carrefours, quelques rochers,
Mais les images que nous avions gardées se sentiront polluées,
bafouées. Nous ne retrouverons pas ce que nous étions
venus respirer.
Le décor ne nous appartient plus, il a perdu son âme.
" En ce temps là, la vie était plus belle et le soleil
plus brûlant quaujourdhui. "
En fait, nous essayons de ressusciter non pas un passé, mais
le reflet dun passé : un reflet lumineux, un peu flou,
un rien retouché, un passé idéalisé.
La vision de la réalité ruine nos émotions.
Il faut savoir protéger ses souvenirs.
29 octobre 2005
Jean Trimoulinard
Bonjour Jean,
Je viens de prendre connaissance de vos réflexions sur le retour
sur la terre de notre enfance et je partage totalement votre point de
vue. Souvent je me suis interrogée : j'y vais, j'y vais pas ??!!!
la réponse n'était pas évidente. En évaluer
les conséquences n'était pas chose facile.
Mon papa est décédé en 1957, et depuis 1962 j'ai
mal lorsque je pense à l'abandon de son caveau. J'ai toujours
eu une nature positive et je me persuade : notre destin est celui-ci.
!
Je reste convaincue que les souvenirs riches, profonds, joyeux ou sérieux
qui nous habitent seraient balayés, dégradés. Et
que nous en serions les uniques responsables.
Cet été, je suis allée aux Baléares, île,
qui m'a accueillie en Juin 1962. J'ai retrouvé deux amies qui
y vivent depuis cette date. Elles habitaient Baïnem. Je n'y étais
pas retournée depuis une quinzaine d'années. Je suis revenue
apaisée, très heureuse. Comme si ce voyage en était
le substitut . En un mot je suis rentrée à Meudon EN PAIX,
et enfin guérie.
A bientôt.
Michèle Pastor-Mari
A Jean Trimoulinard:
Jean, tout en respectant les tenants du "pèlerinage aux
sources", je suis tout à fait d'accord avec ton message
du 29 Octobre. Moi non plus, je ne souhaite pas revoir ce pays qui fut
le nôtre en des temps très anciens. L'image que j'en ai
gardée est tellement plus belle que ce que j'ai pu voir sur quelques
photos éparses; peut-être même s'est-elle embellie
avec le temps!... Raison de plus pour la conserver telle quelle dans
notre mémoire.
Amitiés baïnémoises
Pierre Poveda
Je viens de lire ces lignes sur le site de Bains-Romains.
...On doit sinterdire de revenir sur un lieu que lon a quitté,
un lieu que lon a aimé, un lieu où lon a été
heureux. Ce genre de " pèlerinage " ne peut être
que décevant, démoralisant et laisser un goût amer...
signé, Jean Trimoulinard
J'ai eu envie de réagir.
Je viens de retrouver, mon pays, celui où je suis née
où j'ai vécu jusqu'en 62. Je viens de passer une semaine
à Alger, une semaine inoubliable, et j'en reviens apaisée.
J'avais besoin, de revoir mon pays natal, non pas pour retrouver intacts
tous mes souvenirs , on ne retrouve jamais son enfance, mais pour y
respirer ne serait-ce que quelques jours.
Je dois le dire, pour être franche, cette première journée,
vers les plages de l'est et vers Maison-Carrée, où j'ai
vécu de 54 à 60 fut une épreuve. Parce que j'ai
surtout vu en ce premier jour les plages non nettoyées de fin
de saison et une densité de voitures qui rend les déplacements
très pénibles. Et parce que là, c'est sûr
tout a changé, évolué, il fallait l'accepter.
Ensuite, j'ai revu mon Jardin d'enfance, car je suis née au Hamma.
Le Jardin d'Essai! J'avais pensé à demander la permission
parce qu'il est fermé pour travaux.
Je correspondais déjà avec une personne qui s'occupe du
site le concernant. Nous avons donc bénéficié d'une
visite privée et guidée. J'avais toujours rêvé
d'y retourner. J'en vais même fait des cauchemars qui traduisaient
cette envie. Ce ne fut pas possible en 88, lors d'une croisière
où je n'avais pu voir Alger que quelques heures pendant une trop
courte escale.
En 89 j'ai fait Oran-Alger en car avec ma fille et un groupe des anciens
de l'École Normale qui a préféré ne pas
s'y arrêter...
Cette fois-ci en ce dimanche 18 septembre, nous y avons passé
quatre heures qui nous ont paru très courtes puisqu'elles nous
ont fait oublié l'heure du repas! Quelle émotion! Il est
encore plus beau que dans mes souvenirs, les arbres gigantesques! Et
il y a une volonté de le remettre en état.
Chaque jour de ce séjour m'a procuré des émotions
fortes.
Une excursion était organisée sur Tipasa et le Tombeau
de la Chrétienne, lieux mythiques.
Et partout un accueil chaleureux, et les mêmes mots: "Vous
êtes les bienvenus dans votre pays." Je n'avais pas entendu
ces paroles en 89; des paroles de regret souvent oui, mais pas la même
chaleur.
Les Musées nous ont accueillis, avec quel plaisir et souvent
nous avons bénéficié d'une visite guidée
: le Bardo, Cherchell, le Musée des Beaux-Arts et celui du Parc
de Galland.
J'ai revue mon École Normale de Ben-Aknoun en partie, toutes
les salles étant fermées. J'ai pu y entrer grâce
à une amie Algérienne, ancienne voisine, qui y a aussi
fait ses études, retrouvée quelques semaines plus tôt
par Internet.
L'école Normale de Bouzaréa nous a accueilli aussi, je
l'avais fréquentée un an. Nous y étions attendus
par des amis. Là la visite fut plus détaillée.
Et nous retrouvâmes en bonne place la fameuse bande des caricatures
des profs dessinée par un élève devenu une personnalité
depuis( Golvin). On nous avait dit qu'elle était perdue!
Vous pourrez retrouver mes petits reportages sur Es'mma qui me les a
demandés les ayant eus par Yves Jalabert notre organisateur.
Vous pourrez aussi visiter un site qui va s'ouvrir ces jours-ci: http://www.ecolenormale-benaknoun.info/
Ce n'est pas moi qui vais le gérer, jusqu'à présent
il était inclus dans :
http://www.bouzarea.org/
Depuis que je suis rentrée je suis toujours dans mes reportages
au jour le jour et je reçois de nombreux témoignages de
ceux qui les ayant lus, y retrouvent un peu du passé. Je suis
surprise par l'impact de mes photos et de mes textes. Une de mes correspondants
très âgé a, du coup, envie d'y retourner si son
médecin l'y autorise... je lui en ai donné l'envie!
Mais chacun doit sentir ce retour au passé à sa façon,
certains ont tiré un trait et ne veulent pas en même parler,
pour d'autres le souvenir suffit.
Je ne regrette pas mon choix. Grâce à l'accueil, partout
le même, et grâce aux magnifiques sites visités...
ce fut un bonheur d'être là !
Bien à vous
Sylvette Leblanc-Cyrille
Merci pour cette réaction. Pour information, sur le site de
Bernard Cervera, " Pointe Pescade " il existe un forum dédié
à ce thème où lon voit bien que les deux
tendances existent et sexpriment avec autant de passion.
http://pointe.pescade.affinitiz.com/
Chounet
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